Arrivé sur Steam en janvier l’année dernière, où il a incubé jusqu’à la fin du printemps, ce jeu de stratégie mutant avait pour lui de nombreux atouts, dont un thème original, moderne, et rarement traité dans le monde du jeu. Malheureusement à vouloir trop simplifier les mécanismes, le diagnostic est sans appel. Face à des pandémies anémiques, on ne risque que de mourir vite d’ennui dans Quarantine.

Et pourtant ce ne sont pas les bonnes idées qui manquaient aux équipes par ailleurs expérimentées de Sproing et 505 Games. En plus d’une réalisation très correcte, techniquement, d’une interface facile à prendre en main, et de nombreuses illustrations donnant vie aux événements, le jeu s’appuyait sur un gameplay hybride pour retranscrire ce que serait la lutte d’une super agence de biosécurité contre différents types de maladies foudroyantes susceptibles de ravager notre belle planète.

Or concrètement, le seul réel atout du gameplay est de permettre des parties relativement rapides. Mais, même en prenant cela en compte, après tout tous les jeux n’ont pas obligation à être long pour être passionnant, une fois passé une première partie pour prendre en main le système, dès la seconde partie on réalise qu’il n’y a pas de solution ingénieuse à trouver. Il n’y a pas de réel défi, certainement pas à la hauteur de celui que serait une pandémie au 21e siècle. Le jeu propose au travers d’actions certes un peu variées, au début, une formule basique et surtout vite répétitive.

La maladie se propage vite, il faut vite la ralentir, de préférence en mettant en quarantaine différentes villes qui sont, sans aucune logique, des goulets d’étranglement répartis arbitrairement sur la carte. Celle-ci ne variant quasi pas d’un scénario à un autre, seuls les vecteurs des maladies varient, leurs permettant de se propager plus ou moins vite, soit au sein de la population d’une ville, soit dans les villes voisines.

Exemple de situation de départ. Trois foyers d’infection, un agent spécial et un budget famélique pour mon agence de biosécurité internationale. L’humanité est-elle face à une “biomenace” d’une ampleur jamais vue auparavant ? Non … Cette résurgence spontanée de la terrible variole va occasionner sur la carte beaucoup de rougeurs, mais aucune réelle frayeur.
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Au second tour la maladie s’est déjà répandue dans deux autres régions, mais j’ai mis en quarantaine une ville afin d’endiguer sa propagation en Europe et en Afrique du nord. L’Asie, l’Inde, probablement l’Australie et la Russie vont vite être sévèrement contaminés, le temps que l’argent rentre dans les caisses. Une fois passé un certain seuil, la situation s’inversera petit à petit en allant isoler / soigner toutes les villes contaminées.
Autre exemple de situation de départ. L’apparente diversité des combinaisons se dissipe très vite, le plateau de jeu est bien trop limité en termes de choix.

Des possibilités de mouvement bien trop limitées, sans raisons cohérentes, mis à part pour orienter le gameplay. La première dont on se rend compte immédiatement est l’impossibilité de faire voyager un de ses personnages entre l’Asie et l’Amérique via le Pacifique. Le prétexte invoqué par les développeurs est que l’on peut imaginer que du fait de l’épidémie tous les moyens de transport entre les deux continents ont été mis à l’arrêt. Cela n’a aucun sens vu que pour les deux continents concernés, les voyages ne sont coupés que d’un seul coté, de l’autre tout continuant à fonctionner normalement. Au delà de l’incohérence complète de ce choix de gameplay, cela peut surtout créer facilement un déséquilibre pour le joueur si celui-ci choisit justement de commencer une partie sur l’un ou l’autre des deux bords de la carte. Là effectivement la maladie se déplace moins bien, mais le joueur aussi …

En effet, vos personnages sont arbitrairement limités en points de mouvement. Certains pourront se déplacer jusqu’à trois villes de distance, d’autres ne pourront progresser qu’une ville à la fois (comme les virus). Si l’épidémie se développe vite, ce qui varie plus ou moins selon les scénarios, vous pouvez vous retrouver en quelque sorte bloqué d’un coté de la carte. C’est à dire à perdre un temps précieux à effectuer des déplacements peu utiles et / ou lents, tandis que le fléau se propage tranquillement à l’autre bout du monde.

