Et si la France avait attaqué le Troisième Reich, immédiatement, dès le début des hostilités tandis que l’Allemagne se jetait brutalement sur la Pologne (voir notre AAR case White). Amusante idée, n’est-ce pas, surtout quand on connait la réalité historique, et idée que Strategic Command 3 permet à peu près bien de facilement essayer, afin de varier nettement le tout début du jeu sans pour autant déséquilibrer le cours du conflit.

En effet, si Strategic Command 3 (voir notre test) propose une palette honnête de variations dans la retranscription des évènements de 39-45, fondamentalement le jeu reste une simulation qui suit le cours historique. En commençant en septembre 39, la France n’est simplement pas en position de rattraper l’avance prise par l’Allemagne. Ce qui précisons-le n’est pas un défaut en soi, le jeu n’a pas pour but de réécrire toute l’histoire.

Avance qui va donc continuer de s’accélérer du fait de l’essor industriel et des premières victoires allemandes, et ainsi des gains en points de production militaire (PPM) qui permettent au joueur coté allemand de beaucoup investir, surtout en développement technologique et / ou en production d’unités, selon ses priorités ou ses envies.

De fait quand on joue coté Alliés, au début, soit on attend en regardant l’IA, ou mieux son adversaire en PBEM, s’en donner à coeur joie, soit on peut tenter une ouverture originale. Là, clairement, si l’adversaire ne commet pas de grosses erreurs, il ne faut pas s’attendre à une surprise. A l’évidence, dès que la Lutwaffe et les panzers de la Wehrmacht reviennent de Pologne, l’allemand a un avantage considérable.

Au mieux, avec la France on ne peut que retarder l’inéluctable, et causer à l’Allemagne des pertes de PPM plus importantes que prévues. Ce qui peut donner un avantage relatif à l’anglais, sauf si celui-ci, pour justement soutenir militairement la France, investit plus rapidement dans une logique de production à court terme de troupes terrestres.

Car l’Angleterre doit elle aussi rattraper un important retard, se prémunir tant que faire se peut d’une possible opération Sea Lion, débarquement allemand que Strategic Command 3 permet d’ailleurs de réaliser plus ou moins facilement, plus en tous cas que de résister avec la France. Et bien entendu, l’Angleterre doit en outre assurer la protection des mers et de son empire. Ce qui est très coûteux.

Donc dans une grande campagne où l’on voudrait freiner immédiatement l’Allemagne, plutôt que d’attendre le tournant du front de l’est puis l’arrivée des américains, l’Angleterre doit peser de tout son poids, au risque de tout perdre. Et auquel cas d’offrir au Troisième Reich un avantage supplémentaire pour parvenir à maîtriser l’ours soviétique.

Autrement dit, si en jouant ainsi le début de la guerre ne changera pas fondamentalement, les conséquences à long terme peuvent dans certains cas s’avérer plus importantes qu’il n’y parait. Le système de Strategic Command 3 conservant bien dans la durée entière du conflit une cohérence d’ensemble pouvant donner lieu à un joli what if, pas forcément toujours réaliste au niveau de nombreux détails, car il faudrait alors intégrer au jeu de très nombreux autres paramètres, mais dont le résultat offre néanmoins une sympathique variation sur thème pour qui le souhaite.

Espérons qu’à l’avenir Fury Software continuera d’ajouter des options et variantes hypothétiques, c’est probable, après tout le studio avait déjà offert en 2008 avec Patton Drives East un intéressant add-on à Strategic Command 2, extension qui permettait de facilement simuler une poursuite du conflit entre USA et URSS, dans la foulée de la chute de l’Allemagne.

Il ne faut probablement pas s’attendre, pour l’instant du moins, à une suite de Strategic Command 3 qui s’orienterait vers l’excellent Days of Decision de Australian Design Group, qui entre autre permet de simuler les années 1936 à 1939, mais néanmoins, force est de constater en y jouant que l’alchimie du nouveau moteur de Strategic Command a de base toutes les qualités requises pour permettre d’explorer de nombreuses variantes.

On verra quelles surprises Fury Software et Slitherine nous réservent à l’avenir, en attendant, revenons à nos panzers avec ce récit d’une partie expérimentale dans laquelle avec Jacques nous avons essayé cette variante. Dont vous allez pouvoir voir ici un résumé du déroulement des deux cotés, moi-même pour les Alliés, Jacques pour l’Axe, avec nos commentaires respectifs.

Commençons par le point de vue du coté de l’Allemagne. Celle-ci ouvre la campagne de manière très positive : dès son deuxième tour la Pologne capitule. A l’Ouest, on reste calme. On me propose l’entrée des parachutistes de la 7e Flieger Division, mais en sous-effectif. Je refuse, elle sera plus utile à pleine puissance plus tard.

Les Alliés ne restent pas inactifs en envahissant le Luxembourg et en commençant la campagne d’Allemagne. Il faudra les contenir, le temps que les troupes à l’Est arrivent. J’ai rapatrié en urgence un QG pour commander la défense.

