Order of Battle que nous avons déjà longuement évoqué nous revient avec un nouveau et huitième DLC d’envergure intitulé Burma Road, que l’on pourrait traduire par « La route de Birmanie ». Un titre prometteur car, comme un certain nombre d’extensions de ce jeu prolifique, il est lié à un front moins connu de 39-45.

 

Un nouveau terrain de jeu

Qu’est-ce à dire ? Et bien que le DLC dont il est question aujourd’hui revient sur un volet important des combats en Asie de la Seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit pas des campagnes très connues de Guadalcanal ou d’Iwo Jima (i.e. notre article sur OoB US Marines) ; là nous allons suivre l’armée britannique et ses alliés, essentiellement le Commonwealth dans cette extension. Les 13 scénarios qui la composent sont chronologiques et couvrent plusieurs années de guerre, de l’avance japonaise sur Singapour, place stratégique située sur le détroit de Malacca, à la reprise de Rangoon en Birmanie, en passant par l’offensive nippone en direction de l’Inde.

Je le disais en introduction, ces offensives et contre-offensives sont d’ordinaire moins mises en lumière que d’autres affrontements plus connus cette époque, alors qu’ils sont d’une grande importance également. Outre la maîtrise du détroit stratégique déjà cité, la présence japonaise aux portes de l’Inde constitua une menace importante pour la sécurité de la colonie britannique, de plus en plus engagée sur la voie de l’indépendance. De plus, les mêmes Japonais cherchaient aussi à menacer la Chine par le sud, déjà bien aux prises avec leurs forces par ailleurs.

Début de la campagne. Le Siam, aujourd’hui Thaïlande, va tomber dans l’orbite japonaise.
Des événements ponctuent les scénarios, là des renforts australiens arrivent à point nommé.

Que le studio qui développe le jeu, The Artistocrats, se soit intéressé à ce volet-là de la guerre est donc une bonne chose et rejoint une liste de DLC déjà impressionnante et très variée (guerre d’Hiver, Kriegsmarine, offensives de 1940 à l’ouest de l’Europe…). Pour le reste, nous sommes face à un wargame au tour par tour aux mécaniques assez classiques. Il vous faudra donc posséder le jeu de base puis débourser 15 euros pour accéder à ce contenu.

Ensuite vous ne serez pas perdu. Il faudra tour après tour sur une carte divisée en cases hexagonales déplacer ses unités. Très nombreuses (aériennes, terrestres et navales), elles ont des caractéristiques différentes et doivent être utilisées au mieux pour remplir les missions, sur lesquelles nous allons revenir. En cas de rencontre avec l’ennemi, une simulation des dégâts de part et d’autre est indiquée, et varie suivant de nombreux paramètres (moral, force de l’unité, terrain…). Le jeu gère toujours, les aérodromes, l’expérience des unités d’une mission à l’autre, les lignes de ravitaillement… Désormais menacées par de nouvelles unités commandos.

Pour une présentation plus complète de ces mécanismes, n’hésitez pas à vous référer aux articles précédents sur la série.

Continuité et nouveautés

En effet, ce DLC se place quelque part entre continuité et nouveautés. Nous avons déjà de nombreuses nouvelles unités jouables. Tout citer n’aurait pas de grand intérêt, mais je disais plus haut que des commandos sont disponibles. Ils existaient déjà dans de précédents ajouts, mais là sont adaptés aux réalités locales.

Ils portent le nom historique de Chindits, petites unités très entraînées et adaptées aux combats dans la jungle, ils remplirent de difficiles missions derrière les lignes ennemies, ce qui est désormais jouable dans Burma Road, et varie agréablement. On notera aussi la présence des célèbres Gurkhas. Troupes d’élite que les Britanniques recrutaient (et recrutent toujours) au Népal, ce sont des montagnards endurcis qui furent de tous les combats difficiles de la Seconde Guerre mondiale, et de bien d’autres conflits.

En face, on retrouve une variété impressionnante d’unités japonaises, et à ses côtés une liste elle aussi grande de troupes du Commonwealth qui vont vous appuyer, notamment les Australiens. Pour terminer cette revue, citons la présence intéressante d’unités d’aviateurs américains qui furent engagés sur ce théâtre d’opérations, et la possibilité d’accéder à du matériel des États-Unis, via le prêt-bail (lend lease), aide historique étasunienne à ses alliés et même à l’URSS.

Cela forme un panel de nouveautés bien réel, d’autant plus que, je l’évoquais plus haut, les missions sont assez variées. Il ne faudra pas « simplement » détruire tous les ennemis à chaque fois ! Outre les missions de cet ordre et assez classiques, on en trouvera plus portées sur l’infiltration. De plus, on passera plusieurs scénarios de la première moitié du DLC à essayer de retraiter en bon ordre face à un ennemi supérieur en nombre.

