Après avoir présenté le DLC sorti en novembre dernier, avec un récit de partie consacré à l’offensive en Belgique en 1940, voyons un tour d’horizon général de l’extension, qui comprend tout de même une douzaine de scénarios inédits, de nouvelles unités, ainsi que des mécanismes supplémentaires. Bref, des heures de jeu en perspective, avec une réalisation toujours aussi soignée.

Le temps des grands encerclements

La période couverte par l’extension concerne surtout le début de la guerre. Elle va de septembre 1939 à la fin de 1941, soit de l’invasion de la Pologne à l’attaque contre Moscou : l’opération Taifun de décembre 1941. Ces premières années du second conflit mondial sont là découpées en douze scénarios bien travaillés et très longs, ce qui peut être un handicap si l’on souhaite des parties rapides. Pour le reste, le concept de base est toujours le même. On déplace ses unités au tour par tour dans un wargame d’inspiration classique mais très bien maîtrisé par le studio qui en est l’auteur.

Les unités sont très variées, doivent tenir compte du terrain et ont des caractéristiques différentes, qu’il faudra employer au mieux pour progresser. Elles sont terrestres, aériennes et navales, bien que l’extension dont nous parlons laisse moins de place à ces dernières que dans le DLC consacré aux Marines américains par exemple.

Nous sommes proches de l’esprit d’un Panzer Corps, avec la possibilité d’améliorer ses matériels d’une mission sur l’autre, de les conserver et de les renforcer. Veiller à ses lignes de ravitaillement et à la possession des aérodromes est primordial pour ne pas les perdre trop rapidement, même s’il est possible de les reconstituer moyennant des points qui permettent aussi d’en acheter de nouvelles ou d’améliorer ses troupes.

Les graphismes, très travaillés pour un jeu du genre, restent très jolis à regarder et je n’ai pas constaté de grands problèmes de fluidité pendant le tour de l’adversaire comme cela avait pu être le cas dans d’autres contenus additionnels. Bref, un cadre déjà bien rodé et qui garde toute sa pertinence.

On suit donc l’armée allemande dans ses campagnes de Pologne, de Norvège, à l’ouest en 1940… Mais aussi contre la Yougoslavie, la Grèce puis l’URSS. Si ce dernier point est assez régulièrement traité dans les jeux vidéo ayant pour thème la Seconde Guerre mondiale, c’est moins le cas des autres théâtres d’opérations. Or, la série nous a habitué à ces incursions hors des sentiers battus, notamment avec l’extension Winter War consacrée à la guerre entre l’Union soviétique et la Finlande lors de l’hiver 1939-1940 (voir notre test).

Là, l’originalité réside par exemple dans la présence des combats de Pologne, moins faciles que souvent présentés, puis de Yougoslavie et de Grèce, en 1941. L’Allemagne parvint à envahir très rapidement ces deux pays où, dans le cas grec, l’armée de son allié Mussolini était empêtrée. D’ailleurs, cela retarda l’attaque allemande sur l’URSS et les affrontements furent violents. On pourra lire le très dense Dans la Grèce d’Hitler de Mark Mazower pour en savoir plus.

En termes de jeu ces scénarios sont donc les bienvenus, car rarement évoqués dans le monde vidéoludique. Pour le public français, on notera aussi une mission prenant place pendant l’encerclement de Dunkerque en 1940 : il s’agira de le réussir et d’empêcher les unités de rembarquer à destination du Royaume-Uni. C’est toutefois dommage de ne pouvoir jouer ces campagnes côté Alliés. Même si le résultat final est historiquement connu on souhaiterait pouvoir organiser ses lignes de défense et tenir face à l’assaut allemand, ou encore vaincre en Norvège.

Passons, les années représentées dans le jeu sont celles de la Blitzkrieg victorieuse, la guerre-éclair qui sourit aux armes allemandes pendant la première partie du conflit. Le terme est évidemment accrocheur et parle au public, même si je redis à nouveau que le contenu ne se résume pas qu’à des attendus, certaines missions étant vraiment très originales.

On notera toutefois que les historiens soulignent les limites de ce modèle de combat et le terme même de Blitzkrieg est sujet à caution. Rappelons que c’est l’utilisation de forces blindées puissantes, car réunies dans des unités dédiées à cet effet, contrairement à, par exemple, l’armée française où la concentration de ces moyens est bien moindre. Cette masse mobile s’appuie sur une aviation de bombardement en piqué et l’infanterie qui suit derrière. D’ailleurs, on va voir ci-dessous que sa représentation dans le jeu n’est pas parfaite.

