Les contenus additionnels des jeux de Paradox Interactive s’enchaînent à une vitesse assez rapide ces dernières années, constituant à la fois une belle opportunité et un défi de taille pour les joueurs attentifs à ne rien perdre de ce que ce front très vivant offre comme possibilités.
Ainsi, alors que le Japon fait l’objet actuellement du DLC The Great Wave et que d’autres annonces ont fleuri, il n’a pas échappé à l’œil attentif de l’internaute que la péninsule ibérique a été précédemment concernée par le contenu Iberian Twilight. L’enjeu est intéressant et le nom volontairement crépusculaire de l’extension revient sur la situation contrastée de l’Espagne et du Portugal pendant la période couverte par le jeu.
Ainsi, les anciennes puissances mondiales de l’époque moderne ont perdu l’essentiel de leurs colonies à la faveur des guerres napoléoniennes et de leurs conséquences. Affaiblies et en proie à des troubles internes, elles sont souvent résumées par une ère d’instabilité peu féconde. Si l’histoire est évidemment plus complexe, le jeu, bien que fictif, invite aussi à ne pas l’oublier et à tenter de belles parties à l’aide de mécanismes intégrés dans l’expérience vidéoludique avec ces pays.
On tentera ici de relever le gant avec l’Espagne, sans a priori particulier, sans plan préétabli ni objectifs démesurés. La forme du récit de partie paraît la plus adaptée à celle du contenu proposé, qui est centré sur deux pays et qu’on ne peut transposer à l’ensemble du jeu.
Pour plus d’informations sur Victoria 3: Iberian Twilight – Immersion Pack, voyez cette fiche sur Steam.


Captures d’écrans 1 à 3
Quand débute le jeu, en 1836, l’Espagne est un pays politiquement et socialement divisé, obnubilé par une question dynastique de premier plan, connue sous le nom de « guerres carlistes ». Rétabli par la défaite de Napoléon, le roi d’Espagne Ferdinand VII a mis fin à une expérience de gouvernement plus libérale et rétabli une monarchie autoritaire, bloquant les tentatives de réformes du pouvoir et rétablissant de nombreux droits anciens, notamment de l’Eglise. Roi peu aimé, récemment objet d’une biographie solide, il laisse également une crise majeure à sa mort, appelant sa fille à lui succéder, contre les lois du royaume, qui auraient dû conduire à l’arrivée de son frère sur le trône. Les partisans de celui-ci, nommé Charles, prennent le nom de « carlistes » et se soulèvent à plusieurs reprises au cours du siècle, contre la reine Isabelle puis ses successeurs. Ce mouvement survit au temps, se transforme et ce jusque fort avant dans le XXe siècle.
Ainsi, à l’ouverture de la partie, certaines régions du nord du pays sont-elles aux mains des carlistes, forts de nombreux régiments et prompts à vouloir s’emparer du trône. Le jeu matérialise bien ce conflit, qu’il convient de régler en priorité, notamment en renforçant l’armée. Je la fais passer en quelques années de 59 régiments à 107, je les dote de commandants décents et j’attaque à la première occasion. Malgré le nombre important d’unités adverses, je parviens sans trop de mal à l’emporter. Cette augmentation de l’armée dope mon prestige et le pays passe du 11e rang mondial au 8e, surtout car je vaincs mon adversaire dès le printemps 1839. Cette victoire conforte le trône et éloigne pour un temps le spectre de la guerre civile.

Captures d’écrans 4 à 9
L’autre grand défi auquel le joueur est confronté en commençant à jouer avec la monarchie des Bourbons est l’héritage des guerres d’indépendances d’Amérique centrale et du sud, historiquement très difficiles et qui ont beaucoup occupé les années 1810-1820. Le joueur peut décider de normaliser ses relations avec ses anciennes possessions ou tenter une improbable reconquête. Je choisis la première voie, qui me paraît la plus sûre. L’Amérique est loin, même si je garde encore le contrôle de Cuba et de Porto Rico, ma marine encore balbutiante et je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de possibilités de réussite dans une confrontation armée. Qui sait si les États-Unis ou le Brésil ne finiraient pas par m’en vouloir ? Une série de décisions permet ainsi de reconnaître l’indépendance des anciennes colonies espagnoles, à l’aide de traités. Cette affaire m’occupe jusqu’en 1844 et me permet d’envisager une sorte de Commonwealth via la création d’un bloc de nations approprié.
Parallèlement, il me paraît plus intéressant de miser sur le développement de la puissance espagnole en Afrique, étant donné la proximité du Maroc et la possession de quelques reliquats du premier empire colonial, comme l’île de Fernando Pô, dont j’obtiens la restitution pleine et entière par les Britanniques qui y possédaient une base. Ces quelques points d’appui et ce succès laissent entendre que la partie va s’orienter dans cette direction.








Captures d’écrans 10 à 15
La première cible est le sultanat du Maroc, État organisé depuis longtemps et assez puissant, mais qui préfère me céder le Rif et la région de Fès dans deux coups diplomatiques successifs, plutôt que de risquer une invasion complète. Celle-ci n’est que partie remise et est achevée à la fin des années 1850, l’adversaire ayant été affaibli par ces échecs successifs.
Historiquement, cette conquête a été très lente, extrêmement violente et a constitué à la fois un dérivatif à la perte des dernières colonies espagnoles (Cuba, Porto Rico et les Philippines en 1898) mais aussi un dangereux terrain politico-militaire. En effet, agissant de manière discrétionnaire, de nombreux officiers de l’Armée d’Afrique se sont comportés comme des proconsuls, puis des généraux de coup d’État, les plus connus étant évidemment ceux de l’été 1936.
Le jeu modélise en partie cela avec des événements, des décisions et c’est heureux. Même s’il s’agit d’une expérience vidéoludique, on passe quand même son temps, dans Victoria, à envahir ses voisins, à coloniser, à polluer avec ses industries et ainsi de suite. Il est bon de se rappeler que, dans la réalité, rien de tout ceci n’était sympathique. Reste que cette conquête me permet d’accéder au Sahara et de débuter la prise de possession de ces territoires, qui sera évidemment progressive. Dans le même temps, j’accentue mes avancées technologiques dans le sens de la lutte contre le paludisme, de manière à pouvoir accéder à d’autres territoires, notamment en Océanie, pour pouvoir créer des liens avec les Philippines, vieux reste de l’époque moderne lui aussi.
Ces années ne sont pas trop complexes pour l’Espagne. J’ai bien développé ma base industrielle et militaire, je reste à l’écart des grands conflits européens et mondiaux et je me concentre sur la « course au clocher », moins coûteuse en infamie et qui rapporte du prestige. Ainsi, en 1861, j’atteins le golfe de Guinée et annexe une partie des États de la région. Je décide aussi de laisser tranquille le Portugal, qui aurait pu être une cible potentielle. Au contraire, il entre sous ma protection et dans un avantageux traité d’alliance défensive.
En 1870, un premier bilan peut être fait. L’Espagne est devenue la 7e puissance mondiale, avec une armée tout sauf ridicule, une base industrielle bien développée et un empire colonial en construction, selon deux axes : du Maroc vers le sud, du golfe de Guinée vers l’est. On remarquera que les possessions françaises gênent un lien potentiel entre les deux ensembles, là où le Royaume-Uni s’est contenté d’un bloc peu gênant pour Madrid. La partie est, ce me semble, bien engagée.
A suivre…




Pour plus d’informations sur Victoria 3 voyez notre test, cette page sur Steam et le site officiel. Puis les notes de développement sur le wiki officiel. Ce pack fait partie du Season Pass 2.
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