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En acquérant les droits d’exploitation du catalogue Talonsoft, la société Matrix n’a sans doutes pas fait un mauvais calcul. Si le succès de séries telles que Battleground ou Campaign (Eastern Front) ne s’est jamais démenti parmi les wargamers passionnés, la réédition de quelques titres phares devait à coup sûr contenter ces mêmes personnes, ainsi que la nouvelle génération de généraux en pantoufles, désespérant de n’avoir pu goûter aux gameplay vantés par leurs ainés. La remise sur le marché de vieilles gloires vidéo-ludiques se doit cependant de s’accompagner d’une remise à niveau technique, propre à séduire les joueurs découvrant le logiciel revampé. En commercialisant deux wargames aériens ayant marqué la fin des années 90 dans le genre opérationnel, Matrix parvient-il à faire un coup double sur ces tableaux ? Voilà bien la question à laquelle nous allons tenter de répondre ici.

Nous sommes donc en présence, pour ce test, de deux titres issus du même moule. Deux wargames à l’échelle opérationnelle, simulant dans les moindres détails militaires, les manœuvres aériennes offensives et défensives, de ce qui demeure historiquement comme étant le premier revers pour les armées du Reich, à savoir, la Bataille d’Angleterre. Ainsi que le précise, en préambule, le manuel numérisé, au demeurant assez volumineux mais pêchant notoirement par l’absence de détails fondamentaux du gameplay. Par exemple, des informations sur les capacités de combat selon le plafond aérien, relatifs aux machines volantes modélisées. Une absence qui n’enlève cependant rien à la richesse des données accessibles, directement dans le jeu, sous forme de fiches joliment illustrées.

Deux titres donc. Regroupés au sein d’un unique emballage et proposés dans une boîte unique ou encore, au téléchargement. Historiquement le premier, Battle of Britain paru en février 1999, couvrait la période 1940-41, avec les développements hypothétiques de l’opération Sea lion (conquête amphibie de l’Angleterre, telle que planifiée par les nazis). Le second opus, Twelve O’clock High, pour sa part, se concentrait dès novembre 1999, sur les campagnes de bombardement stratégiques alliées, durant la période 1943-45. D’où le sous-titre de « Bombing the Reich », à l’origine du nom complet Gary Grigsby’s Eagle Day to Bombing the Reich, servant d’écrin au logiciel qui nous occupe ici.

Pour reprendre, une fois encore, les termes du manuel fourni par Matrix, on peut résumer la philosophie de cette mouture remaniée, en ces termes : un jeu aux mécanismes simples mais nécessitant beaucoup d’investissement et de patience, de la part du joueur, pour en acquérir la maîtrise. En effet, le principe de base de ce titre bicéphale -et lui seul- est simplissime. Vous avez accès, via une carte assez réussie visuellement (tant que l’on ne zoom pas trop dessus…) à des sites stratégiques variés (usines ; ports ; aérodromes ; voies de chemin de fer ou encore, unités terrestres combattantes). Libre à vous d’en extrapoler des objectifs principaux et secondaires, selon les impératifs de victoire énoncés lors du briefing de mission et en fonction des points requis dans trois secteurs différents (Air superiority ; Industrial damage ; Urban bombing (Terror)), puis de leurs affecter des vols de bombardiers et de chasseurs d’accompagnement. Vous pourrez également entreprendre des missions de diversion ou de suppression, afin de détourner l’ennemi de vos véritables cibles, comme de réduire son potentiel d’interception.

La richesse des bases de données proposées par Eagle Day est proprement phénoménale et enrichi heureusement un gameplay autrement très austère. Certes, les possibilités stratégiques sont énormes, avec des missions de bombardement, nocturnes ou diurnes, laissées à votre discrétion et dont tous les paramètres vous seront accessibles. Du choix des pilotes et des escadrilles, en fonction de leur palmarès, de leur expérience, en passant par les distances et l’état des bases aériennes, selon les objectifs à atteindre ou encore, les caractéristiques des multiples appareils mis à votre disposition. Également gérables, les waypoints (points de passage) aller et retour, totalement modifiables, à votre convenance ; l’état du parc matériel, avec gestion des approvisionnements et renforts ; la météo ou même, le déplacement et positionnement des diverses défenses anti-aériennes, F.L.A.K. et ballons (y compris les systèmes de détection au sol).