L’attaque de la Pologne en 1939, elle fait l’objet de deux scénarios distincts.
Le nouvel arbre de spécialisation, déblocable au fur et à mesure des missions. Une bonne nouveauté.
Premiers tours de la campagne, la Pologne subit de plein fouet l’attaque allemande.
Les missions sont émaillées de textes d’ambiance et d’objectifs secondaires qui rapportent des bonus.
Un exemple de spécialisation très utile en jeu. On espère plus d’options de ce style par la suite.
Mes blindés rencontreront peu de résistance.

Intérêt du contenu et limites

En effet, son échelle ne permet pas forcément la modélisation de masses blindées enfonçant le front en un point précis, avec le soutien massif de l’aviation. Nous disposons d’unités qui occupent chacune une case et qui représentent un nombre d’hommes bien plus grand dans la réalité.

Ainsi, on ne se rend pas forcément compte, en jeu, de certaines réalités de la campagne, notamment la rupture du front dans les Ardennes en mai 1940… Qui aurait pu très mal tourner pour les Allemands, car les quelques routes carrossables étaient très embouteillées, ce qui n’est pas vraiment transposable dans un tel jeu. Une riposte ferme des Alliés aurait été une catastrophe pour le camp allemand.

Toutefois, on note l’effort certain des développeurs de mettre le joueur le plus possible dans l’ambiance, avec des textes plutôt bien pensés et traduits, des objectifs secondaires qui témoignent de certains faits marquants de la guerre ; comme la prise très rapide du fort belge d’Eben-Emael en mai 1940. L’invasion de la Norvège, avec les parachutages et les attaques en divers points de la côte de ce vaste pays, est aussi bien modélisée à mon sens.

Là le terrain est vraiment bien pensé et potentiellement un problème pour le joueur… Qui va devoir être très vigilant. Alors que les Ardennes ou les plaines de Flandre sont assez « neutres » et ressemblent finalement à beaucoup d’autres cartes des autres campagnes du jeu, pourtant situées dans des lieux très différents.

Pareil, certaines grandes agglomérations comme Lille-Roubaix-Tournai-Tourcoing, où les combats urbains ont été très durs, notamment dans la banlieue de Haubourdin, sont peu discernables à l’échelle envisagée, mais ce n’est pas forcément le but. L’absence de boîtes de dialogue à plusieurs reprises, quand certains renforts arrivent ou qu’un changement important intervient chez l’ennemi, est plus dommageable.

Ceci dit, on conserve la très grande cohérence du jeu, sa réalisation très soignée et son caractère fouillé indéniable, qui laisse espérer de nombreuses heures de jeu. Le prix de 15 euros qui est demandé ne semble pas usurpé. D’ailleurs, notons aussi l’apparition de nouveaux mécanismes qui personnalisent un peu plus les parties.

C’est le cas d’un système de spécialisation qui est franchement le bienvenu. Accomplir les objectifs principaux et secondaires vous fera donc gagner des points qui vont être utilisables entre les scénarios pour débloquer des compétences supplémentaires pour vos troupes, comme un meilleur entraînement ou des points de commandement supplémentaires.

Ainsi, d’une mission à l’autre il est envisageable de les spécialiser, et ce suivant son type de jeu préféré. On souhaite l’augmentation de telles possibilités dans les contenus futurs ! Cela est lié au fait, nouveau lui aussi, de pouvoir suivre ses forces plus seulement d’un scénario à l’autre, mais maintenant d’une campagne à l’autre. C’est vraiment une bonne idée car on s’y attache, on les voit gagner en expérience et changer de matériel. En disposer pour plusieurs années est vraiment une bonne chose.

On nuancera toutefois le chiffre de nouvelles unités assez faramineux qui est présenté (140). En fait, beaucoup ne sont pas jouables et ne sont finalement « que » des déclinaisons pour d’autres pays des infanteries et autres ingénieurs conventionnels. Il n’en reste pas moins que les avions français, l’artillerie britannique ou les troupes grecques sont représentés dans un jeu, ce qui n’est pas rien.

A lire en complément notre AAR Order of Battle – Blitzkrieg : assaut à l’ouest.

