Huitième et ultime chapitre de ce récit présentant une partie standard de Civilization VI jouée avec la Grèce de Périclès, au niveau de difficulté Empereur. Les grecs ont traversé les âges, non sans heurts, et peuvent désormais tenter leur plus grand défi : coloniser Mars. La course aux armements est devenue une course à l’espace dans un monde auquel une paix fragile accorde le répit nécessaire pour qu’il s’élance à nouveau. Plus fort, plus loin, plus haut.

La Grande-Bretagne a lancé un satellite, le « bip bip » pourtant discret  du Queen Elizabeth a l’art de provoquer de furieux maux de tête chez le directeur du programme spatial grec. Il faut absolument combler ce retard, mais la république ne prévoit d’ouvrir son premier centre aérospatial que d’ici quarante ans. Que faire ?

Militairement parlant, la Grande-Bretagne est intouchable. Un océan la sépare de la Grèce, dénuée de grande flotte, et l’armée britannique est deux fois plus grande que celle de son ennemi. En culture aussi, les Britanniques n’ont pas à se cacher, et si leur supériorité dans ce domaine peut être limitée, elle ne pourra pas être surmontée facilement.

Il faut donc pousser à tout-va dans la course à l’espace, peut-être même saboter l’infrastructure victorienne pour reprendre le flambeau de la nation la plus savante en mains propres. De grands phares de la science viennent éclairer les hâtifs programmes d’astrophysique. Schrödinger fait des miracles, Tesla exerce son artisanat diabolique dans les districts d’Osaka, y doublant la production électrique.

L’espionnage connait quelques succès modestes, la Grèce n’est pas vraiment à la hauteur du temps dans ce domaine. Il s’agit d’extirper un peu d’argent à Birmingham, rien de fantastique. On fait ce que l’on peut pour gêner son adversaire, le reste des ressources passe dans le programme spatial, soutenu par un commerce interne vivace et une culture flamboyante.

Un aperçu du niveau technologique montre que la république a gagné du terrain. La fusion nucléaire est à portée de main, à temps pour débuter un projet concret immédiatement après l’ouverture des spatioports. Le gouverneur de Mycènes fait tout pour que celle-ci arrive vite, car une source d’énergie viable pour de longs voyages spatiaux est un élément clé.

Les activités subversives commencent à porter leurs fruits. Des fonds importants du ministère des finances britanniques s’évanouissent et réapparaissent mystérieusement à Athènes. Les services secrets grecs sont renforcés, un réseau d’espion commence à travailler à Bruxelles, une ville jadis soumise par la perfidie anglaise et donc ouverte à quelques activités de résistance. Notons également que les plages de Curitiba, ancienne cité brésilienne, font fureur au sein de la communauté naissante des touristes.

Des irrédents japonais ont déclaré la guerre à outrance à la république, alors même que personne ne se doutait de leur existence. Il s’agit d’exilés de longue date, qui s’étaient réfugiés dans les montagnes hostiles qui bordent la Norvège, il y a maintenant plusieurs siècles. Des hélicoptères de combat et de l’infanterie lourde sont chargés de mettre un terme à leurs activités de guérilla, qui ont eu pour premier but de prendre le contrôle des mines d’argent au sud de Tromsø.

Un joli coup réussit grâce à l’appui des autorités islamiques. La Grèce est depuis longtemps musulmane, aussi n’a-t-il pas été trop compliqué de s’attirer les bonnes grâces des érudits du Caire. Avec leur aval, un expert de premier plan en fusées, Sergueï Korolev, abandonne son activité au centre de recherches de Séoul et rejoint le programme spatial grec. Son penchant pour la spiritualité a permis de le convaincre. En sa qualité de bon musulman, son effort soutiendra la victoire de la véritable foi.

