Penchons-nous ce week-end sur la dernière production du studio The Artistocrats pour Order of Battle, la bien nommée Red Star. Extension consacrée exclusivement à l’Armée rouge, ce DLC propose treize scénarios sous forme de présentation pour cette nouvelle faction, avec quelques batailles pré WW2, pour entrer par la suite de plain-pied dans le vif du sujet, avec une interprétation toute personnelle de Barbarossa.

 

Order of Battle n’est pas une simulation et n’a jamais été revendiqué comme tel par ses créateurs. Certains joueurs s’en sont d’ailleurs plaints dès la sortie du jeu, arguant que s’il était distrayant, ce qui tombe bien puisque tel était son but premier, le studio prenait trop de liberté à leurs yeux pour mériter les éloges faits à son endroit. Je soupçonne ces personnes, soit de s’être fait une raison depuis, soit d’être simplement passées à autre chose, plus digne de leur temps.

Ceux-là seront indifférents à ce compte-rendu, tandis que les autres plus ouverts d’esprit ou simplement plus joueurs seront satisfait d’apprendre que cette extension, si elle persiste dans l’hérésie de ne pas pouvoir faire office de livre d’histoire animé, n’en demeure pas moins un add-on conforme aux attentes qualitatives des plus exigeants.

Ceci étant, ce préambule n’arrive évidemment pas tel le tif de Tondu sur la soupe paroissiale du samedi soir. Si j’ai été le premier à défendre la liberté de ton revendiquée ouvertement par le jeu de base, je dois admettre qu’il m’arrive d’être troublé par certains aspects peu historiquement casher. Je vais venir au fait mais commençons par le début. Cette nouvelle campagne de treize scénarios s’ouvre sur la bataille du lac Khasan qui, comme chacun sait… se trouve sur la frontière russo-chinoise, non loin de celle de la Corée du Nord.

Les choses se corsent pour nos amis communistes.
Une série qui commence à sérieusement s’étoffer.
Un préambule original mais un peu trop court.

 

Ce genre d’événement météo et les animations associées s’avère trop rare mais plaisant.
Décidément, impossible d’échapper à la Pologne et à ses localités aux noms si poétiques.
L’Armée rouge monte un peu trop vite en puissance.

C’est en juillet 1938, avec cet accrochage frontalier également connu sous l’appellation d’incident de Changkufeng, que débute cette jolie campagne soviétique. Trois années plus tard, presque jours pour jours, l’Armée rouge préalablement aguerrie au cours de ces premiers conflits mineurs, devra affronter l’épouvantail germanique, ses Panzer, ses Kampfgruppen et ses Luftflotten, eux aussi considérablement rompus aux combats de la guerre d’Espagne. Il faudra également, passage obligé, combattre dans le froid polaire finlandais, en menant des batailles délicates -pour le moins- au cours desquelles préserver et améliorer les troupes représentera l’objectif principal en vue de l’épreuve à venir.

Autant dire que la tâche ne s’adresse pas vraiment aux débutants sur ce système, d’autant que comme d’habitude, les affrontements ont tendance à s’éterniser. Les joueurs pressés attirés par l’accessibilité réelle bien qu’un peu trompeuse d’Order of Battle risquent encore de pester devant la lenteur des scénarios. Les autres seront ravis. Brièvement abordé, le conflit soviéto-japonais pré WW2 laisse -trop- rapidement place à la Winter War déjà célébrée dans un précédent DLC (voir cet article). Ces batailles sous les effets d’animations neigeuses sont clairement d’un niveau supérieur, tout en procurant une progressivité dans la difficulté avant de passer au plat de résistance allemand, encore plus copieux.

Dès Barbarossa, le décalage entre réalisme historique et plaisir ludique du plus grand nombre se fait clairement jour. Le seul frein aux ambitions de puissance pour le joueur soviétique, encore et comme toujours, le camp adverse devra se tourner vers d’autres DLC pour assouvir ses envies de Tigres, mais je digresse déjà. Le seul obstacle disais-je donc est représenté par les points de ressource limitant pour le soviétique la possibilité de motoriser chaque Corps d’infanterie ou de remplacer T-26 et BT-7 précocement obsolètes par des T-34 ou autres chars KV. Staline aurait volontiers échangé deux Trotski contre un Order of Battle ainsi constitué à peu de frais, s’il ne l’avait déjà perdu l’année précédente.

