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06 décembre, 2016

Gazette du wargamer - L'actualité des jeux de stratégie
­Espana 1936 : ¡No pasarán!

­Espana 1936 : ¡No pasarán!

Le moins qu’on puisse dire est que le studio français AGEOD offre des jeux aux mécaniques bien huilées et prenant place dans des périodes et lieux souvent délaissés dans le petit monde de la stratégie sur ordinateur. C’était le cas avec Wars in America (l’indépendance américaine et les premières guerres indiennes) et Revolution Under Siege (la guerre civile russe, voir notre test), et c’est à nouveau le même constat dans ce qui va nous occuper aujourd’hui : España 1936. Rangez vos fusils 1777 napoléoniens, vos habituels chars Tigre de la Seconde Guerre mondiale et vos conflits moyenâgeux, c’est d’Alcazar, de brigades internationales et de défense de Madrid dont nous allons parler !

Un champ de bataille peu exploré : l’Espagne

Pour commencer, posons donc cette évidence : España 1936 comble assurément un grand vide vidéoludique. C’est-à-dire que peu ou pas de jeux offrent sur PC la possibilité de revivre du début à la fin, au plus près des combats, la guerre d’Espagne (1936-1939) qui vit s’opposer la jeune République à une révolte nationaliste qui finit par l’emporter. Il est certes possible de le faire dans la série des Hearts of Iron, mais à une échelle sans doute trop large (grand strategy) pour bien en apprécier la teneur. Par contre, les jeux d’Ageod descendant, pour la gestion des troupes, également au niveau opérationnel (brigades, régiments…) et se centrant sur une période ainsi que des lieux précis, l’absence est réparée. C’est là un intérêt essentiel pour bien toucher du doigt la spécificité de la période traitée.

Essentiellement jeu de gestion militaire, Espana 1936 offre pourtant un volet diplomatique et de production, et différents choix à faire lors d’événements historiques importants. Ils peuvent affecter des régions entières, et opter pour des réponses différentes amène une certaine rejouabilité. De quoi parle-t-on ? Et bien, période oblige, de nombreux événements liés au conflit vont émailler les parties des joueurs.

On peut par exemple citer l’intervention des grandes puissances étrangères en faveur de Franco (Allemagne et Italie) ou de la République (URSS), des anarchistes, des milices venues de toute l’Europe défendre le camp républicain (les fameuses brigades internationales), des enrôlements d’hommes pour l’armée, etc. Le tout prend place dans deux campagnes qui permettent de revivre l’intégralité du conflit. L’une va de l’été 1936 à 1939 et l’autre se concentre sur la chute du nord du pays. On aurait aimé quelques scénarios supplémentaires…

Comme dit plus haut, le côté purement militaire reste le plus fourni, avec la présence d’unités historiques nombreuses : les phalangistes (organisation d’extrême-droite), les coloniaux, la cavalerie, l’artillerie, les Requetés royalistes qui ont combattu contre les républicains, les anarchistes engagés du côté de la République etc. Sans compter les officiers historiques présents à la tête des troupes, les unités de transport ou d’hôpital. Leur donner des ordres, les faire se déplacer, se battre, se mettre en posture défensive ou offensive, les préserver ou les jeter dans la bataille est plus précis que jamais et doit être finement dosé, d’autant plus que l’Espagne est montagneuse et que le terrain (le temps également) a une incidence sur les affrontements.

A las barricadas !

Pour le reste, les abonnés du studio retrouveront ce qui fait sa force. Je parle d’un « glisser-déposer » efficace pour les pions représentant les troupes ; mais aussi d’un tour par tour simultané (les mouvements et combats se résolvent en même temps pour les deux camps, en fin de tour), d’une gestion précise et détaillée de la chaîne de commandement (qui peut faire peur aux nouveaux venus), d’un système d’achat de troupes éprouvé, de nombreux officiers et personnages historiques, d’une présence fine du ravitaillement, de l’attrition, du moral des troupes (et de sa faction) ou encore de la météo. Il faudra tout prendre en compte et plus encore pour planifier ses stratégies. Sa lancer à l’aveuglette, de front sans soutien et en plein orage n’est ainsi pas la solution et ne passera pas.