De fait on se rend compte que pour mieux profiter du jeu, il vaut mieux simplement installer sa première base vers le centre de la carte. Ce qui permettra de mieux gérer ses mouvements fonction de la propagation de la maladie et des agents disponibles. Il eut été bien plus logique et intéressant de simplement définir un coût financier et une durée pour chaque déplacement, selon donc la distance parcourue et le moyen utilisé, d’autant plus que passé les premiers tours de jeu, l’argent coule vite à flot. Et s’accumule inutilement dans vos caisses. Laisser le joueur acheter un avion spécial n’aura pas été choquant, surtout quand on joue des agents spéciaux …

Concrètement cet artifice cousu de fils blancs permet en fait au joueur d’isoler certaines villes ou régions, en suivant, la plupart du temps, ou anticipant, parfois, le déplacement canalisé de l’épidémie. On peut ainsi créer, lentement, une zone de villes en quarantaines de laquelle le virus ne pourra plus que difficilement sortir. L’idée aurait bien mieux fonctionné si il y avait beaucoup plus de zones et de liens entre elles.

Cela vu, chaque scénario propose une variation sur trois critères. Primo, la vitesse à laquelle la maladie se propage dans les villes voisines non infectées. Deuxio, la vitesse à laquelle augmente la contagion de la population dans les villes infectées. Et tertio la vitesse à laquelle va muter la maladie.

La condition de victoire est toujours la même, trouver un vaccin. La partie se perd elle aussi toujours de la même manière, dès que la contagion atteint un certain seuil de la population mondiale.

Au début de chaque partie vous avez le choix entre 4 personnages différents, chacun avec sa spécialité qui correspond au premier niveau des 4 courtes branches de recherche. L’agent de sécurité peut plus efficacement mettre des villes en quarantaine (et donc ralentir / canaliser la contagion sur la carte). Le médecin peut mieux soigner les populations infectées (et donc diminuer la contagion sur l’échelle de la population mondiale). Le diplomate permet de plus vite atteindre le nombre de bureaux maximum (donc de rapidement gagner de l’argent). Enfin le scientifique permet fort logiquement de progresser plus vite vers la découverte d’un remède.

Toute la difficulté du jeu consiste à passer les premiers tours le temps d’obtenir assez d’argent pour débloquer assez de moyens d’agir. Au début d’une partie la maladie va donc progresser très vite, sans qu’on puisse y faire grand chose. Même si il y a en effet différents choix à faire, investir plus vite dans du personnel, dans des bureaux, ou mettre des villes en quarantaine, tout ou presque est contingenté par votre argent. C’est logique, mais poussé à l’extrême, sans argent vous ne pouvez quasi pas agir, donc le seul choix de départ est de trouver de l’argent. Si vous optez pour une autre voie, vous constaterez très vite son peu d’utilité.

Heureusement vous avez aussi la possibilité d’effectuer quelques actions gratuites. Soit passer un tour pour se soigner, utile si un personnage a été blessé lors d’une opération, ce qui a toujours une petite chance d’arriver (dans une émeute par exemple). Vous pouvez aussi récupérer un échantillon destiné à vos laboratoires. Ou traiter une partie de la population locale, donc diminuer un tout petit peu le nombre de gens infectés.

Au fur et à mesure du jeu vos personnages accumulent de l’expérience, ils gagnent des niveaux qui leur permettent en général d’effectuer certaines actions plus facilement. Par exemple un agent de sécurité expérimenté dépensera moins d’argent pour mettre en quarantaine une ville. Seul problème, les bonus de l’expérience ne sont pas expliqués, on les découvre au hasard.

