La saga Heroes : la magie du tour par tour !

Voici aujourd’hui un ancien article qui proposait à la fin de l’été 2004, dans le défunt magazine PC4War, un utile récapitulatif de ce qu’était Heroes of Might and Magic à l’époque. A savoir déjà une solide référence du genre.

 

PC4War : Véritable phénomène du jeu PC, la série Heroes enchante depuis près de dix ans tous les amateurs de médiéval-fantastique par son mélange de jeu de rôle, de stratégie et de gestion. Remarquablement simple dans ses principes mais modèle de jouabilité, cette série se dirige maintenant vers sa cinquième version, chacune ayant engendré son lot de polémiques… mais toujours le même enthousiasme !

Il est probable qu’à la sortie du premier Heroes of Might & Magic en 1995, ses concepteurs n’avaient pas osé imaginer le succès qu’allait connaître cette sérié, qui s’est presque à chaque fois affichée dans les meilleures ventes de jeux PC, que ce soit aux États-Unis ou en France. Il faut dire que l’équipe de 3DO, son éditeur, s’est fait une véritable spécialité des séries à rallonges, parfois même jusqu’à l’épuisement. En fait, Heroes n’est au départ que l’adaptation « stratégique » d’un jeu de rôle, Might & Magic, le titre de la série Heroes étant explicite là-dessus, mais les années montreront que le petit frère dépassera vite son aîné en notoriété.

En 1995 donc, 3DO, qui édite la série des Might & Magic réalisé par le studio New World Computing depuis déjà dix ans (le premier M&M est sorti en effet en 1986) présente Heroes I, qui suit de deux ans celle de M&M V, en attendant le VI en 1998 (au total, la série du jeu de rôle M&M compte neuf versions… ils ont bien fait d’arrêter, les derniers étaient nuls !). Côté contexte, 3D0 essaye alors de faire à peu près coïncider l’histoire des Heroes avec celle des Might & Magic, Heroes III par exemple se situant plus ou moins après celle de M&M VI, et les diverses campagnes de Heroes permettent au joueur de poursuivre les aventures initiées avec la version jeu de rôle dans le monde d’Erathia et de retrouver les races et personnages de l’univers — très conventionnel pour tout dire — créé par 3DO.

Un château, des monstres !

Les mécanismes de jeu de Heroes sont d’une extrême simplicité mais présentent l’avantage d’être servis par une grande maniabilité, une progressivité exceptionnelle (on ne cesse de découvrir de nouveaux monstres, objets magiques et pouvoirs spéciaux) et surtout par un savant mélange des genres qui est vraiment la marque de fabrique de la série. Le premier principe du jeu toutefois, et c’est à la fois la raison de son succès et sa limite de développement, est l’utilisation du tour par tour, combiné à un module tactique pour les combats. Concrètement, c’est très simple, le joueur déplace ses unités jusqu’à leur capacité de mouvement possible par tour, puis appuie sur le bouton « Tour suivant ». En cas de rencontre avec des armées adverses ou des monstres, ces derniers étant visibles sur la carte et le plus souvent immobiles, on passe en mode tactique, les batailles étant alors résolues là encore en tour par tour sur une petite carte appropriée.

Ndlr : Évidemment si vous connaissez bien la série Heroes of Might and Magic, cet article paru dans le numéro 12 de PC4War n’est pas indispensable. Si ce n’est peut-être pour se rappeler facilement le long chemin parcouru par le jeu depuis les années 90, et y retrouver quelques anecdotes. Sinon, si vous débutez dans la série, jetez-y un oeil, vous aurez une idée de l’alchimie vidéoludique que sont parvenus à recréer les développeurs du futur Heroes of Might and Magic – Olden Era (disponible depuis quelques jours en Accès anticipé sur Steam) tout en modernisant un peu plus le gameplay et bien entendu les graphismes. Bertrand.

Ndlr. : pour illustrer cet ancien article j’ai repris le superbe artwork réalisé par Magdalena Katanska et utilisé pour les disques vinyl de la bande-son de HoMM III. B.