Les spatioports trainent ! Mycènes peut profiter de la nouvelle centrale électrique de Tokyo pour accélérer sa production, et des mines d’uranium relancent l’activité lancinante du secteur primaire dans cette région. Encore 7 ans pour Osaka, 10 ans pour Mycènes avant de pouvoir espérer commencer la moindre recherche, et occuper utilement Korolev. Les autres villes de la république exportent un maximum de marchandises vers ces deux centres de l’ingénierie spatiale, et assurent un minimum de protection.

Que font les Britanniques ? Leur programme spatial n’a pas eu de succès tangible depuis des années. Les espions grecs s’écorchent à trouver ce que fomente l’ennemi ultime, sans trouver plus d’informations que celles dont tout le monde se doutait : l’armée britannique est fin prête à repousser tout envahisseur, plusieurs corps de chars Challenger sont là pour l’accueil de tout envahisseur potentiel. Impossible également de se faufiler dans les centres de recherche ultra-secrets liés à leur programme spatial.

Deux bonnes nouvelles marquent l’année 1920 : après un nouveau « divertissement » d’argent réussi, le meilleur espion grec est en mesure de s’installer à Londres, où il pourra faire bien plus de dégâts. Sur un tout autre plan, la cité-état Hattusa octroie un accès à son fantastique réseau commercial, qui recèle toutes les matières premières du monde en quantités incroyables.

Le véritable évènement est pourtant celui de 1923 : le spatioport de Mycènes a ouvert ! En un clin d’œil, Korolev peut mettre à exécution ses plans longtemps préparés. En moins d’une année, le satellite « Platon » est prêt et envoyé en orbite. La course à l’espace ne fait que commencer !

Prochaine étape : marcher sur la lune. La globalisation aide beaucoup à appréhender ce projet, les routes de commerce internationales sont maintenant beaucoup plus lucratives et permettent de tripler le financement des recherches. Mycènes devient un centre commercial et industriel d’importance globale, on s’y arrache les dernières nouveautés électroniques, et son centre-ville abrite l’élite scientifique de cette planète.

Osaka, un peu à l’écart car ne profitant pas des idées du complexe militaro-industriel situé lui aussi à Mycènes, se réoriente et devient le centre du programme nucléaire grec. Le reste du pays se concentre sur les arts et la culture – ainsi que sur un lent réarmement, pour parer à toute éventualité. L’état-major grec voudrait par exemple ériger une défense antiaérienne mobile autour d’Athènes, en vue d’intercepter des bombardiers visant Mycènes.

La flotte grecque obtient également quelques renforts. Un porte-avions, des sous-marins nucléaires, et bientôt des croiseurs lance-missiles. Ces navires seront-ils jamais utilisés ? Les espions à Londres disent que non, que Victoria est occupé à d’autres choses. Profitant de l’état pitoyable de Scotland Yard, ils organisent le vol d’un des plus grands chefs d’œuvres de cette civilisation : les Héroïdes, un monument littéraire d’Ovide.

1942, Mycènes accomplit un nouveau miracle. La mission « Pythagore 11 » réussit enfin à accomplir ce dont personne d’autre ne peut se vanter : la lune est désormais à portée de l’humanité ! Trois cosmonautes grecs  y ont planté le drapeau de la république. Ce que Périclès avait annoncé vingt ans plus tôt est désormais réel : la Grèce est en tête de la course à l’espace.

Cerise sur le gâteau, l’expert en aérospatiale Wernher von Braun, aux origines douteuses mais aux connaissances certaines, rejoint l’équipe de la république, lui aussi guidé par des motifs religieux. L’avantage de posséder deux spatioports joue maintenant pleinement : pour remplir l’objectif ultime, la colonisation de la planète mars, trois modules extrêmement coûteux sont nécessaires.

Maintenant que la république mène la marche dans l’espace, il est à craindre que la Grande-Bretagne ne se fasse les mêmes réflexions que la Grèce il y a quelques années, à savoir intervenir militairement. L’aviation, la flotte et l’armée de terre sont renforcées à grands renforts d’or et de matériel. A tout hasard, une bombe nucléaire est développée et produite dans les environs de Tokyo.

