Uniwar

Pour un joueur aguerri aux jeux de stratégie, les plates-formes mobiles évoquent plus des volatiles vindicatifs que de bons vieux hexagones. Mais y a-t-il de véritables contraintes techniques interdisant la réalisation d’un jeu de stratégie correct sur un smartphone ou sur une tablette ?

« Pas assez cher mon fils !» *

Si l’on compare les puissances d’un PC du début des années 90, VGA (640*480), processeur i386 et d’un smartphone récent, le mobile l’emporte haut la main dans la plupart des domaines : résolution, puissance de calcul, accélération 3D… Reste la surface de l’écran qui reste l’atout majeur du PC en dépit d’un quart de siècle de progrès technologique. Pour l’absence de souris, l’écran tactile doit pouvoir rivaliser pour des jeux qui tirent leur origine de jeux de plateau « pousse-pions ».

Voyons comment UniWar, un des jeux de stratégie les plus populaires sur Android, a su s’adapter aux caractéristiques du support.

Les vieux briscards ne seront pas dépaysés par le contexte. Dans un futur proche, trois factions irréconciliables s’affrontent dans une suite sans fin de combats tactiques.

Il y a bien évidemment les Sapiens à la tête d’une armée classique, polyvalente et mobile.

Les Khraleans disposent eux d’unités organiques, rapides, économiques, faibles, mais dotées de nombreux pouvoirs spéciaux, tels l’enfouissement ou les attaques biologiques.

Les Titans, le troisième larron, font plutôt dans le robot lourd, cher et lent. Mais attention, la puissance et la portée de leurs unités sont sans égales et beaucoup peuvent se téléporter.

Les champs de bataille sont constitués de cartes de petite taille à maillage hexagonale (maximum 30 × 30). On y trouve différents terrains qui influent classiquement sur l’efficacité des unités : l’infanterie sera plus redoutable en montagne ou en forêt là où des unités lourdes préféreront les terrains dégagés… Des bases ou des bâtiments spéciaux permettront de récolter des ressources, de produire ou de réparer les unités. Ces bases peuvent être capturées et constituent ainsi les objectifs principaux des protagonistes.

Bref, ceux qui se sont tanné le cuir aux soleils de Battle Isle et d’Advance Wars seront immédiatement dans le bain.

De même, l’interface ne déroute pas le joueur. Aidé par un graphisme aux symboles lisibles sur toutes les surfaces, les actions tombent sous le sens, ou plutôt le doigt du joueur, et les informations sont le plus souvent accessibles en un « clic ».

Attaque des Khraleans.

Titans vs Khraleans.

Extrait des règles.

Hélicoptère.

Carte Clash.

Grande carte.

Interface, exemple 1.

Interface, exemple 2.

Interface, exemple 3.

Cette clarté et ce classicisme pourraient faire craindre une conception axée sur un simplisme réducteur. Un tour dans les règles et les descriptions d’unités vont nous rassurer. De multiples paramètres caractérisent les unités : type (unité lourde ou légère, volante, navale…), facteur de défense, potentiel de déplacement, portée minimale, portée maximale, coefficient d’attaque variant selon le type de la cible, influence des terrains, capacité à capturer les bases, taux de réparation, pouvoirs spéciaux… Les règles proposent également quelques subtilités de bon augure, comme le bonus d’attaque groupée, la gestion de l’expérience et des zones de contrôle. Le brouillard de guerre est activé par défaut, un détail qui ne trompe pas.

La théorie commence à vous séduire, il est temps de passer à la pratique. Le jeu dispose de multiples modes solos et multijoueurs, voyons ce que l’IA nous réserve. Sûr de sa précellence, le lecteur vétéran choisira probablement une carte variée face à une IA au niveau le plus élevé.

Et là, la punition tombe ! Maîtrisant mal le shifumi des unités, l’influence des terrains et les pouvoirs retors d’unités adverses a priori médiocres, le joueur humain se voit obligé, après quelques tentatives indicibles, de retourner potasser manuels et descriptions et retenter sa chance. Une fois le jeu maîtrisé, l’IA reste un adversaire coriace, étonnamment agressif, mais exploitant mal les caractéristiques topologiques des cartes (passage de ponts, chaîne de montagnes infranchissable aux unités lourdes…) et ne sachant malheureusement pas exploiter certains pouvoirs spéciaux.

L’IA ne vous résiste plus ? Il est temps de se confronter à vos petits copains. Ici, pas d’excuses ! Les modes multijoueurs sont les plus complets et les plus efficaces qu’il m’ait été donné de voir. Vous pourrez pratiquer en « main chaude » (hotseat) mais surtout utiliser le online qui est un modèle du genre : inscription automatique en quelques secondes (pas de mail), recherche rapide d’adversaires, parties facilement sauvegardées et reprises, un vrai régal ! Et surtout, le jeu connaît un vrai succès en ligne, des centaines de joueurs connectés à tout moment, un lobby, un ladder, des millions de parties jouées en ligne. On se croirait presque sur Starcraft (le temps réel en moins).

Attendez-vous à une opposition redoutable, on trouve même des applications qui permettent de calculer les dommages en fonction des unités et des bonus, des guides stratégiques pour les factions, mais aussi pour les cartes fournies avec le jeu. Si vous aimez les joueurs implacables et les coups tordus, vous êtes servi… et les règles laissent peu de place au hasard.