Réussir à maintenir sa cohésion, un couloir de retraite viable et ouvert… contre des unités nombreuses et ayant l’ascendant est vraiment un défi intéressant et il faudra faire des choix. En effet, les points permettant de réparer, d’acheter et d’améliorer ses unités ne sont pas infinis et le joueur aura intérêt à être prudent.

Par contre, je n’ai pas été convaincu par certains scénarios comme celui consacré à la suppression des partisans de l’indépendance de l’Inde (cf. captures d’écran). Outre le fait qu’un tel jeu n’a, pour moi, pas vocation à trop s’occuper de l’arrière-plan politique des évènements militaires qu’il modélise, je trouve son système de jeu peu adapté auxdits évènements. Là on se retrouve à devoir arrêter des manifestants avec de la police militaire, certes en devant limiter les pertes au maximum… Chacun jugera, mais je pense qu’il n’est pas opportun de modéliser cela dans un jeu de ce style, surtout pour des développements aussi complexes.

Enfin, il n’y a pas non plus de très grands bouleversements. Le système de jeu reste le même, on aimerait plus de spécialisations de ses forces, les graphismes aident toujours peu à se croire en Asie du Sud-Est, car ils sont assez proches d’un DLC à l’autre… Certes, on note la présence de rizières, mais l’illusion n’est pas parfaite. Quant aux musiques, elles restent peu nombreuses, voire avec un unique thème repassé en boucle.

A noter que ce test a été effectué vers la fin du mois d’août sur une version bêta et en anglais, car les textes français apparaissaient alors mal sur ma version du jeu. J’ai aussi constaté la présence de quelques bugs d’affichage, notamment des textes en français, mais cela semble réglé.

Bref, une bonne campagne, mais à réserver aux fans du jeu qui voudraient explorer de nouveaux fronts avec ce système bien rodé et toujours plaisant. Rappelons que le titre reste joli à regarder pour un wargame, qu’il est bien optimisé, que si l’IA n’est pas exceptionnelle elle reste correcte, et que les scénarios durent un certain temps. On ne sera donc pas trompé sur la marchandise. Certes, cela peut être un frein pour qui voudrait des parties courtes. Comptez plusieurs heures tout de même pour les passages les plus difficiles de Burma Road. Vous avez désormais toutes les cartes en main !

 

Il y a des scénarios plus portés sur le volet naval de la campagne de Birmanie.
L’ennemi a de nombreuses escadrilles. Il va falloir réagir.
Une des nouvelles spécialisations permet d’obtenir du matériel américain.
Singapour va tomber. Il faut retarder l’avance ennemie et évacuer ses troupes.
Evacuer ses troupes tout en se frayant un chemin dans un environnement hostile est intéressant à jouer.
J’ai réussi à isoler une partie importante des troupes japonaises les plus avancées.
J’ai repris la ville en question et je peux laisser les troupes indiennes retraiter en bon ordre.
Les Japonais restent puissants et reçoivent des renforts régulièrement.
La carte stratégique, entre les scénarios. Là les Japonais avancent sur Rangoon.
Du matériel reste abandonné à Rangoon dans les zones entourées de rouge. Il faudra le détruire avant l’arrivée des Japonais.
J’ai rempli un objectif secondaire et suis récompensé par l’arrivée de renforts aériens.
Pourquoi modéliser cela dans un jeu comme Order of Battle ?
Ma ligne de bataille en début de partie. On notera que je ne peux pas déployer toutes mes réserves. Il faudra faire des choix.
Percer vers le Nord-ouest avant l’arrivée des principales forces ennemies est vital.
L’un des scénarios qui me laissent sceptique.
Chacun jugera de la pertinence ou non…
Notes
Multimédia
75 %
Interface
75 %
Gameplay
80 %
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order-of-battle-burma-road-une-campagne-peu-connue-en-asie<b>Multimédia</b> : un contenu intéressant, malgré certains choix discutables. <br /> <b>Interface</b> : sans surprises, la même interface lisible et efficace, malgré certains bugs qui subsistent. <br /> <b>Gameplay</b> : des mécaniques de jeu bien huilées et quelques nouveautés pas révolutionnaires mais pas déplaisantes non plus. <br /> <br /> Pour conclure, nous sommes face à un contenu à nouveau dense et de qualité. La campagne de Birmanie vous occupera de longues heures et saura réveiller votre intérêt pour le jeu grâce à un front peu modélisé dans le monde vidéoludique, et d’importance dans le cours général de la guerre. On regrettera juste quelques choix et un manque d’audace dans les nouvelles mécaniques de jeu proposées.