Le grand savoir de Stéphanie Kwolek accélère encore le programme spatial. Son travail d’excellence en matière de chimie permet de développer de nouveaux matériaux qui renforcent les parois des fusées grecques. Il sera difficile de dérober le flambeau de la victoire à la Grèce, surtout qu’elle n’est pas en reste en matière de culture.

La Grande-Bretagne souffre, Rome et l’Arabie lui déclarent la guerre, les Héllènes lui volent des oeuvres d’art … et enclenchent le début de la fin : le premier module pour la colonie martienne est terminé, la construction du jardin hydroponique qui devra assurer un ravitaillement constant en aliments est lancée. Des escadrilles de chasseurs à réactions sont stationnées près des sites de lancement, patrouillant incessamment l’espace aérien pour intercepter tout ennemi qui s’y oserait.

C’est en 1963 qu’aboutit cette domination qui ne pouvait plus être empêchée. Osaka et Mycènes terminent simultanément leurs projets. Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées sur les tribunes de spectateurs adossées à l’Olympe pour prendre part à cet évènement historique.

L’humanité ouvre un nouveau chapitre, celui du voyage spatial à très longue distance. La colonie de mars, on le saura une fois les signaux arrivés sur terre, a gagné son pari et établit un poste capable de tirer parti des ressources sur place, indéfiniment et sans aide extérieure, qui aurait de toutes manières été impossible. Une nouvelle planète recevra l’empreinte humaine. Qui sait ce qu’il s’y passera ?

Pour conclure ce long AAR, quelques mots sur le jeu suite à cette partie. Du point de vue d’un joueur, Civilization VI est un plaisir à jouer. On y retrouve tout ce qui fait la force de la série, à savoir une gestion poussée des villes, la nécessité de bien prendre en compte les particularités de la carte générée aléatoirement et explorée peu à peu, ainsi qu’une interaction entre volets économique, militaire et technologique bien huilée.

Civ VI offre un défi assez important à partir du niveau empereur, même si l’IA garde des faiblesses comme vu dans les différents chapitres. Les Britanniques ont perdu car ils n’ont pas su se concentrer quasi exclusivement sur leur programme spatial, alors qu’en tant que joueur humain je faisais tout mon possible, par exemple en redirigeant tous les convois commerciaux et leurs bonus vers les villes associées au programme spatial. L’IA tactique n’est pas toujours au rendez-vous non plus, comme l’a montré ma campagne contre le Japon, qui doit son succès au manque de troupes de tir ennemies.

Il y a beaucoup de détails plaisant qui renouvellent l’intérêt de la série, comme la construction de quartiers obligeant à faire des choix draconiens, les actions des gouvernement, ou le rôle revu des cités-états, désormais plus important, ou encore la possibilité d’accélérer la recherche selon ses actions sur la carte. Ce qui gène un peu, c’est que l’on est forcé à une politique extérieure belliciste par des IA systématiquement très agressives en début de partie. Aussi, on remarque que certaines parties du jeu ne sont pas assez fouillées, tel par exemple le passage trop rapide des unités type moyen-âge comme les arbalétriers à de l’infanterie de la Première Guerre mondiale, sans grande transition, ignorant les évolutions intermédiaires.

Au final, le jeu est évidemment bon en l’état, mais montre un potentiel dont il ne sera probablement bien fait usage qu’au cours de futurs patchs et DLC.

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La première partie de cet AAR se trouve par ici, la seconde se trouve elle par ici, la troisième par là, la quatrième de ce coté, la cinquième est ici, la sixième de ce coté là, et la septième de celui-là.

