Enfin, elle est là, la fameuse extension de Civ V qui met en scène l’espionnage et la religion. Bon, ne soyons pas dupes, sortir il y a deux ans le jeu de base sans ces éléments et nous les proposer aujourd’hui sous forme d’extension tient d’une véritable escroquerie économique… Avons-nous le choix ? A 30 €, la question se pose car les nouveautés annoncées enrichissent un jeu qui en avait bien besoin… sans convaincre réellement.

Il faut se faire une raison, le business des jeux vidéo repose maintenant presque entièrement sur un usage abusif des DLC et autres add-ons, une manière habile de surfer sur la vague de la dématérialisation des logiciels. Civilization V est l’exemple parfait de cette nouvelle démarche économique, le jeu, sorti en 2010, ayant été clairement et volontairement épuré de nombreux mécanismes, qu’on retrouve donc dans cette extension Gods & Kings, proposé au prix très conséquent de 30 € (27 € si vous l’aviez précommandé…).

Nivellement par le bas

On pouvait reprocher à Civilization V, malgré de grandes qualités de prise en main, une frappante simplification des mécanismes et une linéarité des parties qui pouvait presque déboucher sur de l’ennui… Malheureusement, l’adjonction des mécanismes de la religion et de l’espionnage ne va pas rendre le jeu plus complexe ou plus riche, car ces deux nouveaux éléments s’inscrivent tout à fait dans la logique d’intégration des paramètres de Civ V, avec une progressivité absolue de leurs effets.

Concrètement, la religion et l’espionnage donnent accès, de manière très progressive au travers du développement de la civilisation du joueur, à de légers bonus quantifiables (production, nourriture, bonheur, économie) mais jamais à un avantage ou une personnalisation majeure de sa civilisation. En d’autre termes, le développement de l’espionnage ou de la religion n’est plus du tout un objectif de victoire en soit, mais simplement un paramètre parmi d’autres dans son développement.

Autant dire que l’historicité de Civilization et le sentiment de rupture, parfois abusif, que l’on pouvait trouver dans les précédentes versions sont totalement gommés.

La religion est tout simplement une superposition de petits bonus, accessible via une boîte à outils où le joueur achète ces avantages en les payant en points de Foi, générés par divers bâtiments religieux et développement de la religion ainsi constituée dans les villes de son empire ou celles de ses adversaires.

De fait, la tendance déjà présente dans Civ IV de religions complètement abstraites et détachées de toute référence historique s’impose totalement. Le joueur peut bien appeler sa religion musulmane et lui donner le croissant comme symbole, son contenu sera uniquement déterminé par les choix du joueur, autour de quatre ou cinq bonus, progressivement de plus en plus puissants comme pour marquer l’évolution de la pensée religieuse dans sa civilisation.

En voici quelques exemples : eaux sacrées = +1 de nourriture en bord de rivière (choix du premier bonus avant la création de sa religion), puis mosquée (bâtiment apportant des bonus), soldats de la Foi (bonus au combat) et dialogue inter-religieux (bonus de science).

On dispose donc, comme pour les doctrines sociales (autre nouveauté de Civ V), d’une religion à la demande, adaptée à ses objectifs, mais qui confine au micro-management. On gagne en gestion ce que l’on perd en historicité et en profondeur. Et soyons direct, ce système est aussi le meilleur moyen d’éviter tout comparatif entre les religions ; en ces temps de choc des civilisations (réelles), le système de Civ V est particulièrement neutre… et donc passablement sans saveur !

Développement de la civilisation espagnole en fin de partie. Civ V propose une expérience très linéaire, avec un jeu agréable mais moins accrocheur que les précédentes versions.

Gadgeto-espion

Pour ce qui est de l’espionnage (accessible uniquement en solo, un comble ! ), le système est encore plus simple, voire simpliste. Un espion apparaît à chaque âge à partir de la Renaissance (trois max) mais il est totalement abstrait (pas d’unité sur carte) et se gère via un simple écran. On peut placer chaque espion dans une ville adverse pour récupérer des infos et tenter de voler des technologies, ou le conserver dans une de ses villes pour faire du contre-espionnage. A part le choix de la ville, c’est tout, le mécanisme est complétement automatisé et donc complètement accessoire. La puissance d’espionnage ne peut pas être affectée par des avancées ou bâtiments (sauf la gendarmerie, bâtiment de contre-espionnage). Bref, ce petit mécanisme n’est pas déplaisant mais tout à fait mineur. On attendant infiniment mieux.

Pour le reste, Gods & Kings propose son lot de nouvelles civilisations (neuf, dont la Suède, Carthage, les Celtes, etc.), trois scénarios thématiques (la Renaissance, la chute de Rome et Empire des cieux embrumés, un scénario steam-punk), neuf nouvelles merveilles et divers petits ajouts (meilleure gestion des flottes et grand amiral pour les batailles navales, deux types de cité-états supplémentaires). Mais paradoxalement, l’aspect qui séduit le plus est l’évolution de la diplomatie, avec des civilisations-IA nettement plus cohérentes dans leur choix, capables de proposer des alliances pérennes ou d’engager des conflits avec leurs voisins le plus menaçants.