On comprendra donc sans peine que le jeu est d’une difficulté certaine, tant dans sa prise en main que dans la gestion même de la guerre, où les erreurs se paient fort cher. Cela peut certes rebuter les novices, mais plusieurs didacticiels sont heureusement là pour les aider à découvrir les rouages compliqués du gameplay. Ces didacticiels sont complets, facile à suivre et détaillés, et il faut souligner la volonté du studio en ce sens. On n’oubliera pas non plus de signaler les filtres de carte et les nombreuses informations dans le jeu même, qui aident à s’y retrouver. A part quelques mots, le jeu est d’ailleurs bien traduit en Français, ce que l’on appréciera à l’heure où beaucoup ne passent plus la barrière de la langue de Molière sans un patch de la communauté.

Côté visuel, le jeu est aussi clair et élégant que les autres du studio, à savoir un joli puzzle permettant de rapidement s’y retrouver, et c’est là tout ce qu’on demande. Même commentaire pour les musiques d’ambiances, discrètes mais efficaces. Par contre, étant donné que les batailles se résolvent automatiquement entre les tours (notamment quand deux unités ennemies se rencontrent après avoir bougé au même endroit) et ce très rapidement, il y a au final peu de suspense et le joueur n’a que peu de prise sur leur déroulement, voire pas du tout. Ce sont ses choix préalables qui comptent.

On ressent donc au bout du compte peut-être moins d’empathie et d’immersion pour ses hommes que dans d’autres jeux du genre. C’est dommage car la guerre civile espagnole porte une ambiance extrêmement forte, unique et violente. D’ailleurs le moteur gère de la même manière les résultats d’un affrontement entre deux patrouilles de cavalerie et deux puissants corps d’armée possédant de l’artillerie lourde.  C’est assez monotone de ce point de vue et nuit un peu à l’ambiance. Heureusement, les rapports de batailles sont riches en informations.

L’une des unités caractéristiques du conflit : les troupes de la Phalange.
Juillet 1936, la guerre débute. La République contrôle encore l’essentiel du territoire, mais les troupes d’Afrique fidèles à Franco vont entrer dans la danse.
Le sud, contrôlé par les nationalistes grâce à l’aide des Tabors marocains.
L’un des nombreux choix qui s’offrent au joueur, là rappeler les réservistes
1937, la République est coupée en deux et le Nord va bientôt tomber.

Pour conclure

A l’heure de faire le bilan je ne peux que recommander le jeu à tous les passionnés d’histoire et de stratégie, d’autant plus qu’il a le grand mérite d’explorer une période trop rarement abordée, surtout pour elle-même comme c’est ici le cas. Des efforts ont été faits sur le didacticiel, ce qui peut laisser espérer toucher un public un peu plus large car de par sa complexité Espana 1936 reste un jeu de niche, certes excellent dans sa catégorie. On aurait aimé un peu plus de scénarios ainsi que de mise en situation et d’immersion propres à retranscrire cette époque troublée, qui servit de grande répétition à la Seconde Guerre mondiale.

  • Thème peu fréquent et très bien traité.
  • Toujours la qualité des jeux signés Ageod.
  • Didacticiel aidant à la prise en main.
  • Quelques scénarios supplémentaires seraient les bienvenus.
Infos pratiques

Date de sortie :  2 octobre 2013

Éditeur / Studio : Matrix – Slitherine / Ageod

Site officiel : fiche chez Ageod

Prix : 23.99 €

Configuration Requise  : OS: Windows XP, Vista, 7, 8 – Processeur : Pentium 4 ou supérieur – RAM : 2 Go – Carte graphique : 1024 Mo – Espace disque : 3 Go – Résolution : 1024×768 ou supérieur

Jean-Baptiste Murez (Davout)

Jean-Baptiste Murez (Davout)

Jeux préférés : Europa Universalis IV, Victoria II, Total War Rome II, Majesty II. Site web : www.antredustratege.com

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