Rommel

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Enseignant et ancien chercheur à la Fondation pour la mémoire de la Déportation, Benoît Rondeau est l’auteur d’un nouveau livre paru dans la collection « Maîtres de guerre » chez Perrin. Celui-ci, qui a la forme d’une biographie « classique » même si il s’en défend, entend revenir sur l’influence qu’ont eue certains personnages sur le cours purement militaire de la Seconde Guerre mondiale. Le personnage choisi est cette fois le bien connu maréchal Rommel, auteur d’exploits dans le désert et passé à la postérité comme un officier apolitique opposé à Hitler, ce qui serait illustré par sa fin tragique. En effet, accusé, à tort, d’avoir trempé dans le complot du 20 juillet 1944, il fut largement contraint au suicide. C’est le grand mérite de l’ouvrage que de revenir de manière très détaillée sur ces points.

Or, car la collection le veut, ce sont essentiellement les aspects militaires de sa vie qui sont évoqués, et surtout entre 1939 et 1944. L’auteur ne passe toutefois pas sous silence le reste. Il revient dans un style clair et plaisant sur son entière existence, à commencer par les années fondamentales de la Première Guerre mondiale, où il se couvrit de gloire contre l’armée italienne à force de coups d’œil heureux et d’initiatives réussies. Elles sont essentielles pour comprendre son style de commandement et le mépris qu’il en retira pour un pays devenu par la suite allié.

Ensuite, son parcours pendant l’entre-deux-guerres est remarquablement détaillé. On voit clairement que Rommel, s’il n’appartenait pas au parti nazi, fut très rapidement favorisé par le dictateur allemand qui appréciait l’allant de cet officier, sa façon de voir les choses et son origine tout sauf aristocratique. Les deux se rejoignaient dans leur mépris pour la caste des officiers prussiens, souvent nobles et imbus d’eux-mêmes. Sa progression est fulgurante. Chargé de la protection d’Hitler en Pologne en 1939… On le retrouve à la tête d’une division de blindés en 1940, dont l’action fut très efficace, même si Rommel prend souvent des risques, parfois inconsidérés et s’expose facilement.

Le cœur de l’ouvrage est pourtant constitué par son commandement en Afrique : il est nommé à la tête du d’abord modeste Afrika Korps en 1941, pour venir en aide aux Italiens bousculés par l’armée britannique. Même si le nom de l’unité changea par la suite, c’est bien le premier qui est resté dans les mémoires et il fit la gloire de son chef, par ailleurs vaniteux et friand des reportages des propagandistes du régime. Là, Benoît Rondeau met bien sous la lumière ses multiples erreurs : il outrepasse ses ordres, méprise ses supérieurs italiens, sous-estime plusieurs fois les défenses adverses… Tout en commandant de façon remarquable, sachant utiliser ses moyens modestes avec brio et acquérant peu à peu une vision stratégique qu’on lui renie souvent. Il préconise en effet d’évacuer l’Afrique en 1943, plutôt que de perdre bêtement de bonnes troupes dans un second Stalingrad, ce qui se produisit.

Il ne perd toutefois pas, malgré la défaite, l’estime du dictateur, qu’il continue à admirer. Après un temps en Italie, il se retrouve chargé de renforcer les défenses du mur de l’Atlantique. Bourreau de travail, il accélère les travaux, essaie de rationaliser une chaîne de commandement très complexe et à mille lieux des clichés sur « l’efficacité germanique », et préconise de se battre directement sur les plages, plutôt que de retirer les forces blindées vers l’intérieur des terres pour ensuite contre-attaquer. C’est qu’il a compris la formidable supériorité aérienne alliée qui empêche les mouvements. Son plan apparaît, à la lumière des événements, le meilleur de tous.

Toutefois, il ne peut se faire entendre et émet en effet des critiques sur le chef suprême mais, approché par des conspirateurs, ne les prend pas au sérieux et, jusqu’au bout, reste fidèle à son serment et n’entend pas trahir. Absent pour congé le Jour J, il se bat avec un grand professionnalisme contre les Alliés, mais ne peut renverser la tendance. On le taxe alors de pessimisme, même s’il est en fait souvent réaliste. Blessé lors d’une attaque aérienne, il doit s’aliter et se retrouve étrangement mêlé au complot du 20 juillet 1944 contre Hitler.

En fait, s’il n’y a pas du tout participé, un dossier est habilement monté contre lui, notamment par ses ennemis au sein du commandement qui jalousent cet homme ambitieux et ayant pendant longtemps la faveur du führer. L’auteur décrypte fort bien cette fin de vie : il est resté solidaire, n’a pas trahi et ceux qui ont fait de lui un héros antinazi après la guerre, image qu’on garde encore en grande partie de lui se trompent. C’est un mauvais concours de circonstance qui le force à accepter de s’empoisonner plutôt que de risquer un humiliant procès public, même s’il aurait causé un scandale en Allemagne où il était resté très populaire.

Richement illustré, le livre vaut vraiment ses 25 euros et propose une synthèse remarquable sur ce personnage, qui se lit de bout en bout avec plaisir. L’ouvrage peut être complété par la biographie de Benoît Lemay, elle aussi publiée chez Perrin dans la collection Tempus, notamment pour mieux cerner les aspects personnels de sa vie. Je regrette toutefois l’absence d’index des noms de personnages et des légendes trop peu précises sur les photos. On aurait aimé une identification des unités, des modèles d’armes, des lieux… Trop souvent, le texte de celles-ci est vague. J’aurais également voulu en savoir plus sur son influence à plus long terme et sur l’évolution de la vision que l’on a de Rommel, points évoqués plus rapidement à la fin de l’ouvrage.

Ouvrage disponible depuis ce 30 août et à paraître au format ebook à partir du 13 septembre prochain. Voyez cette fiche chez l’éditeur pour plus d’informations.

A ne pas manquer également pour découvrir ses autres livres, le blog de Benoit Rondeau.

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