L’ennui de ce système, c’est que, s’il est extrêmement agréable en solo, il n’est pas du tout adapté au jeu en ligne car en raison des combats tactiques, les tours doivent être joués en alternance, et non en simultané… Et attendre bêtement devant son ordi que votre adversaire du bout du monde ait terminé son tour et ses éventuels combats, c’est assez frustrant ! En plus, impossible de jouer par e-mail (échange de fichier de tour) car il faut une connexion directe en cas de rencontre entre les armées des deux joueurs ! Je vous laisse imaginer l’ennui quand on tente l’expérience en réseau à plusieurs joueurs… En revanche, tous les jeux de la série Heroes se sont toujours parfaitement prêtés à des parties en chaise tournante (hotseat), qui restent d’ailleurs pour moi parmi mes meilleurs souvenirs de nuits ludiques, à trois ou quatre copains ! Il en faut peu pour être heureux en ce bas monde…

Pour entrer plus dans le détail, Heroes propose simplement au joueur de diriger des héros, chacun de ces héros pouvant se déplacer sur la carte stratégique, accompagné de quelques unités, pour aller découvrir des objets et lieux magiques, s’emparer des forges et bonus divers, affronter les monstres placés à des endroits stratégiques, et évidemment capturer les héros et châteaux adverses pour l’emporter. Les parties sont proposées sous forme de scénarios à objectifs (vaincre tel méchant, capturer telle cité) le plus souvent dans des campagnes de série de scénarios de difficulté variable, chaque jeu de la série proposant environ six-sept campagnes aux thèmes très variés, plus celles offertes dans les innombrables extensions.

Les unités et héros sont bien sûr produits dans le ou les châteaux du joueur, les unités accessibles étant déterminées par la classe du personnage joué par lui (ou par son héros principal selon les versions). Par exemple, dans Heroes I, si vous jouiez un chevalier, vous commenciez la partie avec un château de chevalier et vous ne pouviez qu’acheter des unités spécifiques à ce château (piquiers, arbalétriers, griffons, etc.). Évidemment, le joueur peut s’emparer des châteaux d’autres classes de perso, mais une petite astuce (pénalité de moral), qui sera conservée dans les quatre Heroes, pénalise les armées composées d’unités provenant d’origines différentes. Le joueur va donc de préférence composer des armées formées d’unités de même origine. L’autre intérêt de ce système est que le joueur pouvait par exemple faire toute une campagne avec le camp des chevaliers, puis se lancer dans une nouvelle campagne avec un autre type de héros, et des unités, pouvoirs et châteaux complètement différents.

Côté gestion, là aussi c’est très simple, le joueur emmagasine diverses ressources à partir de mines qu’il occupe sur la carte, chaque mine lui rapportant des ressources par tour, et il dépense ses ressources pour améliorer ses châteaux avec de nouvelles bâtisses, chaque bâtisse lui permettant de recruter de nouveaux monstres, héros et sortilèges éventuels. On peut également découvrir divers bâtiments sur la carte, pour acheter des unités inédites, recruter des mercenaires, acheter des objets magiques, faire des échanges de ressources, etc. Stratégiquement, les scénarios comportent souvent des limites de ressources (absence de mines de fer par exemple) et il faut gérer au mieux ses affaires pour pouvoir s’offrir les monstres les plus puissants. Bref, c’est tout le ressort de la progressivité du jeu, puisqu’on ne cesse de s’étendre, d’avoir accès à de nouvelles ressources et de nouveaux monstres et bâtiments !

Enfin, le côté jeu de rôle, qui s’est progressivement étoffé au cours de la série, se traduit par des héros qui montent en expérience, acquièrent de nouvelles compétences et pouvoirs, peuvent même parfois changer de classe et porter des objets magiques… Un grand bonheur !

Le même, mais avec plus de choses !

Si le système de jeu de Heroes est certainement celui qui a le moins évolué de tous les grands jeux vidéo, on doit admettre que l’équipe de conception a parfaitement su gérer les ajouts de « bonus » entre chaque version. Entre la version II et III, on passe par exemple de six à seize classes de héros ! Le système de jeu étant extrêmement addictif (« encore un tour et j’arrête… mon Dieu, 3 h du mat’ »), les joueurs pouvaient acheter le nouveau de la série les yeux fermés, ils savaient qu’ils allaient retrouver un système connu mais légèrement amélioré, mais surtout des tonnes de nouvelles choses à découvrir : nouveaux pouvoirs, nouveaux héros, nouveaux bâtiments, etc. Une vraie dépendance !

