Marmont – Le maudit

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Après s’être attaqué aux personnages de Berthier et de Bernadotte, l’historien Franck Favier, revient sur un autre maréchal de Napoléon : Marmont. C’est peu de dire que la tâche est ardue, tant sa réputation de traître lui colle à la peau. Jugez plutôt : l’un des plus anciens compagnons d’armes de Napoléon qui passe à l’ennemi en 1814 alors que l’Empereur est au plus mal et réfugié à Fontainebleau ! Puis qui semble à nouveau trahir la monarchie restaurée en 1830, à laquelle il s’est pourtant rallié… A tel point que son titre de duc de Raguse fut tourné en dérision et, durant tout le XIXe siècle, le verbe « raguser » fut un synonyme de trahison, de traîtrise. Le sous-titre du livre « le Maudit », donne bien le ton.

Bien entendu, la vérité est plus nuancée. C’est toute la différence entre mémoire (ce que la société retient d’une époque, d’un personnage, consciemment ou non) et l’histoire, soit l’explication et la narration scientifique des faits. Or c’est ce que fait avec brio l’auteur, agrégé et docteur en histoire. Il revient dans un style plaisant sur la carrière du personnage, qui fut l’un des plus riches de l’Empire par son mariage avec la fille d’un banquier célèbre, mais aussi un organisateur de talent lorsqu’il aida à réformer l’artillerie ou administra, brièvement, les provinces Illyriennes (la côte Dalmate). Il se révéla aussi un bienfaiteur de sa région d’origine, la Bourgogne, mais également un auteur à succès lorsqu’il décrivit ses voyages hors de France après son exil de 1830 (il meurt en exil à Venise). A-t-on dit qu’il fut assez proche du fils de Napoléon, « l’Aiglon » décédé en 1832 sans postérité ? Toutefois, malgré ses qualités réelles, il ne put se départir de son image forgée en 1814 et 1830. C’était aussi un vaniteux, un ambitieux qui tenta de se justifier, sans grand succès.

Rien de tout cela n’est passé sous silence par l’auteur, qui analyse très précisément ces moments forts de sa carrière, ses trahisons réelles et supposées… et montre une situation évidemment plus complexe que ce qu’en garde la mémoire collective. Bref, une très belle bibliographie d’un peu plus de 300 pages à découvrir depuis début juin chez Perrin, au prix de 23 euros. A lire pour retraverser en compagnie de l’un de ses principaux protagonistes, l’une des périodes les plus chaotiques mais aussi passionnantes de l’histoire de France.

 

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