Il est certain que les joueurs pressés, peu scrupuleux et voulant se défouler, auront ici la liberté de gonfler leur Armée rouge pour en faire, avant l’heure, le rouleau compresseur qu’elle finira par devenir quelques années plus tard. L’aviation sera plus délicate à booster car même équipés de Mig 3, les pilotes soviétiques seront à la peine face aux as allemands montés dans leurs Me Bf 109 E. Concession faite au réalisme, seul le surnombre fera la différence. Quoi qu’il en soit, la variété et l’exhaustivité relative de l’ordre de bataille soviétique devrait combler les joueurs quelque peu lassés d’incarner un Feldmarshal politiquement incorrect. Enfin, le but ultime sera ici de débloquer un Zhukov irréaliste mais ô combien plaisant !

Vous l’aurez compris, ce DLC m’a une nouvelle fois agréablement contenté. Cependant, au fil du temps et des sorties, le mets révèle davantage son arrière-goût douceâtre. Parlons un peu des choses qui fâchent. Parlons de l’IA ! On ne change pas une équipe qui gagne, dit la sagesse du Doménech qui sommeille en chaque français amateur de foot. The Artistocrats seraient bien inspirés de changer leurs attaquants. Non qu’ils aient les pieds plus carrés qu’au début de la série mais plutôt, qu’ils s’offrent -enfin- un cerveau ! L’IA reste, comme aux premiers jours, inapte quand il convient de choisir ses cibles et surtout, de définir un quelconque plan offensif autre que celui dicté globalement par le déploiement de ses unités lors de la conception du scénario. Ce n’est pas rédhibitoire en termes d’amusement et ça colle avec la philosophie « casual » du jeu mais ça fini par irriter le grognard le plus laxiste, au fil du temps.

Petit florilège des choses agaçantes dans ce DLC, par faute d’une évolution quelconque. Les terrains et leurs textures demeurent aussi immuables que l’illustration sonore ou les sons associés aux événements. Ici encore, rien qui vienne véritablement nuire au gameplay mais une sorte d’apathie générale peu compatible avec l’aspect novateur voulu par cette sortie et le fait de devoir en payer une nouvelle fois la facture. Cette dernière remarque ne méjuge pas du caractère laborieux associé à la production de cette campagne de treize scénarios. Plus pragmatiquement, on se dit : qui peut le plus peut le moins !

Élément historiquement fondamental de la victoire finale, l’aviation soviétique ne devra pas être négligée, dès les prémices du conflit.
Surveiller attentivement les points de ressource alloués ne sera pas superflu, surtout en milieu de campagne.
Chaque scénario est agréable à jouer mais certains tendent encore à s’éterniser.
La diversité des adversaires, au moins en début de campagne s’avère rafraîchissante.
Autre aspect très agréable de ce DLC, l’éventail d’unités disponibles et surtout, leur évolution au fil de la campagne.
L’utilité (et sa lisibilité !) de la carte stratégique reste -encore- à revoir.
L’apparence des cartes reste sympathique mais encore trop générique pour la série.
En dépit de quelques défauts mineurs, ce jeu demeure un bien agréable passe-temps.
Notes
Multimédia
75 %
Interface
75 %
Gameplay
80 %
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order-of-battle-red-star-une-extension-quatre-etoilesLa conclusion s’impose d’elle-même. Cette extension, si elle ne bouleverse pas l’ordre (of battle !) établi n’en demeure pas moins dans la continuité des excellentes productions du studio. Le prix demandé, s’il fera encore râler les grincheux, n’en demeure pas moins très correct au regard du contenu proposé. Si on regrettera encore certaines lacunes en termes de production, le fait est que Red Star ouvre une nouvelle fois des perspectives d’avenir fort plaisantes, avec deux autres DLC estampillés Armée rouge déjà dans les tuyaux de Slitherine.