Pour les curieux vous trouverez aussi sur mon site dédié à l’histoire militaire une série de photos prises du coté de Dunkerque à l’occasion des 75 ans de l’opération Dynamo (la bataille de Dunkerque).

Je reçois des renforts bienvenus. Inutile d’espérer « foncer dans le tas » dans ce jeu.
On peut rapidement avoir de mauvaises surprises, comme là dans le nord de la Norvège où je m’étais fait encercler.
L’armée belge est bien présente, ce qui est rarement le cas dans les jeux vidéo.
Il va falloir converger vers Lille où la résistance est mieux organisée.
Une coquille sur le nom de la ville (Ascq), dommage.
J’ai rempli un objectif secondaire, qui m’apporte des renforts. Veillez à ne pas les perdre de vue !
Dunkerque est encerclée, c’est bientôt la curée.
Victoire ! On aperçoit la Royal Navy qui évacue les hommes.
La Kriegsmarine bombarde les côtes norvégiennes, protégeant mon débarquement.
Les troupes alliées vont refluer vers Dunkerque dans ce scénario.
J’attaque de plusieurs côtés à la fois, là avec des blindés d’origine tchécoslovaque et récupérés après l’invasion de ce pays en septembre 38 et mars 39.
Un zoom permet d’apprécier la bonne modélisation des unités, bien meilleure que dans beaucoup de wargames.
Ces commandants apportent des bonus aux unités. Très utiles.
Les combats autour de Lille sont bien plus difficiles.
Le matériel ennemi peut être intégré à vos rangs.
Objectif : Paris !

5 Commentaires

  1. Personnellement j’ai acheté le jeu d’origine (campagne du pacifique) suite à votre test qui était assez enthousiaste et dans l’ensemble juste. Seulement comme pour beaucoup de jeu de ce genre on ne voit les petits défauts qu’après de longues heures de jeu.

    La série est effectivement bien pensée, historiquement juste, fluide et simple dans ces mécanismes et ludique; ce qui fait sa force pour un accès grand public qui voudrait rejouer des étapes de la seconde guerre mondiale. Cependant je la trouve, personnellement trop générique dans tous les sens du terme.

    les unités, bien que assez nombreuse et graphiquement différencier.Dixit de leur taille, leurs particularités, le nom de certaine connu…qui permettrait de mieux s’impliquer et différencier les tactique de combat
    Le terrain est jolie il change suivant le lieu (neige, pleine, montagne, ville) mais au final d’un carte à l’autre on se bat partout de la même manière ont ne sais plus trop ce que représente un char dans une plaine (un escadron, un régiment, une division et si la plaine représente un champs ou un département.
    Les rivière je n’ai toujours pas compris pourquoi il y avait des pont sur les rivière dans ce jeu puisque finalement on peut passer juste avec un ralentissement par n’importe quel hexagone de rivière. Là encore le terrain ou son échelle est en cause face à une rivière s’agit il d’un ruisseau, d’un fleuve…
    Les combat, Quel que soit le type d’unité distante ou adjacente on clique sur la cible et on voit le résultat. Le seul intérêt tactique est souvent d’éviter d’attaquer une unité forte avec une unité réduite et ainsi maximiser des résultats presque toujours identique. Une fois maitrisé que l’on attaque en plaine, en montagne sur mer avec l’aviation, une ville c’est pareil.

    Du coup,malgré l’ampleur des scénarios, les qualité historique, la facilité d’accès je trouve ce jeu trop simpliste, trop générique, et trop répétitif

    • Inévitablement avec la simplification du gameplay il y a des défauts comme vous l’indiquez. Après cela peut dépendre aussi selon les scénarios. Mais globalement cette série reste assez orientée soit vers des débutants avertis, soit vers des joueurs voulant des parties assez rapides avec de beaux graphismes. Le tout sans toutefois trop sacrifier à la précision.

      De plus il faut aussi prendre en compte que le jeu a nettement évolué depuis la sortie du premier volet, et devrait encore évoluer, un peu au moins, à l’avenir. Sinon à force, comme pour tous les jeux, il y a obligatoirement un aspect répétitif. Pour varier essayez peut-être en multijoueurs, y compris avec certaines cartes faites par d’autres joueurs (voir par ici dans le forum officiel http://www.slitherine.com/forum/viewforum.php?f=374 ). Sinon essayez plutôt un jeu comme Decisive Campaigns (voir http://www.wargamer.fr/decisive-campaigns-warsaw-to-paris-aar-case-white/ ), ou d’autres wargames plus pointus, mais plus lourds / longs à jouer.

