Deux nouveaux jeux de stratégie s’inspirant des jeux de cartes à collectionner pointent timidement le bout de leur nez. Leur particularité, c’est qu’ils appartiennent tous deux à un nouveau genre hybride, encore relativement peu exploré : accessible gratuitement, jouable par navigateur (donc sans installation préalable), orienté multijoueur, basé sur un système de cartes, pour des batailles qui durent une quinzaine de minutes.

Panzer General Online et World of Tanks Generals sont tous deux encore au stade de la bêta, cet article ne rend donc pas compte des versions définitives de ces jeux, qui peuvent encore varier considérablement de l’état actuel.

Champs de bataille et unités

Le champ de bataille est limité à une petite table d’échiquier.

Panzer General Online (PGO) propose neuf cases divisées en trois colonnes (flanc gauche, flanc droit, centre) pour chaque joueur. Il est impossible de rentrer dans le territoire de l’adversaire. Pour gagner, il faudra soit éliminer les unités adverses placées sur la ligne de front, soit saigner à blanc les précieux points de commandement du général ennemi. Le nombre d’unités amies est limité à neuf, remplacer des pertes est pratiquement impossible. Les cartes servent essentiellement à activer les unités où à déclencher des attaques spéciales, comme un raid de chasseurs. Les unités se gagnent au fil des victoires ou s’achètent sur le marché, nous y reviendrons plus tard.

Le gameplay consiste ainsi à placer ses troupes de manière à attaquer en premier, idéalement sans perdre d’unités. Alternativement, on pourra dégager un flanc, ce qui offrira une ligne de tir sur le QG ennemi, forçant votre adversaire à engager des manœuvres qu’il aurait voulu éviter. Attaquer sans encourir de pertes, voilà la clef de la victoire. La moindre erreur est souvent fatale, chaque unité joue un rôle crucial.

Les batailles de World of Tanks Generals (WoTG) prennent place sur un échiquier de 15 cases que se partagent les deux joueurs. Les coins en diagonale sont occupés par les QG des belligérants, qu’il conviendra de détruire pour gagner. Les cartes représentent des unités à placer sur la carte, ou, plus rarement, des ordres spéciaux qui auront un impact sur le cours du jeu.

Le gameplay est orienté sur l’attrition. Attaques et contre-attaques s’ensuivent, un round chamboule tout. Le joueur qui aura pendant son tour cinq unités sur la carte contre seulement deux adverses se trouvera probablement dans la situation inverse à la fin du tour ennemi. Il s’agit donc de mobiliser au moment décisif une force de frappe capable de prendre l’avantage et de supporter une contre-attaque.  Les QG sont toujours vulnérables aux tirs d’artillerie, il faut les protéger ou forcer l’adversaire à employer son artillerie pour attaquer d’autres cibles.

Équilibrage

World of Tanks Generals tout comme Panzer General Online s’appuient essentiellement sur leur mode multijoueur. Il propose une campagne solo, mais elle sert surtout à se faire les dents et amasser un peu d’argent. L’équilibrage des batailles est donc l’un des points les plus importants pour juger de la qualité de ces jeux.

Panzer General Online choisit l’adversaire à affronter en fonction du niveau ELO, un système de classement familier à tous les joueurs d’échecs. L’ELO représente la qualité d’un joueur et est calculé en fonction du ratio victoires / défaites en multijoueur. Cela mène à terme à se trouver confronté à des joueurs d’un niveau de jeu équivalent, ou disposant de cartes et d’unités largement supérieures, compensant un manque de stratégie. Dans l’un ou l’autre cas, le joueur se retrouve au bout d’un certain temps dans une impasse. Quel que soit son niveau, il aura du mal à vaincre. Seule exception : avoir un deck de cartes parfait et maîtriser sur le bout des doigts le jeu. La première condition étant infiniment plus difficile à accomplir.

World of Tanks Generals se concentre sur la puissance de deck. Plus on accumule de bonnes cartes (et donc d’unités puissantes), plus la puissance nominale du deck augmente. On se trouvera donc confronté à un joueur disposant d’armes équivalentes, mais pas forcément de même niveau en ce qui concerne la maîtrise du jeu. Pour un bon joueur, ce sera plus plaisant. Pour un mauvais joueur, la pente sera raide et l’achat d’unités miracles n’y changera rien …

Économie

Une différence notable est à trouver dans le système économique. Hormis le recours à de la monnaie réelle (nous reviendrons sur ce point plus tard), Panzer General Online ne propose que peu de cartes et d’unités à prix fixe. Obtenir une unité particulière se fait en passant sur le marché, où d’autres joueurs vendent le matériel dont ils n’ont pas besoin – ou dont ils espèrent tirer un juteux profit. Les prix varient donc beaucoup selon l’humeur des joueurs, selon l’offre et selon la demande.

Effet positif : la progression en devient moins prévisible et linéaire. Effet négatif : la tendance pratiquement toujours présente de la plupart des joueurs à choisir un deck allemand pour cause de surmédiatisation est encore renforcée. Difficile de trouver  des cartes soviétiques, l’enfant pauvre de Panzer General Online, à bon prix, alors qu’il sera toujours facile de trouver un char Tiger ou Panther à la recherche d’un nouveau propriétaire.