Tout cela est effectivement alléchant, pour qui se passionne à la fois d’histoire de l’arme aérienne et de wargames stratégiques/opérationnels. Reste que la réalisation technique de ce bel ensemble (sur le papier) laisse terriblement à désirer. Sans parler de la désagréable impression qu’auront ceux ayant présumé de leur véritable passion… une impression de travailler pendant des heures, littéralement, plutôt que de jouer. Avec une somme de données à trier, analyser et évaluer, finalement récompensée -trop chichement- par des bruitages anémiques, des animations extrêmement pauvres et une perpétuelle prise de tête, pour mémoriser les arcanes d’une interface exécrable, d’une complexité souvent ridicule. Quand ce ne seront pas par les errements d’une I.A. décidément bien peu à l’aise sur les seuls scenarii réellement jouables, à savoir, les plus courts ! Eagle Day est effectivement un jeu à double facette…

Prenons les choses depuis le début. Les écrans d’accueil sont avantageusement illustrés et plongent d’entrée le joueur dans une ambiance « vintage » agréable, qui l’accompagnera tout au long de ses parties. A ce propos, vous aurez le choix très vaste, allant d’une campagne complète à un didacticiel d’un seul tour (jour), en passant par des opérations de moindre envergure temporelle, de l’ordre que quelques semaines ou mois. La palette est d’autant plus étendue qu’elle s’applique à deux jeux complémentaires, ne l’oublions pas ! En revanche, tout ce qui concerne l’interface est d’un niveau assez déplorable pour un logiciel commercialisé dans une version, soit-disant, remise à niveau. Les boutons d’options sont minuscules et il n’est pas possible de cliquer ailleurs (sur leur texte descriptif, par exemple) pour les sélectionner.

Dans le même ordre d’idée, celui d’une mise à jour bâclée, on remarque d’emblée que le fichier d’aide n’est pas actualisé par rapport au contenu qu’il est sensé présenter. Le didacticiel comporte des coquilles/erreurs gênantes. Pareillement, les textes contenus dans les fenêtres de briefing n’ont pas été re-formatés, pour une présentation convenable. Comme il convient à logiciel ne proposant que de la documentation au format numérique, l’usage du raccourcis Alt+Tab (passer d’une application à l’autre sans quitter la première) est absolument indispensable, si vous ne désirez pas imprimer les 112 pages du manuel. Il demeure pourtant ici problématique (comprenez « plantogène ») et de ce fait, peu recommandable. Un comble ! La solution consiste alors à opter pour l’affichage fenêtré, si votre moniteur affiche un peu plus que la résolution native du jeu… solution heureusement avantageuse, pour des graphismes d’un autre siècle (limités au 1024×768).

La palette des scenarii. Variant d’une journée à plusieurs mois, à raison d’un tour par jour et explorant plusieurs fronts occidentaux, sur toute la durée du conflit.

Le panneau des options (redondant d’un jeu à l’autre…), reste source de bien des problèmes, malgré les améliorations bienvenues, apportées par le patch 1.02.

Les états de service des meilleurs pilotes, détaillés au possible, apportent un petit côté attachant qui égaie la monotonie et la froideur des statistiques.

L’affichage des unités aériennes sous forme de “Roundels”, sur la carte stratégique. En médaillon, l’aspect des choses en zoom maximal. La réduction atténue (un peu) l’horrible pixellisation de l’ensemble…

Une option qui apporterait un soupçon de fantaisie à l’affichage, en simulant visuellement les opérations de nuit… si elle était utilisable !

La même chose, avec l’affichage sous forme de sprites. Ces derniers ont été “rénovés” ! A noter qu’il est possible de récupérer quelques mods intéressants (pour la carte, entre autres), depuis le forum Matrix consacré au jeu.

La liste des appareils disponibles en remplacement des pertes subies est fonction de divers paramètres : disponibilité historique, production des usines et décisions stratégiques.

 

Si les bases de données et le moteur de calcul du jeu ont bien bénéficié d’une mise à jour, les graphismes et l’interface, en dehors des icônes d’unités aériennes améliorées, n’ont pour leur part pas eu les honneurs du même traitement de faveur visuel. Pour faire bref et corrosif, tout cela est d’un niveau apparenté à celui d’un shareware, programmé par un dilettante, certes extrêmement éclairé sur l’histoire militaire mais peu enclin à faire des efforts sur l’aspect et la finition de son logiciel. En aucun cas cela ne représente ce que l’on est en droit d’attendre d’un jeu repris plus de dix ans après sa sortie et remis sur le marché commercial à un tarif pareil.