L’écran de gestion des espions, c’est ultra-simpliste le joueur sélectionne juste la ville où placer son espion (trois espions à l’âge moderne).
Gods & Kings propose trois scénarios, dont la chute de Rome… particulièrement décevant : peu de bâtiments spéciaux, pas de recherche, pas de religion, pas d’événements historiques. Plaisant tout de même, mais limité.
L’état de sa religion, qui permet de choisir jusqu’à cinq bonus, évolutifs en fonction des âges. La plupart sont vraiment mineurs et donne à peine un vernis de ce que peut représenter l’impact d’une religion pour une culture humaine… Tout ne serait que quantifiable sur cette bonne Terre ?
Boudicca – celtes
Attila – huns
William d’Orange – Pays-bas
Pacal – mayas

Pour conclure

On l’a compris, deux ans après la sortie du jeu, cette extension déçoit énormément. La religion, dont on attendait beaucoup, est nettement plus terne et gadget que dans la version précédente, même si elle plus confortable à l’usage. L’équipe de Civ V est-elle véritablement à court d’idées ou s’agit-il d’un choix assumé pour proposer un jeu plus lisse et plus accessible, difficile à dire. Une chose est sûre, la rupture n’est pas pour maintenant, on s’inscrit ici dans la continuité, voire la routine, et au regard du glorieux passé de la série, c’est une vraie déception !

  • Des améliorations indispensables et cohérentes avec les mécanismes de Civ V.
  • Un jeu toujours aussi agréable d’utilisation.
  • Très peu d’ambition pour la religion, qui se limite à des paramètres… sans âmes.
  • L’espionnage, un pur gadget.
  • Les civ des précédents DLC ne sont pas incluses …
  • 10 euros trop cher pour le contenu !
Infos pratiques

Date de sortie : 22 juin 2012

Jeu édité par 2K Games. Nécessite le jeu de base. Prix : 30 €. Une démo est disponible (sur Steam).

Site officiel : www.civilization5.com/godsandkings/fr

Lien utile : description complète et détaillée des nouveautés sur Civ 5 Analyst (en anglais).

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5 Commentaires

  1. bonjour,

    Je suis surpris de ce “méchant” commentaire. J’ai acquis G&K il y a peu (mais pas à 10€ me selble t-il, mais plus cher !) et je le trouve aussi incontournable que certains mods du Workshop (qui auraient dû faire partie du jeu…)
    Tout d’abord, il y a l’ajout des civilisations supplémentaires, chacune fort sympathiques de part leurs spécificités (je ne vois pas celles qui manquent ?? On retrouve bien l’espagnol, le maya des DLC précédentes…).
    L’AI est nettement plus cohérente, et plus diversifiée par ses propositions ; rien que cela vaut le détour (même si j’aurai apprécié une AI militaire revue aussi…)
    Enfin, vous ne parlez pas de la technologie ; or l’arbre est revue, corrigé, et à mon avis amélioré !! Ca aussi, c’est tout bon.
    Je passe l’espionnage, qui ne sert à rien…ok.

  2. Pour le prix, je dis que le jeu est 10 euros trop cher, c’est-à-dire qu’à 20 euros, cela aurait été correct (il est vendu 30 €). J’admets que l’IA est nettement améliorée, c’est la bonne surprises de l’extension, mais ce genre d’évolution aurait pu être corrigé par un simple patch ! Ma principale critique porte sur le fait que la religion est sympa, cohérente avec les principes de fonctionnement de Civ 5, mais ne justifie en rien une extension à 30 €.

  3. Seul l’Espagne, qui faisait l’objet d’un DLC payant, a été inclus gratuitement dans Gods & Kings. Si quelqu’un aujourd’hui veut ajouter les incas à sa liste de civs, résultat il paie deux fois la civ espagnole (vendu en lot avec les incas) … Certes ce n’est qu’un détail.
    Sinon il manque Babylone, la Corée, la Polynésie, le Danemark / les vikings, et aussi les merveilles du monde antique. Il faut toujours passer à la caisse. Soit 22.44 € en plus, et je ne compte pas les map packs …
    L’IA “diplomatique” est meilleure, et un peu moins parano. Et encore, par moment quoi que vous fassiez d’un seul coup l’IA se met à dénoncer vos actions … Admettons, au moins ça met de l’action. Sauf que l’IA “militaire” n’est pas toujours si convaincante que ça. Plus la carte est grande, pus je crois qu’elle s’y perd un peu.
    Quant à la religion c’est quand même beaucoup une suite de bonus à saupoudrer un peu partout. L’espionnage, vraiment décevant.

    Reste que le jeu est toujours très amusant. Mais cet add-on ne vaut pas le prix fort demandé.

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