Je cherchais un jeu original et intelligent, j’ai trouvé un jeu banal et creux. On en fera le tour aussi rapidement que l’on s’en lassera du fait d’un gameplay répétitif, et stérile.

Que le gameplay soit quasi raté, qu’il n’y ait rien de transcendant ludiquement, ça ne prêterait pas à conséquence si le jeu se présentait comme l’expérience de laboratoire vidéoludique qu’il est. C’est très bien que les développeurs expérimentent. Mais pas en trompant à ce point sur le contenu, quand même vendu à la base 10 euros.

Au stade d’amusement embryonnaire qui est atteint, l’expérience dixit intense proposée c’est la manière soignée d’abuser la confiance des joueurs. Mais qui sait, peut-être que le but caché de Quarantine est justement de vacciner les joueurs contre la multiplication des clonages hybrides dénués d’âme.

L’arbre de développement technologique propose 4 branches strictement linéaires. La seule vraiment utile est la diplomatie, qui influence vos finances et ajoute un agent supplémentaire.
Le choix parmi les agents est assez limité. Le plus utile au début est le diplomate, qui permet de développer ses finances plus rapidement, donc ses moyens d’actions sur le terrain, y compris pour le recrutement.
Dans cet exemple, contrairement aux apparences, tout va bien. Même si les 4/5 de la population a été contaminée, de nombreuses villes sont isolées en quarantaine, et pour les autres la maladie stagne. L’argent coule à flot, au point que je ne sais plus quoi en faire. Le remède est au trois-quart fini, la partie va donc vite s’achever. Certains virus se développent certes plus agressivement que d’autres, mais rien qui ne change vraiment les actions à effectuer.
Le jeu propose différents types d’événements, dont l’impact toutefois n’aura guère d’importance sur le déroulement de la partie.
Chaque opération dans une ville ayant une chance de mal tourner, vos agents peuvent être blessés. Si ils ne se soignent pas, un tour de repos, ils peuvent mourir. Un bon point qui force quand même à réfléchir un peu à certaines actions.
Autre bonne idée, certains événements sont liés entre eux, et selon votre réponse, peuvent déclencher par la suite d’autres événements (comme celui montré ici). Les conséquences sont toutefois souvent bénignes. On devine dans les courtes descriptions les germes d’un scénario abandonné, et donc ne faisant aucun sens. Encore une bonne idée inexploitée.
Les événements ponctuent le jeu de manière amusante, mais ont surtout pour conséquence de diminuer vos finances, donc de vous faire perdre quelques tours pendant lesquels la maladie se développera.
La recherche d’un remède se fait en plusieurs étapes, le virus pouvant muter et gagner une ou deux nouvelles caractéristiques. Il est toutefois possible de facilement recruter des scientifiques en renfort, le remède étant alors trouvé très rapidement.
La partie s’achève une fois le remède découvert. Un écran récapitule la progression de l’infection, par rapport à vos finances. On voit très bien que la maladie se développe vite, le temps que le joueur obtienne les moyens d’agir, puis va être lentement freinée, sauf quelques rebondissements mineurs. On gagne en répétant ainsi les mêmes actions.

Conclusion, notes, points positifs et négatifs

  • Beaucoup de bonnes idées, en apparence intéressantes.
  • Graphisme et interface limités mais corrects.
  • Version française disponible

  • Des choix ayant bien trop peu de conséquences.
  • Gameplay très répétitif, trop simple.
  • Un jeu sans âme.

Notes
Multimédia
50 %
Interface
50 %
Gameplay
20 %

Infos pratiques

Date de sortie : 24 mai 2017
Éditeur / Studio : 505 Games / Sproing
Prix : 9,99€
Site officiel :

Site officiel ; fiche chez l’éditeur ; fiche sur Steam

Remarques :

Un éditeur de scénario permet de créer ses propres pandémies personnalisées.

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