Connaissez-vous EastFront – The War in Russia 1941-45, sorti en 1991 chez Columbia Games ? C’était le titre dédié au front de l’est dans la série des jeux à blocs qui ont fait le succès de cet éditeur.

Jeux dont le gameplay changeaient assez des wargames classiques en créant une bonne impression de brouillard de guerre avec en guise de pions des cubes en bois dont on ne pouvait voir les caractéristiques des unités qu’ils représentaient que sur une seule face, celle du coté de chaque joueur. J’ai peu eu l’occasion de jouer à cette série à l’époque, mais assez pour en conserver encore aujourd’hui un bon souvenir.

Et bien, comme vous l’avez peut-être vu récemment, cette série et particulièrement ce titre très réussi sur le conflit germano-soviétique, va prochainement revenir mais désormais sur nos écrans. En attendant de pouvoir juger de cette adaptation PC, qui pourrait intéresser les connaisseurs de Blocks comme les amateurs de bons wargames, ni trop simples, ni trop complexes à pratiquer, voici ce qu’en disait assez rapidement mais utilement Casus Belli fin 1991.

Et voici ci-dessous une très rapide comparaison ce que devrait donner dans un avenir pas trop loin lointain l’adaptation PC en cours chez Avalon Digital (voir cette brève pour d’autres captures d’écrans).



Casus Belli : East Front est consacré à l’affrontement entre le IIIème Reich allemand et l’URSS. Ce n’est pas le premier sur ce thème, certes, mais c’est sûrement l’un des plus originaux. Columbia poursuit sa série de jeux de cubes, fameuse pour Rommel in the Desert. Rappelons que les pions ne sont pas des petits carrés de carton, mais de gros parallélépipèdes de bois massif illustrés sur une face par un autocollant portant un symbole classique. Le procédé permet de faire régner l’incertitude chez les joueurs, qui ne voient pas la force des pions adverses. Hélas, ces beaux pions (120) alourdissent la boîte, et allègent grièvement le portefeuille de l’acheteur. Mais plaie d’argent n’est pas mortelle, n’est-ce pas ?

La carte, imprimée sur un excellent carton léger, est très agréable à l’œil. Dommage que les auteurs nous refusent le luxe d’une planche de marqueurs en carton : à la place, ils conseillent de se servir de pièces de monnaie.

Les règles sont relativement brèves, bien qu’elles couvrent à peu près tous les aspects de cette grande lutte, le front finlandais excepté. Leur intérêt principal réside dans le rôle attribué aux Quartiers Généraux (4 pour l’Axe, 6 pour l’URSS). Ceux-ci sont nécessaires pour bouger et pour attaquer à force normale. Or, lorsqu’ils servent, ils s’usent, ces pauvres Q.G., et il faut un tas de points de production pour les reconstituer. Comme ces points sont pour la plupart sur la carte, les Allemands doivent foncer pour s’en emparer – mais foncer ça use les Q.G., et ainsi de suite.

En deux mots, un bon petit dilemme stratégique : le secret des wargames intéressants. Bien sûr, les offensives sont souvent bloquées faute de Q.G. actifs — mais c’est voulu, et réaliste. Les combats se font assez simplement, à grand renfort de lancers de dés (chaque pion donne droit à autant de dés qu’il a de force). Heureusement qu’il y a quatre dés dans la boîte !

Bizarrement, à l’inverse de Rommel…, ce ne sont pas les fameux pions en bois qui font l’intérêt du jeu (le «brouillard de la guerre» qu’ils font régner n’est pas très épais, et leur entassement suscite parfois de pénibles embouteillages). En revanche, la maîtrise de l’utilisation des Q.G. n’est possible qu’à un bon joueur.

En fait, Columbia aurait pu laisser tomber les cubes, et nous offrir un jeu en carton, plus commode à manier, avec simplement quelques QG-leurres. Mais tel que, East Front est sans aucun doute un des plus intéressants jeux de réflexion stratégique disponible. Et il a l’avantage de proposer un découpage de la campagne en scénarios reliables de 6 mois chacun. Attendons avec intérêt la sortie promise de West Front, bien évidemment compatible et rattachable : le syndrome Third Reich a encore frappé !

Article par Frank Stora, paru dans le numéro 66 de Casus Belli, en novembre-décembre 1991. Ce court article n’étant à l’origine pas illustré, je vous ai mis quelques photos de la 1ère et de la 2ème édition du jeu.
Pour plus d’informations sur la future adaptation PC, nommée Columbia Games’ EastFront, voyez cette fiche sur Steam.

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