Autre réussite de la série, les graphismes et l’ergonomie ont toujours été extrêmement soignés. Si en apparence, les Heroes proposent une vue aérienne très banale, on se rend compte à l’usage que rien n’est laissé au hasard, malgré l’absence de 3D ou autre artifice de ce genre : les cartes sont superbes et bourrées d’animations, les combats se déroulent sur de petites cartes très sympathiques, l’interface est parfaite, etc. Évidemment, quand on compare la série Heroes à des jeux comme Warcraft ou à des simulateurs tactiques récents, on doit bien admettre que techniquement, c’est assez pauvre et que votre carte graphique dernière génération ne vous servira pas à grand chose, mais le public qui achète les Heroes en masse s’en moque bien, l’important étant que ça tourne et que ce soit joli !

Enfin, les musiques de la série Heroes ont toujours été extrêmement soignées et je pense que c’est l’un des seuls jeux où je conserve la musique activée, car elle participe vraiment à l’ambiance… allant parfois jusqu’à hypnotiser le joueur après de longues nuits passées à activer le bouton « Tour suivant » avant de le poursuivre jusque dans son lit !

Pour entrer plus dans le détail des évolutions de la série, il faut admettre qu’elles sont assez maigres. A part l’ajout constant de nouvelles unités, compétences et bâtiments, seul un utilisateur averti connaît les subtiles évolutions du système de jeu, et il vous soutiendra d’ailleurs mordicus qu’en termes stratégiques, chaque jeu est différent, mais honnêtement, c’est un peu exagéré. On peut citer toutefois des évolutions importantes du système de siège des châteaux et de combat, la surface des cartes tactiques s’étant grandement accrue à chaque version.

Seul le quatrième volet de la série, le plus controversé, osera réellement innover, plongeant les forums de fans dans des discussions enflammées. En effet, avec Heroes IV, deux innovations majeures sont introduites : les unités peuvent se déplacer seules, c’est-à-dire qu’elles n’ont plus besoin d’être conduites par un héros pour évoluer sur la carte, et les héros, justement, participent maintenant physiquement aux batailles. Dans le premier cas, cela permet une plus grande mobilité stratégique, dans le second, cela transforme les héros en super-combattants au détriment des unités, alors qu’ils n’étaient avant que des jeteurs de sorts invulnérables. A mon sens, et malgré les débats sur l’équilibre du jeu qu’ont entraîné ces évolutions, cette version IV m’apparaît comme aussi excellente que les précédentes, et peut-être plus riche stratégiquement, mais en revanche, il faut admettre que l’équilibre général entre les races est moins travaillé…

Après le coup de tonnerre de l’annonce de la fermeture de 3D0 et New World Computing l’année dernière, qui semblait sonner le glas de la série, c’est avec joie que l’on a appris cette année qu’Ubi Soft avait repris la licence et travaillait sur un Heroes V. Peu d’infos filtrent encore sur cette nouvelle version, attendue pour 2005, mais tout laisse entendre que l’on reviendra vers un système classique, avec l’abandon des héros combattants… En tout cas, la série Heroes reste depuis sa création l’une des valeurs sûres du jeu PC, et à juste titre tant le plaisir de jouer est au rendez-vous avec ce produit remarquable d’ergonomie, de synthèse ludique et de nuits sans fin !


La série complète des Heroes

L’histoire de la série Heroes est marquée par une succession d’extensions et de reboîtage, de façon parfois excessive, mais les fans se montreront toujours très compréhensifs et avaleront les nouvelles campagnes et extensions.

Heroes of Might & Magic (1995) Le premier Heroes date de moins de dix ans. Il propose alors seulement quatre classes de personnages et châteaux afférents : le barbare, le chevalier, le magicien et le sorcier. Les graphismes, un peu simplistes, sont toutefois très plaisants et la prise en main déjà très agréable. Le jeu sort d’abord sous DOS puis Windows… et il paraît qu’il existe même une version Gameboy, que je rêve de dénicher un jour !

