Durant l’été 1941, l’offensive de l’Axe contre l’URSS semble répéter les glorieuses heures des blitzkriegs précédentes. Début juillet, Le Groupe d’Armées Centre possède les moyens les plus impressionnants (deux armées et deux Panzer Group), les objectifs les plus ambitieux (la Biélorussie puis Moscou) et les réussites les plus significatives (les batailles d’encerclements de Bialystok puis de Minsk ont fait près d’un demi-million de prisonniers). Le 9 juillet, il a atteint le Dniepr sur lequel l’Armée Rouge tente de se réorganiser.

Sur la capture d’écran ci-dessus voici donc la présentation du premier tour de jeu : mis à part la petite vignette « Second Edition » peu de changement esthétique au premier abord. Mais l’interface et le moteur de Kharkov a bien progressé depuis Khorsun Pocket.

SSG propose d’affronter les vingt premiers jours de cette énorme bataille où le ralentissement de l’avance allemande et surtout l’attrition vont peser lourdement sur la suite de la campagne. Le joueur est en terrain connu à plus d’un titre.

Rappelons que le studio de développement australien est l’un des plus anciens dans le petit monde du wargame informatique et que le moteur de Kharkov Disaster on the Donets que partage cet opus est l’évolution d’un système démarré au début des années 90. Il serait ainsi vain de pointer du doigt le fossé technologique entre ce type de jeu et les lourdes machineries contemporaines bénéficiant de graphismes 3D. Pourtant, même si la carte est agréable et lisible, la résolution limitée au 1280 x 1024 se rapproche doucement de l’anachronisme pour de nombreux utilisateurs.

Mais le fidèle lecteur se rappellera également que cet opus n’est en fait que la mise à jour d’un add-on pour Khorsun Pocket paru en 2003, et annoncé d’ailleurs dès la sortie de Kharkov Disaster on the Donets. Après des années de tâtonnements, SSG a en effet déclaré que Kharkov serait le « système définitif » et que la mise à niveau des scénarios précédents à ce standard serait désormais sa politique éditoriale.

Heureuse décision, car face aux rares concurrents directs sur le créneau du wargame opérationnel, le faible nombre de scénario et surtout leur non compatibilité entre les versions (à l’exception de quelques classiques comme les Ardennes) pénalisent beaucoup leurs produits.

On peut ici évoquer une polémique qui monopolise les « clics » du forum de Matrix : lors de l’annonce initiale d’Across the Dnepr 2, une réduction était proposée aux possesseurs d’AtD 1 (l’add-on pour Khorsun Pocket). Or surprise, non seulement la réduction a disparu dans les limbes « des efforts de recherche pour mettre à niveau Across the Dnepr au nouveau système et à l’IA », mais le prix correspond plus à un jeu indépendant qu’à un add-on (38/30€).

L’échec de Battlefront (NDLR : le précédent jeu de SSG, à ne pas confondre avec l’éditeur de Combat Mission), les difficultés de cette niche et plus globalement de l’édition informatique remettent sans doute tout cela en perspective…

Mais revenons à nos landser. On serait tenté de rapprocher Across the Dnepr 2 de l’opus d’HPS dans la série Panzer Campaign. Pourtant les échelles ne sont résolument pas les mêmes (1 tr/jr et 4 km/hex pour Across the Dnepr ; 1 tr/2h et 1 km/hex pour Smolensk ’41) ce qui accélère le gameplay d’Across the Dnepr 2 malgré un système IGOUGO très proche qui récompense les tactiques réalistes. De plus, là où Across the Dnepr (comme tous les produits SSG) a été conçu autour d’une I.A. décente voire excellente tirant profit du système d’Aire d’Opération pour ne pas faire n’importe quoi, les I.A. d’HPS ne sont même pas dignes d’un sac d’entrainement.

Le PBEM présente aussi un énorme écart : une campagne de Smolensk ’41 avec ses 170 tours (contre 20 pour Across the Dnepr 2) demandant largement une année de jeu !

En avons-nous pour notre argent ? Incontestablement oui. La remise à niveau du produit correspond d’abord à l’amélioration du système depuis l’époque Khorsun : système de commandement avec Aire d’Opération propre à chaque grande formation évoluant en fonction des circonstances, aires stratégiques hors-carte, ravitaillement détaillé, système de tirs directs et indirects réaliste, capacités spécifiques détaillées des unités, etc…

L’ordre de bataille a aussi été entièrement revu et augmenté (introduction d’unités de la NKVD interdisant les reculs ou de canons sur rail allemand, panzer division non homogènes).

Le possesseur de la version précédente retrouvera certes la situation générale et l’essentiel des décisions stratégiques pour les deux camps : jusque quand tenir le contact avec l’assaillant pour le retarder dans sa capture des objectifs malgré de lourdes pertes pour le russe ? Jusqu’où pousser ces puissantes mais nullement invisibles Panzer Korps pour l’allemand ?

Mais pour le reste c’est bien un autre jeu : les contraintes de ravitaillement, la gestion beaucoup plus subtile des remplacements (avec des bonus semi-aléatoires pour les unités mise temporairement en réserve), le plus grand nombre de décisions tactiques liées à un OB beaucoup plus  détaillé (les blindés/AT ajoutant leur tirs directs, l’artillerie à gérer au plus juste), et même la carte plus grande (notamment au sud de Moguilev avec le franchissement du Dniepr possible à Bykhov) et bien plus jolie, tout contribue à renouveler l’expérience de jeu. D’autant plus qu’au-delà des Aires d’Opérations historiques, des variantes sont proposées (3 pour la Wehrmacht et 8 pour l’Armée Rouge ; voir ci-dessous).