World of Tanks Generals ne propose pas de pareil marché. Les unités s’achètent à prix fixe et les joueurs n’interagissent pas sur ce point. La progression est donc planifiable et ne demande pas beaucoup d’efforts, mais se résume à une simple question d’épargne. La spéculation ne fait pas partie de ce jeu.

Jouabilité à long terme

Les deux ont une mécanique assez fine et sont du genre « facile à jouer, difficile à maîtriser ». Aucune grave erreur ne vient entraver le plaisir de jouer, les batailles sont fluides, l’interface intuitive. Panzer General Online est plus orienté « pierre / papier / ciseaux », World of Tanks Generals penche vers une multitude de capacités spéciales pour les unités avancées, combinables à l’infini. Le facteur chance est plus important à Panzer General Online, cela peut être frustrant, et parfois aussi gratifiant.

La question qui se pose après quelques douzaines de batailles est : pourquoi continuer sa progression ? Qu’apporteront de nouvelles unités ? Quelles récompenses m’attendent ?

Bien sûr, gloire et honneur seront dus aux fiers vainqueurs. Panzer General Online se limite un peu à cette maxime : seul l’ELO compte. Le deck parfait est pratiquement inatteignable, un deck très bon se laisse cependant constituer assez rapidement. Une fois arrivé au niveau d’expérience maximal, le niveau 30, il faudra donc se chercher ses buts soi-même. Monter en ELO ? Accumuler suffisamment de richesses pour se payer une nouvelle unité, qui viendra peut-être optimiser décisivement son deck ? Collectionner des cartes ? L’horizon est ici malheureusement un peu limité. Des prix récompenseront les meilleurs joueurs ou le meilleur clan de la semaine, mais ce ne seront que des unités que l’on peut aussi obtenir autrement. Force est de constater que le jeu s’essouffle au bout d’un moment.

World of Tanks Generals a recours à la recette des « World of … » pour concourir à fidéliser un joueur. Beaucoup de statistiques à optimiser, des médailles attestant de tout type de prouesses, des unités déblocables uniquement avec énormément d’expérience, des missions quotidiennes à remplir, et beaucoup d’événements spéciaux, même durant la phase bêta.  À long terme, WoTG semble donc avoir plus de potentiel sur ce point.

Payer pour gagner

Parlons argent. Quel rôle jouent les avantages payables en monnaie réelle dans ces jeux ?

Panzer General Online permet d’acheter des unités particulières, de profiter d’une progression éclair (plus d’argent = encore plus de rapidité), et surtout d’améliorer les statistiques de son QG, qui sont un point critique du jeu, car délimitant le nombre et la qualité des unités déployables par bataille, le niveau initial de points de commandement et la vitesse d’arrivée des réserves. Obtenir un gros avantage sur ces points est vraiment coûteux (comptez largement plus de 50 € pour vous payer un QG de rêve), mais possible. Il y a une logique « payer pour gagner » indéniable derrière ce concept, qui pourrait bien gangréner le jeu après sa sortie. Pour l’instant, l’effet est encore relativement limité, et supportable pour un joueur qui souhaite obtenir ses lauriers non par sa bourse, mais en s’investissant dans le jeu.

World of Tanks Generals est assez inégal sur ce point. Il est possible de se payer moult avantages immédiats, je parle ici des unités « premium ». Très utiles, elles sont néanmoins comptées de manière honnête dans la puissance d’un deck. Jouer avec elles vous confrontera donc toujours à des decks équivalents. L’avantage se trouvera dans le fait de ne pas devoir s’attarder à accumuler de l’expérience pour avoir un deck avancé. Les prix ne sont pas encore transparents, il n’est donc pas encore possible de juger du rapport qualité / prix.

Se payer un compte premium apportera les mêmes avantages que pour les autres jeux « World of  … ». Les crédits et l’expérience gagnée après chaque bataille augmenteront de 50 %, facilitant nettement la vitesse de progression, mais n’épargnant pas pour autant de se lancer dans bon nombre de batailles pour en tirer avantage.  Un compte premium coûte environ 10 € par mois, comptez donc là aussi avec des dépenses importantes si vous vous engagez longtemps sur cette voie.

Retenons enfin que les deux jeux sont parfaitement jouables sans dépenser un centime. Même si PGO biaise un peu plus le jeu en faveur des joueurs payants.

Conclusion

Voici donc deux candidats sérieux si vous souhaitez vous lancer dans un jeu de stratégie et de de cartes, en multijoueur et en ligne. Nul doute que de nombreuses surprises nous attendent encore avant la sortie de ces jeux. Pour le moment World of Tanks Generals me semble offrir plus de potentiel, mais l’issue du duel est loin d’être décidée. Voyons ce que l’avenir réserve à ces deux jeux !

N.B. : les captures d’écran de World of Tanks Generals sont en allemand, vous m’en excuserez. Il n’est pour l’instant pas encore possible de changer la langue du jeu, reconnue automatiquement à partir de l’adresse IP.

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