Heroes II : The Succession War (1996) Si le graphisme et le choix relativement réduit d’unités du I ne rassemblent pas encore une très forte communauté, Heroes Il va connaître lui un succès énorme. Les concepteurs ajoutent deux nouveaux types de château, des tonnes de nouveaux monstres et plein d’innovations : recrutement de monstres neutres, parties en chaise tournante, etc. L’éditeur de cartes, simple d’utilisation (une nouveauté à l’époque), permet aux fans de créer leurs propres scénarios. En 1997, 3D0 sort la première extension pour Heroes (ce ne sera pas la dernière) : The Price of Loyalty. On trouve également une compilation regroupant H1 + H2 + l’extension. Une mauvaise adaptation Playstation 2, intitulée Quest for Dragonbone Staff est parue, mais elle est aujourd’hui introuvable…

Heroes III : The Restoration of Erathia (1999) Là encore, 3D0 se surpasse, réussissant, malgré les qualités du II, à sublimer Heroes. Le jeu connaît un embellissement graphique remarquable, avec de nombreuses animations sur la carte, des sons et des musiques sans pareils, mais il bénéficie aussi d’une foule d’améliorations, les héros devenant de plus en plus complexes, avec des compétences évolutives et des fiches de perso individuelles, les sorts sont classés par royaume de magie, etc. Il est enfin possible de jouer en réseau, malgré les contraintes évoquées dans l’article. Dans l’ensemble, cette version est considérée par beaucoup comme la meilleure de la série.

Heroes III connaîtra deux belles extensions : Armageddon’s Blade (1999) qui offre un éditeur de campagne très performant pour enfin créer ses campagnes (et non plus de simples scénarios indépendants) et The Shadow of Death (2000), qui propose une grande campagne sur le thème des mort-vivants et quelques nouvelles unités, héros et bâtiments. De plus, trois petites extensions, sous forme de mini-campagnes jouables seules, sans le jeu de base, ont également été éditées : Clash of the Dragons, Conquest of the Underworld et Master of the Elements. Elles n’ont été disponibles en France que brièvement dans des boutiques d’import.

Heroes IV (2002) Comme nous l’évoquons dans l’article, le quatrième volet de la série sera le plus controversé, non seulement à cause de choix ludiques discutables, mais également parce que le jeu de base ne comporte pas d’option en réseau… Un mauvais coup en apparence pour obliger les fans à acheter la première extension ! Un patch téléchargeable sera en fait proposé simultanément, il s’agissait plutôt d’un problème de développement que d’un coup marketing, mais les fans l’auront à juste titre assez mauvaise. De plus, Heroes IV souffre d’un gros problème de gestion de la mémoire cache, qui ralentit le jeu au bout d’environ une heure… Ce défaut sera corrigé également par la suite, mais la sortie fut donc entachée de polémiques ! En tout cas, comme ses prédécesseurs, le jeu de base connaît son lot d’extensions : The Gathering Storm qui comporte donc l’option multijoueur promise et de bonnes campagnes, puis Winds of War, avec des campagnes assez difficiles.

Les sites sur Heroes

L’activité internet autour de Heroes s’est fortement réduite depuis un an, l’éditeur ayant disparu et certains portails ayant été fermé ou n’étant plus mis à jour. On trouve aujourd’hui des sites plutôt amateurs, pas toujours de dernière fraîcheur mais heureusement, de bons sites français.

Archangel Castle : une fois n’est pas coutume, le site de référence sur Heroes depuis longtemps est un site français !Toujours actif année après année depuis sa création il y a six ans, et malgré un graphisme désuet, ce site permet de recueillir une foule d’infos sur le jeu, souvent de très bonne main, et de presque tout savoir sur la série. Le site couvre en fait essentiellement les deux derniers Heroes parus, c’est déjà pas mal, avec des forums, plein d’articles, des tonnes de cartes et scénarios et surtout une ligue active avec un classement et des tournois. Petite baisse de mises à jour ces derniers mois, mais ça repartira avec la sortie du V ! Adresse : www.archangelcastle.com

A noter que la communauté russe est extrêmement active dans le monde de Heroes, ce jeu ayant apparemment un gros succès en Russie, et beaucoup de matériels sur le web proviennent de sites en cyrillique (ce sont eux qui ont obtenu le scoop de la version 5)… je vous épargne les adresses !

Pour plus d’informations sur Heroes of Might and Magic – Olden Era, voyez la page Steam du jeu et cette page chez Unfrozen. Voyez également la chaîne YouTube du studio Unfrozen pour de précédents utiles videologs sur le gameplay.
A lire également sur le même sujet notre article Les coulisses du développement de Heroes of Might & Magic.
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