      Pour les ponts, ils représentent quand même un net avantage pour les véhicules (faire une rapide percée, ramener des renforts, de l’artillerie, etc.). Pour les combats on voit une estimation du résultat, susceptible de varier un peu. Mais oui ça reste un gros indicateur pour bien choisir ses attaques. Cela a le mérite de permettre de facilement calculer ses coups. Même si cela varie beaucoup selon les situations / les scénarios, les bonus défensifs du terrain sont quand même loin d’être négligeables, d’autant plus avec de possibles bonus en soutien d’unités adjacentes, voire des champs de mines limitant les mouvements.

    • C’est un commentaire relativement symptomatique d’une certaine lassitude que chaque amateur de jeux vidéos, quel que soit le genre pratiqué pourrait rédiger à un moment ou à l’autre de sa pratique. Je suis à la fois d’accord avec certains points évoqués et en désaccord avec certaines conclusions. Certes, l’aspect répétitif est indiscutable, les simplifications du gameplay évidentes, etc. mais d’un autre côté, j’aurais presque envie de vous retourner votre argument premier, « on ne voit les petits défauts qu’après de longues heures de jeu. » comme la pierre d’achoppement de tout cet argumentaire. Ayant moi-même beaucoup joué avec cette série et y jouant encore, je constate que la variété tactique y est bien plus présente que je n’aurais pu l’imaginer de prime abord. Comme le dit Bertrand, beaucoup de facteurs plus ou moins évidents entrent en ligne de compte lors des combats. Qu’il s’agisse de l’environnement géographique, de la météo, des caractéristiques propres aux unités ou aux bonus et malus impliqués. Si on compare cela avec d’autres wargames, au final on constate que les paramètres sont vraiment nombreux, variés et surtout, qu’ils ont un réel impact sur les résultats. En revanche, comme vous, je suis davantage gêné par le manque relatif de détails significatifs relatifs aux cartes. Les spécificités régionales sont surtout apparentes dans certains contextes, comme le Pacifique ou la Finlande. Pour le reste, c’est trop uniforme, tant au niveau graphique (les bâtiments par exemple) qu’en termes de palette. Ceci étant, ne boudons pas trop le plaisir d’avoir enfin un wargame grand public aussi joli qu’un RTS et cependant doté d’un système de jeu dont on a rêvé pendant des années depuis la fin de la série des Panzer General 🙂

      • Je suis d’accord Gloo, ton avis vient pondéré le mien car effectivement tout jeu fini par lassé et order of battle à l’immense avantage d’être l’intermédiaire simple et jolie entre des jeux plus basique et ceux beaucoup plus long et complexe.
        Cependant je doit dire que sur celui ci j’ai été lassé assez vite et même si j’ai mené quelques camppagnes jusqu’a leur terme je finissais souvent par me dépêché pour en finir alors que je pensais vraiment à l’achat faire perdurer la série. C’est donc en partie une erreur d’achat de ma part!

  2. Après plusieurs heures de jeu sur cette extension, je dois dire que je partage totalement l’exaspération exprimée dans le test à propos des boîtes de dialogue manquantes. C’est particulièrement gênant dès le second scénario en Pologne où les renforts allemands arrivent au compte-goutte mais ne sont annoncés que par une alerte sonore et un focus de l’écran qui, dans le feu de l’action sont assez aisément ratables. On se retrouve avec des unités supplémentaires sans s’en apercevoir de suite ; c’est embêtant ! Par ailleurs et d’un point de vue plus général, ce qui me frappe surtout est le niveau de difficulté nettement supérieur et ce, dès le début de la campagne de Pologne. On est habitués à des scénarios de type didacticiel sur la majorité des jeux exploitant cette campagne mais ici, les unités polonaises sont en surnombre (probablement de manière excessive ?) dès le second scénario. C’est un choc de devoir se concentrer sur une stratégie globale et rester attentif à chaque engagement, dès le départ. Si on considère que la partie didacticielle, plus facile du jeu, se déroule dans le Pacifique, que depuis sa sortie les mécanismes du gameplay ont évolué en même temps que les caractéristiques des unités, ainsi que les algorithmes des combats, tout cela prend son sens et ce n’est pas plus mal de comprendre que non, les troupes allemandes n’ont pas pris quelques jours de vacances et d’entraînement en Pologne durant l’été ’39… 😉

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