Ananas sur le gâteau, la communauté dispose d’un éditeur de cartes efficace, et ne se prive pas pour concevoir moult champs de bataille.

Revenons sur les plates-formes, en théorie seuls Android et iOS proposent UniWar HD. Mais il est possible de pratiquer sur un ordinateur de bureau avec l’émulateur Bluestack, qui permet d’utiliser sur Windows ou Mac n’importe quelles applications Android ou iOS. Vous aurez un affichage plus grand, le support de la souris et absolument toutes les fonctions du jeu, notamment celles du jeu en ligne. Paradoxalement, le jeu sur grand écran fait ressortir les simplifications nécessaires à un (bon) jeu mobile. Sur PC, on aimerait des cartes plus grandes, de nouvelles unités, notamment navales et aériennes, des règles et des unités logistiques (ravitaillement, transport…), mais sur un mobile, cette complication rendrait probablement le jeu moins agréable à jouer (si ça vous tente, essayez l’adaptation de Wesnoth sur mobile, je la trouve pénible alors que j’adore ce jeu sur PC…)

Applications supplémentaires, exemple 1.

4 modes de jeu différents.

En prime un éditeur de cartes, simple et fonctionnel.

Exemple d’unité des Khraleans.

Applications supplémentaires, exemple 2.

Main lobby, joueurs disponibles.

Carte Land Bridge.

Victoire.

Pour conclure

Au final, le petit UniWar HD a pratiquement tout bon et tout d’un grand jeu. Il ne cherche pas à concurrencer frontalement les « vrais » wargames TBS (Turn Based Strategy), mais a su s’adapter avec brio aux caractéristiques et aux atouts des plates-formes mobiles.

  • Gameplay rodé avec une pointe d’originalité.
  • Factions asymétriques.
  • Graphisme clair et lisible.
  • Ergonomie (tactile) et IA correcte.
  • Multijoueur réussi et communauté active.
  • Prix modique, jouable aussi sur PC ou Mac.
  • À quand Uniwar HD 2 ?
  • Quelques unités supplémentaires, notamment navales, auraient été appréciées.
  • Ergonomie des unités enterrées.
Infos pratiques

Studio / éditeur : TBS Games

Site officiel : www.uniwar.com

Prix : 3,95 € sur Android

* Pas assez cher mon fils ! (pub – vidéo)

8 Commentaires

  1. les “vieux briscards” comme vous dites devraient sérieusement se sortir la tête du cul et arrêter de rêvasser sur des vieux jeux qui étaient au final bien médiocres.

    • Le commentaire typique du gars qui n’a rien connu de l’époque évoquée ? Tu aurais des exemples de “vieux jeux médiocres” qui font rêvasser les vieux briscards ? Parce que je serais intéressé de savoir que de vieille bouses comme “Battle isle” étaient en réalité à classer dans cette catégorie. Il est toujours édifiant de se faire remettre la tête hors du cul par les plus jeunes et j’ai hâte ! :) Tempus fugit, comme on disait…

      • Un troll imberbe et contempteur ;-) Que nos sublimes madeleines soient de rances biscuits à son palais, c’est son goût. Mais de là à jeter l’anathème sur ceux des autres, il faudrait un minimum d’arguments…

  2. Moi qui n’y connais absolument rien, je me pose la question de savoir si ce jeu est exploitable sur un Kindle Fire (mon petit doigt me dit que la réponse est probablement négative) ? En tous cas il semble être le passe-temps sympa idéal sur un smartphone ou une tablette.

    • Je ne connais pas cette machine, mais elle a probablement le market amazon, et le jeu y est disponible. Fais nous savoir.

  3. Sur Kindle non désolé.
    J’ai passé beaucoup de temps sur ce jeu sur mon téléphone dans les transports et j’y reviens régulièrement.
    Son seul défaut à mon avis est que chaque race est spécialisée contre une autre (pierre ciseau papier), du coup nous ne sommes jamais a égalité des chances (sauf pour les matchs miroirs).
    Les FFA sont particulièrement marrant avec la possibilité d’envoyer des messages diplo.
    Le lobby est aussi très bien fait : facile de rejoindre ou de créer une partie et de suivre ses tours.

  4. Merci, je m’en doutais malheureusement mais si comme dit Vcube le jeu est dispo sur le market Amazon, l’espoir reste permit. Dès que possible j’irai vérifier ce qu’il en est et si jamais ça colle, je posterai un commentaire d’information :)

    • Je fais suite à cet échange pour apporter quelques précisions : Uniwar HD est bel et bien disponible sur l’App. store d’Amazon et jouable sur Kindle Fire HD. La preuve étant que je viens de l’acquérir ! Je précise qu’il est question ici de Kindle “Fire HD” car j’ignore si cela s’applique également aux modèles précédents de Kindle ? Ces derniers embarquant une version non modifiée d’Android, contrairement au Fire HD, il est possible qu’il y ait une incompatibilité mais j’en doute car aucune mise en garde en ce sens n’apparaît sur l’App. store. N’ayant pas encore pris le temps de tester le jeu, je m’abstiendrai de porter un avis mais je commenterai le cas échéant lorsque j’aurai mis quelques cartes à feu et à sang ;)

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