Les Italiens sur le front de l’Est

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Proposé par les éditions Lemme Edit depuis août dernier, Les Italiens sur le front de l’Est. Juillet 1941-Mars 1943 de David Zambon est un excellent fascicule de la collection Illustoria. En une centaine de pages, ils sont l’occasion de proposer une synthèse courte et facile d’accès à propos de sujets extrêmement variés, et ce pour les quatre grandes périodes historiques, de l’Antiquité à l’histoire contemporaine, ce qui est le cas du livre présenté.

Des Italiens en URSS ?

Le sujet du jour est assez peu connu en France, contrairement à l’Italie où il est même un enjeu mémoriel d’importance. Il s’agit de la présence des Italiens sur le front de l’est aux côtés des Allemands et de leurs autres partenaires européens, comme les Roumains ou les Hongrois. L’auteur, diplômé en histoire de l’Université de Nice Sophia Antipolis et italophone, commence donc par revenir sur les raisons de l’envoi d’un corps expéditionnaire italien en Union soviétique à l’été 1941. Il rappelle aussi très utilement la non-valeur d’un cliché très répandu : ce serait à cause des retards de l’armée italienne dans les Balkans que cette opération aurait été retardée, ce qui est faux et je vous laisse découvrir pourquoi.
Toujours est-il que Mussolini, peu tenu au courant des projets de son allié et voulant peser dans la balance finale, réussit en effet à imposer l’envoi, d’abord réduit, de troupes aux côtés de la Wehrmacht qui a lancé l’opération Barbarossa en juin 1941. Au premier abord réticents, les Allemands se rendent compte de la valeur de ces soldats et leurs confient des missions de plus en plus importantes. Alors que leurs pertes deviennent difficilement remplaçables, ils sont finalement loin de regretter la transformation de ce petit corps en une vraie armée de 230.000 hommes en 1942.

David Zambon revient donc d’abord sur leur participation aux combats en ne laissant rien de côté. Les problèmes logistiques sont évoqués, le manque de matériel des Italiens, le mauvais usage de certaines troupes d’élite comme les Alpini (l’équivalent des chasseurs alpins français) envoyés combattre dans la steppe et non dans le Caucase comme initialement prévu… Il explique aussi que les Allemands ont rejeté sur eux et leurs autres alliés l’échec de Stalingrad alors que ce sont eux qui ont confié la garde de leurs flancs à des unités trop peu nombreuses et pas assez équipés, tout en négligeant la capacité de l’Union Soviétique à organiser une offensive « de grand style » en plein hiver.

Il parle ensuite de leur bonne tenue au combat durant ce chef-d’œuvre stratégique soviétique et leur longue et pénible retraite pour revenir vers des lignes amies, dans la neige et le froid, sans être toujours bien aidés par les Allemands. Les citations issues de témoignages illustrent utilement le propos.

Un fascicule court, mais qui évoque tous les aspects

Au-delà de cela, et c’est heureux, l’auteur évoque des aspects encore moins connus : la relation des Italiens avec les Allemands, et surtout le comportement des soldats italiens sur un front signalé pour son caractère de brutalité extrême et d’anéantissement. Or, le cliché véhiculé par les vétérans dans les années 1950-1960, à savoir que les Italiens ont été des soldats humains et peu brutaux envers les civils résiste-t-il à l’analyse historique ?

En convoquant des travaux italiens et russes les plus récents, David Zambon rappelle que oui… En très grande partie. Malgré quelques épisodes réels de violence envers des civils et des prisonniers de la part de quelques officiers et unités, l’armée italienne en URSS a traité les civils et les prisonniers humainement. Les troupes de Mussolini, bien que martelées par la propagande anticommuniste, n’ont pas commis de massacre de masse, n’ont pas ouvert de camp de concentration ni d’extermination, n’ont pas réquisitionné de manière dégradante les biens des soviétiques. Je rappelle par ailleurs que le régime n’a pas hésité à utiliser des armes chimiques en Éthiopie en 1935-36 (cf. cet article dans la revue Stratégique). Il n’est donc pas « innocent » en soi, mais cela n’arrive pas en URSS. De plus, malgré quelques clichés, les populations locales ont même été assez attentives à leur sort durant leur retraite et ont apprécié le côté pieux de beaucoup d’entre eux.

Enfin, l’auteur analyse la mémoire de ces faits en Italie. Un peu trop rapidement à mon goût, mais le format l’oblige. Il aurait été intéressant de citer certains lieux de mémoire comme Cargnacco (voir mon article à ce sujet) et d’analyser quelques chansons comme L’ultima notte qui revient sur la retraite de l’hiver 1942-1943 (cf. L’ultima notte, Coro 97′ della Brigata Alpina Julia sur YouTube). On appréciera toutefois les nombreuses photos et les cartes en couleur, mais qui font peut-être grimper le prix, qui s’élève à près de 18 euros hélas, ainsi qu’une bibliographie utile et bien présentée. De plus, malgré les 120 pages, le sujet n’est pas survolé et David Zambon explique tous les aspects de la chose, en ne parlant pas trop de ce qui est bien déjà bien connu comme les alpini justement. Le tout en français, ce qui est très rare car la plupart des ouvrages sur le Regio esercito, soit l’armée royale, sont naturellement en italien.

Après la lecture, vous saurez ainsi que la marine italienne s’est battue sur le lac Ladoga et en mer Noire ! Néanmoins, je vous proposerai bientôt un ouvrage plus complet sur la question, toujours dans la langue de Molière.

Plus d’informations sur ce livre sur cette page chez l’éditeur.

 

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