En 1975, année du décès de Franco, SPI sortait Napoleon at War, un jeu couvrant quatre batailles napoléoniennes indépendantes avec un système de jeu commun. Cette pratique, à l’époque, n’avait pas reçu toute l’audience voulue. Cela n’empêche pas, aujourd’hui où l’informatique règne en maître, le studio Headquarter Wargames de s’y essayer avec Battles for Spain et ses quatre batailles indépendantes issues de la guerre d’Espagne. Regardons cela.
 

Garçon ! La guerre d’Espagne ! Quatre batailles et que ça saute !

Ce thème de la guerre civile espagnole n’est pourtant pas vraiment porteur : les américains préférant leur guerre civile et sur le vieux continent entre le 1er Empire et la 2e Guerre Mondiale, il a disparu des tablettes. De plus, à ma connaissance, c’est le seul conflit où les méchants ont gagné, le Caudillo ayant eu la « bonne » idée de ne pas répondre présent aux appels du Führer et n’a donc pas subi le sort de Benito Mussolini.

Il semblerait que actuellement seul un studio espagnol puisse relever le défi ou y trouver de l’intérêt, et c’est justement le cas ici avec Headquarter, nom typiquement espagnol. Pourtant quelques titres existent comme Espana 1936 (par Ageod, mais aussi premier jeu d’Headquarter ; voir notre test) ou encore sorti il y a un peu plus d’un an, le scénario Spain 1936 de War Across the World, les deux traitant l’ensemble du conflit sur toute la péninsule ibérique.

Battles for Spain diffère avec une vision opérationnelle du conflit. La taille des unités sera le bataillon ou équivalent suivant les armes. Les concepteurs proposent quatre batailles historiques non connectées : l’Ebre, Teruel, Guadalajara et Merida. Ces batailles sont clairement déséquilibrées avec un camp en attaque et un en défense, la victoire s’acquérant en faisant mieux que la réalité.

L’installation ne pose aucun problème, néanmoins la disparition de mes sauvegardes et de scénarios m’a obligé à réinstaller le jeu sans pertes de données pour autant. L’interface existe en trois langues : l’anglais, l’espagnol et le français. Par contre, pour les règles, nous avons droit à un manuel de 82 pages aérées. Les parties se font soit contre l’ordinateur avec trois niveaux de difficultés, soit en chaises tournantes, soit par email. Les scénarios sont de durées variables, 12 à 48 tours, et sont assez rapide à jouer.

Pour l’instant du classique dans le monde du wargame, si ce n’est qu’en lisant les règles ou en lançant un scénario, on se retrouve dans War Across the World ! La paternité est assumée par les concepteurs qui reconnaissent utiliser le moteur de ce dernier. Difficile alors de ne pas comparer les deux…

Pour les règles, elles sont identiques, l’aspect « économique » avec les collectes de ressources ou l’achat d’unités disparaît pour se concentrer sur le militaire. Les renforts sont historiques. Le ravitaillement est inchangé : il faut tracer une ligne de zones contrôlées par notre faction jusqu’à une source amie. Si le premier tour sans ravitaillement est assez bénin, le second est mortel. La principale différence vient dans le nombre de pas de pertes des unités, nombre d’unités d’infanterie en possèdent quatre, rendant les combats plus statiques.

 

Battles For Spain
1 : Guadalajara, les divisions italiennes sont en gris, les nationalistes en marron et les républicains en rouge pâle. En pointillé, on peut voir la limite des zones d’actions des nationalistes et des italiens.
Battles For Spain
2 : les nationalistes doivent s’emparer des voies de communication vers l’Ouest, en avant et Forza Italia !

 

3 : les axes de progression sont visibles. A gauche, on remarque la dernière carte jouée pendant le tour, ici un bonus de 1PM pour une pile.

L’aviation est traitée de la même manière que dans War Across the World avec ses deux phases, offensives et défensives. Au début de chaque tour, un tirage de cartes événements va chercher à pimenter les parties. Or, si son utilisation s’expliquait dans War Across the World dans la simulation de faits stratégiques indépendants du joueur, ce n’est pas le cas ici, elles se contenteront généralement d’amener des bonus de combat ou de mouvement bénéficiant à chacun des camps de manière sensiblement égale.

Les unités se déplacent peu, une zone la plupart du temps, deux avec les routes ou voies ferrées. Elles ne peuvent pénétrer une zone adverse occupée qu’en présence d’un chef, et dans ce cas, la zone est interdite à de nouvelles troupes, comme dans War Across the World. Cette action déclenche des combats. La capacité du chef, le terrain, l’artillerie et autres unités en support vont entrer en compte pour le tirage d’un dé qui aura pour conséquence ou non la perte de points ou la fuite d’unités adverses, tout comme War Across the World. L’empilement est libre, sauf dans les régions difficiles où il est limité à six unités de combat, toujours comme War Across the World.

Les batailles sont présentées comme étant charnières de la guerre civile. Il est dès lors dommage de ne pas avoir créé d’interactions entre elles, un système de bonus/malus ou autre en fonction des résultats précédent aurait été apprécié, tout en laissant libre le joueur de les traiter séparément. Un tel aspect aurait permis une différenciation du produit.

Garçon ! Ces batailles, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

J’ai essayé deux scénarios, Mérida et Guadalajara contre l’IA, au niveau moyen (volontaire) du côté obscur de la force (nationalistes). Si les parties sont assez rapides, l’action est tout de même assez répétitive. Promptement, on se retrouve à ne bouger que deux ou trois piles d’unités par tour, à réitérer l’attaque de la même zone dans une guerre d’usure où on gère l’arrivée des renforts. Cette diminution des interactions est une constante dans les scénarios de War Across the World.