Ne nous méprenons pas ! Le jeu en lui-même, de part son thème et la richesse de son contenu, n’est pas ici remis en cause. Ce qui sera pour les véritables fanatiques du wargame pur et dur, comme de l’aviation, un réel bonheur vidéo-ludique, s’apparentera à un cauchemar pour tous les autres. Y compris les wargamers « ordinaires » adeptes de jeux comme Panzer General, Total War ou autres belles réalisations récentes.

Pour la première catégorie de joueurs, un cinq en note finale s’approcherait donc plutôt d’un sept sur dix. Quel bonheur, que de passer des heures à définir les opérations de ses escadrilles, en fonction d’une pléthore de paramètres ! Tels que les bases de départ et leur état général ; la fraîcheur des équipages et des matériels, leur adéquation à la tâche ; le niveau d’expérience et la réputation des pilotes ; le rayon d’action des vols d’accompagnement ; les horaires et routes d’approche, en tenant compte du relief, des défenses adverses, etc. Bref, vraiment de quoi s’absorber dans un univers idéal, pour le grognard à hélices.

En revanche, pour le commun des mortels, quelle corvée ! Pour si peu de plaisir à suivre les évolutions interminables d’icônes inertes et les pop up d’information laconiques, dispensés en guise de résolution des opérations ! D’autant plus rébarbatif que, malgré des options de simplification, il demeure impossible de véritablement accélérer cette partie du jeu, voire de la supprimer, tout bonnement, afin d’obtenir un compte rendu complet et rapide. Regrettable !

Si par malheur vous vous étiez précipités sur le jeu, dès son apparition dans la boutique en ligne de Matrix, pas de chance ! Dans sa version 1.0, Eagle Day était buggé au point d’en devenir injouable, sur certaines configurations. Passons outre le fait que les options n’étaient pas sauvegardées entre chaque parties… et posent encore quelques problèmes, il se trouve que le pire bug obligeait à désactiver l’accélération matérielle 3D de DirectX, afin de pouvoir enfin fluidifier l’affichage de la bête. Il était ensuite, évidemment, obligatoire de la réactiver manuellement, pour pouvoir lancer un quelconque jeu 3D, correctement programmé, celui-là…

Il aura fallu tout de même attendre de longues semaines ce patch 1.02, pour enfin voir ce bug (désolé pour l’égo des programmeurs, qui prétendent que ce n’en est pas vraiment un…) disparaître partiellement de la liste. Partiellement car comme vous pourrez peut-être le noter, le moteur d’affichage ne supporte toujours que très modérément les processeurs multi-cœurs (quelques options font leur apparition, sensées résoudre ce problème) et toujours pas du tout, l’option permettant d’assombrir l’écran, supposée simuler les opérations nocturnes. Il sera donc impératif de s’en passer pour jouer avec autre chose qu’une succession de diapositives. Pas facile de donner une seconde jeunesse à des vieilleries, plutôt mal programmées à la base, surtout lorsqu’on ne s’en donne pas réellement les moyens…

Un dernier mot concernant le meilleur et le pire, concentrés dans une interface mal pensée, mal conçue et mal implémentée. On y trouve effectivement ce que tout wargamer rêve d’y voir ; l’exhaustivité des listes, appliquées à chaque catégorie d’éléments du jeu. Qu’il s’agisse des bases alliées ou ennemies ; des objectifs, classés par catégorie, valeur stratégique, distance ou niveau de défense ; des escadrilles de bombardement, de chasseurs ; des pilotes, etc.. En un mot, tout est accessible et répertorié, classable alphabétiquement, d’un clic. Le bonheur !

Par contre, il faudra se battre perpétuellement avec des menus, des sous-menus et autres sous-sous-menus, à ouvrir et fermer, un à un ; des fenêtres trop petites pour tout afficher convenablement, quelle que soit la résolution de votre écran ; d’autres dont le focus se positionne en bas, plutôt qu’en haut ; des valeurs perdues dans telle liste et d’autres encore, absentes, etc… en un mot, l’horreur !

Quel dommage, de reprendre des bases clairement excellentes, dix ans après, pour finalement les resservir quasiment inchangées et toujours aussi mal adaptées au gameplay. Sans parler de l’empreinte du temps, qui n’a pas passé sans laisser de traces. C’est vraiment à désespérer. A croire que le but unique était de rapidement remettre sur le marché un produit d’appel pour une niche trop négligée, avec la claire volonté d’agrémenter un catalogue et de faire entrer quelques liquidités… Mais ce ne sont là que suppositions très personnelles.