Le tout début de la partie, vue de la Pologne avant l’assaut allemand.
Fin du tour 1, l’Axe fonce sur Varsovie qui capitulera au tour suivant.
Octobre 1940. Pas de classique drôle de guerre, les français envahissent l’Allemagne !
Novembre 1939. La Luftwaffe revient rapidement, bien sûr, mais elle est clouée au sol par le mauvais temps qui empêche la reprise de l’initiative allemande à l’Ouest.
30 Décembre 1939, l’année s’achève avec la neige et une forte présence française en Allemagne. Sans le soutien de l’aviation, la tâche est tout de suite plus compliquée.
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Vue coté Alliés

Impossible pour le joueur coté Alliés de rallier à lui la Belgique et les Pays-Bas, qui restent neutres alors qu’ils pourraient pourtant apporter quelques précieuses unités. Pas de quoi permettre de vaincre la Wehrmacht, évidemment, mais assez pour l’ennuyer un peu plus encore ainsi que faciliter le ravitaillement des troupes avancées.
Inversement, l’entrée en guerre de l’Italie étant fortement conditionnée par l’avance des allemands sur Paris, on voit très bien les limites du système actuel… dont le but initial n’est pas de trop s’écarter du cours historique. On peut ainsi dégarnir les Alpes sans trop de souci. La flotte française est envoyée en partie en Méditerranée pour épauler la Royal Navy.
A Paris on imagine la stupeur dans la Wehrmacht, les troupes françaises abandonnent la ligne Maginot … pour déborder rapidement les maigres défenses allemandes. Bon, avancer en Allemagne n’est pas trop dangereux initialement, tant que l’on affronte de l’infanterie plus nombreuse certes mais pas trop évoluée technologiquement. Avantage de la surprise aidant, on peut mieux exploiter le terrain. Si l’allemand contre-attaque trop vite, il subira lui aussi de bonnes pertes. Par contre l’aviation des Alliés souffre elle bien plus facilement face à la Lutwaffe. Et dans cette configuration, les Alliés n’ont guère le temps de produire des chasseurs et des batteries anti-aériennes pour limiter l’impact des raids aériens allemands. Idem pour tous les autres types d’unités (i.e. anti-chars, artillerie) pour lesquels il n’y a pas assez de points de production. Desquels tout dépend. Bref, mon but est simple, causer le plus de pertes en points de ressources (occupation de mines / villes) et lors de combats pas trop à mon désavantage, en essayant le plus possible de repousser l’inévitable.

Vue coté allemand

Hiver et printemps 1940

Cette campagne d’hiver est très gênante. Je vais essayer d’isoler les troupes franco-anglaises entre le Benelux et la ligne Maginot. A priori, les Alliés semblent très nombreux, mais même en prenant en compte le brouillard de guerre, je dois avoir tout ou du moins l’essentiel en visuel, et l’écroulement de la France arrivera vite. Le QG britannique accompagnant le corps expéditionnaire a été détruit et le QG français est très abimé.

A ce stade du jeu le nombre limité de QG n’aide pas à agir efficacement, ces derniers apportant fonction de leur niveau d’importants bonus. Et inversement quand on parvient à détruire ceux de l’ennemi, qui va alors subir des malus. Ici le sort de nombreuses unités des Alliés est presque scellé suite à la perte / diminution de leurs QG.

Le retard dans l’intervention Italienne me permet d’investir 300 points de production dans la recherche, ce qui doit être un bon investissement pour les transalpins.

Février 1940. La contre-offensive allemande est très poussive…
Mars 1940. Le Luxembourg est « libéré » par le Troisième Reich, et ferme la tenaille.
Avril 1940. Avec le beau temps et les renforts, les troupes alliées refluent, une partie d’entre elles se retrouvant isolées.
18 juin 1940. La situation à l’Ouest est rétablie. Les forces alliées ne peuvent résister au nombre ni à la domination aérienne et mécanisée du Troisième Reich. L’est de la France est conquis facilement, d’autant plus suite aux pertes importantes subies par les Alliés en Allemagne.

Vue coté Alliés

Janvier 1940. L’hiver permet aux troupes franco-anglaises de bien prendre position dans l’ouest de l’Allemagne et dans la forêt noire. Toutefois il devient impossible d’envisager aller plus loin. Le front est stabilisé, mais pour combien de temps ?
Début mars 1940. L’arrivée prochaine du printemps va marquer le retour d’une météo plus favorable. Le temps joue contre les Alliés, dont la capacité de production ne peut suffire à réparer les pertes et mobiliser de nouvelles troupes rapidement. Les allemands se renforcent plus vite, et reprennent peu à peu le terrain perdu.
Début juin 1940. La situation pour l’armée française tourne soudain vite au désespoir. Les anglais peinent à produire les unités qui seraient nécessaires pour stopper l’Allemagne. Même si là des blindés anglais arrivent par Le Havre pour défendre Paris. Les pertes coûteuses subies par la RAF deviennent affolantes. Et les armées françaises n’ont pas pu pour la plupart se réfugier à l’abri derrière la ligne Maginot, les panzers allemands ayant coupé les voies de repli avant de s’enfoncer dans l’est de la France.
Pour clore cette première partie, voici une vue de l’ensemble de la carte, où pour l’essentiel le reste de l’action se situe dans l’Atlantique, alors que les marines françaises, anglaises, canadiennes, et même un destroyer polonais s’étant échappé in extremis, pourchassent les premiers u-boats allemands. En Méditerranée, la Royal Navy attend que la Regia Marina fasse le moindre mouvement.

A suivre …

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