Cette dernière phrase est symptomatique. Peut-être que par rapport à War Across the World, l’échelle du jeu a changé, mais le fait d’enlever les phases de gestion ne crée pas pour autant un nouveau jeu, ne transforme pas l’hybride plateau/wargame qu’est War Across the World en wargame opérationnel. De toute façon, l’essence même de War Across the World était de simuler tous les combats à toutes les époques, alors pourquoi nous avoir présenté Battles for Spain comme un nouveau produit, quand quatre scénarios associés à un « Spain Civil War collection pack » étaient possibles ? Certains scénarios n’utilisant pas l’aviation ou encore le ravitaillement n’ont pas justifié cette approche.

La réponse doit se trouver dans les relations entre les différentes sociétés partenaires que sont Hexawar, Avalon Digital et autre Strategiae. Toujours est-il, que même si nombre de jeux vidéo utilisent le moteur Unreal pour créer un énième jeu de tir, créer un « nouveau » produit concurrent sur la même plateforme de vente est pour le joueur soit l’illustration de la faiblesse du système initial, soit une manière de lui augmenter le cout. Dans le monde du wargame, des sociétés comme HPS puis JTS, déclinent le même produit depuis des années, ne variant que le thème, par contre, ils fournissent un nombre considérable de scénarios.

S’il est vrai que lors de tests, on peut se laisser aller à l’euphorie et perdre de son objectivité, encensant certains titres de manières excessives. Cela est aussi vrai, dans l’autre sens où on n’arrive plus à voir les bons côtés. C’est cette dernière approche qui prédomine chez moi pour War Across the World, et par extension Battles for Spain. Pour autant, les graphismes et le multimédia sont plutôt réussis, bien que déjà connus. De même, l’originalité du thème mérite à elle seule le détour : adieu, Sherman, Tigre et autres Panthers, on se retrouve avec des T26 et des automitrailleuses et que dire des divisions italiennes qui font figures de divisions d’élites ?

Le travail de recherche en amont est palpable et semble sérieux, mes connaissances sur le sujet étant trop limitées pour une quelconque critique. L’intelligence artificielle fait son travail, mais un adversaire humain amènera certainement une touche bénéfique de diversité.

 

4 : Tour 4 sur 30, on atteint déjà le bout de la carte !
5 : en fait, on ne le sait pas, mais la partie est terminée, au Nord les Nationalistes vont nettoyer les restes et au Sud-Ouest, on va commencer une guerre d’usure.
6 : les unités nationalistes au Nord ne peuvent pas aider les italiens et vont donc courir après les républicains et les régions non contrôlées
7 : gestion des renforts et des troupes.
Figure 8 : Tour 14, situation générale inchangée.
9 : une concentration trop importante de troupe pour les capacités du commandant, la réorganisation se fera pendant la phase de mouvement. Les unités avec un fond blanc ont perdu au moins la moitié de leur effectif.
10 : rien de bien nouveau.
11: 7 tours séparent ces deux captures. La fin de la partie donnera des points supplémentaires pour l’occupation d’objectifs.
12 : La Mérida, la version espagnole du saillant de Koursk.
13 : seules les unités qui attaquent le saillant sont actives, les autres font du remplissage.
14 : progression dans le saillant…
15 : le plus dur est de maintenir les lignes de communication, deux solutions, laisser des unités derrière soi ou tout détruire, la solution est comme toujours un habile mélange des deux.
16 : vue en zoom où on se rend compte que tout comme dans Spain 1936, il est difficile de différencier rapidement les drapeaux des belligérants
17 : on pourrait croire que l’encerclement est terminé, mais il n’en est rien, n’ayant pas laissé de troupes en garnison, je passe mes tours à rétablir les communications.
18 : la jonction Nord / Sud s’est bien faite, par contre celle Nord / Nord a un problème.
19 : la stabilité du front Ouest est visible, on ne bouge que 4-5 piles chaque tour.
20 : il ne faut pas oublier qu’une unité dépourvue de chef ne peut pas pénétrer une zone occupée par l’ennemie.
21 : tentative d’assainir la situation et de marcher vers l’Est.
22 : dernier tour, un peu d’ambiance à l’Ouest, les républicains ont capturé la source de ravitaillement nationaliste. Tout cet amateurisme va se traduire par une victoire marginale parce que l’IA le veut bien. A un niveau plus élevé, j’aurais certainement perdu.

Les plus

  • La guerre d’Espagne.
  • Rapidité des parties.
  • Système de jeu simple et rodé.
  • Version française.

Les moins

  • Pas assez de différence avec des scénarios de War Across the World.
  • Des bugs.

Fiche sur Steam ; fiche chez Avalon Digital.

Notes
Multimédia
60 %
Interface
60 %
Gameplay
60 %
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battles-for-spain-retour-a-guadalajara-ebre-teruel-et-meridaBattle for Spain devait être, pour moi, un volet plus opérationnel, plus wargame de la série initiale, voir complétement différent de celle-ci. Les concepteurs auraient dû faire évoluer le système, plutôt que de l’adapter. Des règles empêchant l’envoi d’unités sous prétexte que d’autres y sont déjà semblent trop rigides, imaginez des troupes dont on interdirait l’engagement sous prétexte qu’un combat a commencé, et que dire de la « marche aux canons » impossible ici. Cette absence d’évolution personnalisée rend la parenté avec War Across the World trop présente et fait perdre à Battle for Spain de la crédibilité historique. Il reste un jeu plaisant sur un thème historique peu représenté.