Pour résumer, on pourrait dire que ce titre reste marqué par la forte dualité que suggèrent ses origines. Deux wargames, modérément appréciés lors de leur parution initiale, remis au goût du jour par un éditeur qui aurait dû s’investir d’avantage, dans l’ergonomie de son produit. Dans son adéquation aux attentes éventuelles d’un public, qui aura sans doutes évolué plus sensiblement qu’il ne l’imaginait. Si le jeu, dans sa globalité, demeure extrêmement attractif aux yeux d’une minorité de passionnés, le plus grand nombre des wargamers restera sans nuls doutes hermétique à son charme supposé.

Comme celui du jeu, ce bilan de campagne n’est guère flatteur !

Chaque matériel (terrestre ou aérien, allié ou nazi) bénéficie d’une jolie fiche détaillée.

B-17 Fortress en route pour un bombardement.

Beaucoup de bonnes choses à retirer de cette véritable simulation, y compris la variété de fronts (continentaux européens, incluant la méditerranée), d’objectifs et de matériels. Également, de fortes lacunes ; comme l’apparente inutilité de concentrer ses attaques sur les troupes au sol, hors contexte pré-établi (opération Overlord – débarquement allié) mais aussi le boulet énorme que constitue une interface et des mécanismes ergonomiques archaïques, indignes d’une véritable remise à jour. Selon que l’on se considèrera comme un joueur réfléchi, adepte des échecs et des phases de préparation interminables ou d’avantage attaché à une simplicité de bon aloi, ainsi qu’a la gratification que peuvent apporter une touche de modernité, de satisfaction visuelle dans la résolution des opérations, ce logiciel sera alors une bénédiction, tout autant qu’un cauchemar. D’avantage Janus, bien plus que Mars, en somme !

  • La guerre aérienne au niveau opérationnel, avec un foisonnement de détails unique.
  • Une base de données sans équivalent pour ce thème précis.
  • Un éventail de campagnes, plus ou moins longues, offrant une durée de vie démesurée.
  • Un gameplay immersif au possible… si l’on est inconditionnel, patient et passionné.
  • Parties par e-mail… pour les plus courageux (non testées mais fonctionnelles) !
  • Une réalisation technique indigne, qui n’a pas suffisamment évolué.
  • Un aspect visuel trop peu attractif, malgré quelques (rares) améliorations.
  • Trop peu de modifications possibles, hors certains graphismes (pas d’éditeurs).
  • Une demande d’implication du joueur trop importante pour certains.
  • I.A. apparemment très rigide et manquant parfois de cohérence, sur les parties courtes.
Infos pratiques

Site officiel

Date de sortie : 23 septembre 2009

Studio – Éditeur : Matrix Games

Prix éditeur : 40,99 euros (en téléchargement – 48,99 € en boîte).

Version testée : 1.02 –  sur Athlon X2 5600 – RAM 2 Go – Radeon X1950  Pro 512 Mo.

Configuration minimale conseillée par l’éditeur : Windows 98 SE, 2000 SP4, Windows XP, Vista (Windows 7, apparemment). Pentium IV 1.5 Ghz ou équivalent AMD. 512 Mo RAM. Carte vidéo compatible DirectX 9.0c (sic!) avec 16 Mo RAM. Lecteur optique (uniquement pour l’installation de la version boîte). Espace disque libre :  2 Go (Chez moi :  1 Go). Carte son compatible DirectX.

NDLR : article initialement paru sur Cyberstratège en 2010.

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1 commentaire

  1. Matrx a TOUJOURS vendu soit des jeux hyper simplistes (heu wargames c’est le nom qu’on ose leur donner) ou des wargames hyper compliqué HYPER BUGGE et c’est à la communauté des joueurs de faire le boulot de debugging et en plus de proposer des mods MEILLEURS que le jeu lui meme (souvenons nous de WitP). bref matrix a depuis longtemps demontré que seule la vente interessait cette societe et meme pas le suivi via des patchs car au bout de 2 ans, le jeu n’est plus suivi. pour finir, l’IA est TOUJOURS TRES TRES MAUVAISE et cela dans tous les jeux de matrix et ca, c’est une catastrophe. ne jouer qu’en PBEM a ces jeux là. regardez le dernier WItW .. si WitE a mis du temps avant des patchs correctifs, la WitW sorti prematuremment, a deja du patch dès …. le lendemain ; cela en dit long sur cette societe

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