10 Commentaires

  1. Très belle « civ-story » que j’ai lu avec grand plaisir. Fan de Civ, que ce soi sur PC ou plateau, j’ai apprécié.
    Un des gros soucis de la série est le fait de ne pouvoir se passer de conflit dans une partie et ce même en sélectionnant que des peuples cherchant la culture, la religion ou la technologie. Il y arrivera toujours un moment ou l’autre où les ennuis arriveront… Impatient de tester cette nouvelle mouture avec ses particularités, mais cela attendra que je rentabilise mon Civ V acquis il y a un peu plus d’un an (j’en suis quasi à 300h00…).

    CIV, une franchise qui sait se renouveler sans cesse!

      • ça ne fait jamais que 5 parties 🙂 , 1 en rapide (250 tours), 1 en normal (500 tours), 2 en epic (750 tours) et 1 en marathon (1000 tours). je viens d’en commencer une 6ieme en mode marathon, difficulté Empereur et taille Immense pour laquelle je me retrouve à la tête de la Corée. A noter que je prend toujours les peuples au hasard et sur 6 parties j’ai rencontré comme adversaire 3x l’Allemagne et les Azteques, 2x Byzance, la France, l’Inde, Babylonne, Brésil… pas très diversifié tout cela.

  2. Excellente fin pour ce long AAR ! Civ VI est vraiment tentant mais la frustration pressentie à l’idée de retrouver une nouvelle fois les même écueils, dont ce côté belliciste imposé retient encore certainement de nombreux joueurs potentiels. Tout comme la perspective d’un parcours encore une fois jalonné de patches et de DLC indispensables pour affirmer le potentiel du jeu, comme suggéré dans la conclusion.

    • C’est en effet toujours dommage que l’on recoive ses jeux « morcelés », j’ajouterais aussi qu’il n’y a pas encore de masses de civilisations disponibles, donc on se retrouve assez souvent face à des constellations similiaires. D’un autre côté, un Civ II livré complet dès sa sortie n’offrait pas autant de possibilités que les nouvelles moutures, et en général les expansions avaient un contenu qui offrait une bonne qualité.

      J’espère donc qu’ils continueront à broder pour nous offrir un jeu plus riche.

  3. Merci pour ce récit très plaisant à suivre.

    « L’erreur » des britanniques n’est elle pas du au fait que tu ne joues  »qu’au niveau Empereur » … et là paf ils ne se sont pas assez concentrés [pause lecture d’un article sur la difficulté du jeu et des différents niveaux] … hum effectivement si la difficulté réside juste dans des bonus supplémentaires aux adversaires, ma lecture, disons humaine/rationnelle ne tient plus trop la route.
    En tout cas, le rendu était vraiment palpitant … tu m’as donné envie de tenter l’expérience (avec endless legend), qui est prenante mais moins exigeante qu’un Let’s play sur Youtube (expérience que j’aimerai essayer aussi). raaahhh le temps à force de courrir après je vais m’essouffler dans des luttes bien vaines 🙂

    • En effet le niveau de difficulté « empereur » met face au joueur humain la meilleure IA possible, ce sont juste les bonus supplémentaires aux opposants qui varient en quantité. Un AAR sur Endless Legends, très bonne idée (je n’ai jamais trop accroché, il manquait un peu de sel à mon goût)!

      • Autant l’IA est belliciste, autant il ne prépare pas sa défense. Jamais vu l’IA construire un fort… ni même changé de stratégie d’attaque autre que balancé directement toute nouvelle unité créée dans la bataille comme un vulgaire jeu de stratégie en temps réelle :-d

        Autant l’IA va te réclamer des ressources gratuitement et te harceler de demande parfois ahurissante, autant il ne t’en donnera jamais et refusera quasi d’office toutes les propositions un tant sois peu équitable ou avec un léger malus pour lui…

        Autant l’IA va faire la course aux technos ou au Merveilles, autant il stoppera tout dés qu’il atteint le programme spatiale qu’il ne développera pas…

        Même chose politiquement, je n’ai jamais vu l’IA voter pour une autre nation que lui sauf le joueur en cas de bonus d’amitié important

        CIV n’est pas exempt de défaut mais cela reste un jeu prenant et plaisant.

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