Les Gaulois

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Paru en début d’année en poche dans la collection « Texto » des éditions Tallandier, Les Gaulois est une synthèse essentielle de Jean-Louis Brunaux sur cet ensemble de peuples finalement assez méconnus, dès lors que l’on souhaite dépasser les clichés habituels. L’auteur est archéologue et spécialiste de la question et réussit dans une langue très plaisante à lire, tout en restant rigoureuse, à rendre intelligible un passionnant et foisonnant sujet. C’est tout simplement l’un des livres d’histoire qui m’a le plus enthousiasmé ces dernières années !

Une approche thématique

Dès le début de son ouvrage, Jean-Louis Brunaux pose le cadre géographique, temporel et lexical dans une mise au point nécessaire. Il montre d’emblée à ses lecteurs à quel point étudier les Gaulois n’est pas simple. D’où viennent-ils ? Quel est ce terme même de « gaulois » alors que nous parlons de Celtes ? Ces questions trouvent en grande partie leurs réponses et permettent rapidement de comprendre que les Gaulois sont plus complexes qu’il n’y paraît. L’auteur rappelle également régulièrement le silence des sources sur de nombreux points et les lacunes dans nos connaissances : comment écrire l’histoire d’un ensemble de peuples qui n’a pratiquement pas laissé d’écrits ni de grands monuments ?

Pour ce faire, il s’appuie certes sur les sources latines et grecques ayant parlé des Gaulois, mais aussi largement sur l’archéologie et nourrit son propos des recherches les plus récentes, qui offrent tune vision renouvelée. Après un rappel historique assez bref, il choisit de présenter ces peuples de manière thématique dans les neufs chapitres suivants. Ils traitent de tous les aspects de la vie et de la mort des Gaulois : religion, guerre, économie, savoirs, coutumes, mœurs… Le propos est ainsi bien plus clair, car un récit uniquement chronologique serait trop austère et ne permettrait pas de saisir ces aspects essentiels. De plus, l’auteur ne donne pas dans le schéma simplificateur. Il explique les différences entre les différents peuples Gaulois dans les domaines expliqués, et jalonne bien sûr le parcours thématique de cartes, dates et reproductions d’œuvres. On saisit ainsi l’évolution générale de leurs façons de faire et les ressemblances comme les divergences entre les différentes parties du monde gaulois.

La chasse aux clichés

Le livre a ainsi l’immense mérite de battre en brèche tous les clichés sur les Gaulois, en partie déjà mis en place sous la plume des Grecs et des Romains, mais aussi popularisés par une certaine vision politique d’eux sous la Troisième République et le régime de Vichy. Sans parler de films historiquement douteux comme Vercingétorix : la légende du druide roi (2001). Or, loin d’être braillards, sales, « barbares » (dans le sens de brutes non « civilisées », tant ce mot a d’acceptions différentes), incapables de « progresser » ou d’innover, ce sont de tout autres êtres humains que l’on découvre.

On est en fait frappés par l’épaisseur historique de cet ensemble de peuples qui invente (le tonneau, la cotte de maille – qui n’est donc pas médiévale – le couteau à lame rétractable…), qui produit de l’art d’une grande qualité (comme les torques), qui apprend des Grecs la monnaie et l’écriture pour ses contrats ou des usages artistiques (la monnaie est un peu détournée de son usage premier), qui se déplace sur des routes qui seront très utiles aux Romains pour leurs conquêtes… Mais aussi qui a ses institutions, de vrais débats où la musique joue un rôle, qui permet aux femmes de participer aux décisions politiques, qui a engagé une vraie réflexion sur le sacré et l’au-delà… Enfin, leur tripartition de la société et le fait que la « romanisation » a été plus superficielle qu’on ne le dit fait qu’il reste finalement plus d’eux qu’on ne le croit quand se mettent en place les trois ordres médiévaux après la chute de Rome.

L’auteur explique bien que les Romains ont pris beaucoup d’eux, mais également que l’écriture, hormis la rédaction de contrats, est l’apanage des druides. Ces personnages dont la formation est longue (20 ans) ont cultivé un certain culte du secret qui n’a pas vraiment permis de retrouver des sources écrites gauloises, ce qui s’est combiné avec leur disparition rapide au début de la conquête romaine. Cela explique que certaines de leurs inventions soient attribuées à d’autres, et que les informations manquent de manière générale sur eux. Certes, tous n’accédaient pas à ce savoir, la guerre était avant tout une affaire de nobles et ce sont bien les Romains qui ont gagné la guerre des Gaules. Il n’en reste pas moins que les Gaulois méritent mieux que les clichés et Jean-Louis Brunaux nous permet d’aller au-delà une bonne fois pour toutes.

Si le sujet vous intéresse, ne manquez pas non plus de découvrir ma nouvelle série d’articles sur mon site Web : Les Gaulois et la guerre: I) Le cadre.

 

Les Gaulois - Jean-Louis Brunaux - Tallandier

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