En outre, la sortie de cet add-on correspond à celle du patch 1.20 qui modifie quelques points important du système de contrôle introduisant une plus grande viscosité de la ligne de front quand les adversaires sont au contact. Enfin en bonus trois scénarios sont joints au patch : une remise à niveau de l’opération Husky (invasion de la Sicile), et deux scénarios originaux, Kirovograd et l’opération Konrad (Budapest 45).

Le 24ème PanzerKorps à la pointe de l’avance allemande atteint les abords du Dniepr le 9 juillet. A noter, que la carte a été étendue au secteur de Bykhov qui fut le point de franchissement d’une partie de Panzergruppe Gudérian.

Les pages d’OB sont toujours riches d’enseignement. Ainsi, les deux divisions blindés du 47ème corps n’ont à ce moment de la campagne qu’un ableitung de panzer.

Ce corps suivra le Dniepr d’ouest en est jusqu’à Smolensk qu’il prendra 7 jours plus tard.

Notez que l’aire d’opération (ce qui n’est pas en rouge) de ce corps chevauchent en partie celui du précédent (le 47ème) ce qui permet d’intervenir de part et d’autre du Dniepr avec un peu de souplesse dans le dispositif.

 

Un clic-droit sur un hex informe sur le terrain et ses effets sur le combat et le ravitaillement, mais aussi sur sa présence dans les aires d’opérations : ici 12 grandes formations (armée ou corps et leurs unités subordonnées) peuvent prendre Smolensk pour objectif…

Un clic sur le bouton « i » (en haut à droite de la capture) affiche ce court mais précieux guide pour chaque joueur. Notamment on y découvre les échelons soviétique : la carte présentant d’ailleurs l’aire d’opérations classique d’une armée de réserve comme la 28ème qui devra attendre la chute de Mogilev ou du « pont de terre », ou le tour 8 pour intervenir au sud de Smolenk voire pour sa  défense.

L’une des nouvelles unités « politiques » du scénario : l’un des régiments de NKVD. En empêchant les reculs, ils rendront certainement la prise de certains hexagones de victoire très couteuse pour la Wehrmacht.

En première ligne, la première division mécanisée du 7ème corps comporte un des 3 précieux bataillons de T-34 présents dans l’OB soviétique. L’utiliser en contre-attaque sur le « pont de terre » sera probablement sa fin la plus glorieuse !

Derniers mots

Pour conclure on notera que Across the Dnepr 2 a les mêmes avantages et inconvénients que Kharkov Disaster on the Donets. On retiendra aussi les points suivants :

  • Un gros scénario avec une IA très compétente
  • Une carte claire et jolie
  • L’évolution du système affine encore le tempo des opérations
  • Le système se stabilise et ATD2 annonce la conversion des scénarios des opus précédents dont ceux de Battles in Italy et sans doute Khorsun.
  • Il serait temps de penser à une refonte esthétique… mais les fans y sont-ils sensibles ?
  • Le prix, pour un add-on

Annexe : voici la liste des effets des variantes c’est-à-dire pour l’essentiel des possibilités de modifier l’historicité des Aires d’Opérations

Variantes russes

1 : la 19ème armée et ses 25ème et 34ème corps sont libres dès le tour 1.
2 : le 25ème corps mécanisé de la 21 armée (front centre/secteur Roslav) est libre dès le 1er tour. Les capacités et bonus des QG sont améliorés.
3 : la 24ème armée (réserve devant Viazma) et ses 3 corps (52, 53 et 26ème mécanisée) change ses villes-objectifs de déblocage.
4 : la 31ème armée est déplacée dans le secteur de Yartsevo.
5 : la plupart des régiments de fusiliers sont susceptibles d’avoir des effectifs plus importants en cas d’utilisation de l’option « valeur inconnue ».
6 : la plupart des QG voit leur rayon de commandement et bonus de points d’opération augmentés.
7 : Les 32ème et 33ème armées voient leurs régiments de milice passer au statut de régulier.
8 : la 43ème armée change ses villes-objectifs de déblocage et augmente son aire d’opération.

Variantes allemandes

1 : le XII Korps et le QG de la 4ème armée commence sur carte.
2 : la 1ère PzA débute la partie avec une PzDiv supplémentaire (la 1ère).
3 : la 11ème PzDiv est ajoutée à la 2ème PzA dès le tour 1.

Infos pratiques

Date de sortie : avril 2010

Studio – Éditeur : Strategic Studies Group – Matrix Games

Prix éditeur : 31 – 38 € (NDLR : désormais 21,99 € en téléchargement)

Site officiel (Matrix) ; Site de SSG

 

NDLR : article initialement paru sur Cyberstratège en 2010.

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5 Commentaires

  1. Le créateur est mort ?!
    Je ne savais pas mais ça explique l’apathie de cette série.
    Même avis que le monde : excellente série, je ne m’en lasse pas. C’est celle où je retrouve le plus les sensations des wargames sur table que je n’ai plus le temps de pratiquer.

    Par contre, je n’ai jamais essayé Battlefront suite à tous les avis plus ou moins mitigés que j’avais lu à l’époque. Avec le recul, ça vaut le coup même si dans la pratique il y a peu de scénars ?

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