Il y a 36 heures, un officier dissident pakistanais a mis la main sur plusieurs lanceurs et bombes atomiques. Il menace de déclencher la « fureur de Dieu »  si l’Inde ne se retire pas de la région du Cachemire dans les prochains jours. En tant que commandant de la Task Force, j’ai à ma disposition des drones, des chasseurs F-7MP Skybolt, F-16 Falcon et Mirage III et des systèmes de détection et de commandement aéroporté (SDCA). A moi d’intervenir pour détruire les lanceurs et bombes, et empêcher le transfuge de transformer la région en désert radioactif.

Non, il ne s’agit pas du synopsis d’un roman posthume de feu Tom Clancy, mais bien le type de scénario que propose Command : Modern Naval / Air Operations (anciennement Project Red Pill, le nouveau nom a été choisi par un vote des bêta-testeurs… plus austère on ne fait pas, il sera dorénavant ici désigné sous l’acronyme CMNAO), le nouveau bébé des développeurs de Warfare Sims.

Ceux-ci sont des nouveaux venus dans le monde du wargame PC, mais de vieux fans de Harpoon, auparavant LA référence dans le petit club de simulateur tactique naval / aérien. Est-ce que ces anciens fans ont su retrouver la formule magique qui a permis à des milliers de wargamers de tester les meilleurs scénarios hypothétiques du regretté Clancy ?

Jeu de guerre

Décrire le gameplay de CMNAO n’est pas une tache aisée tant il varie selon le scénario choisi. Pour résumer, CMNAO offre au joueur la possibilité de diriger, au niveau tactique et / ou opérationnel, des unités navales et aéroportées, avec l’option d’intervenir sur tout les aspects d’une opération aéronavale, de la catégorie de mission jusqu’au type d’armement utilisé. Le jeu peut représenter une petite escarmouche entre deux sous-marins jusqu’à un bombardement à grande échelle avec débarquement de troupes et couverture navale.

Le joueur aura à sa disposition l’éventail énorme des unités, armes et technologies ayant existé des années 50 à nos jours, que ce soit au niveau maritime, aérien ou terrestre. Le travail réalisé à ce niveau est énorme : absolument tout est représenté, du bateau de pirates somaliens jusqu’au plus gros porte-avions US en passant par toute les variantes de MIG ou de bombes nucléaires, toutes les installations SAM, bunkers, bases navales, missiles, sous-marins, de la guerre de Corée jusqu’à nos jours.

Chaque unité ayant ses propres caractéristiques, limitations et capacités basées sur la réalité : charge utile pour un avion ou vélocité au décollage pour un ICBM, profondeur maximale possible pour un sous-marin et portée de feu pour un destroyer, et ainsi de suite.

CMNAO n’est par contre pas un jeu de type grande stratégie à la Supreme Ruler ou Hearts Of Iron. Des évènements peuvent survenir mais ils restent limités, et on ne gère ni l’économie ni la politique.

Une partie se déroule en temps réel, temps qui peut s’accélérer jusqu’à représenter 30 minutes de jeu en une seconde. Les unités se déplacent de manière visible sur le globe, et libre au joueur de les sélectionner pour leur assigner une mission, leur faire changer de profondeur s’il s’agit d’un sous-marin ou d’altitude pour un avion, d’activer des contre-mesures ou un radar, de tirer un missile ou une torpille, etc. Mais il est également possible de laisser ces menu détails à l’IA qui se débrouille très bien toute seule et de prendre du recul pour diriger la bataille de manière plus éloignée en donnant des consignes d’ordre général.

Le jeu est strictement solo, pas de multijoueur pour l’instant. Il est livré avec une quarantaine de scénarios qui représentent diverses opérations, allant de la guerre de Corée jusqu’à d’hypothétiques combats dans un futur proche. En plus il y a trois tutoriaux assez bien fait qui vous expliqueront les subtilités des actions aériennes, sous-marines et navales.

Les unités terrestres sont représentés mais restent très abstraites et leur comportement est parfois à la limite de la stupidité : il m’est ainsi arrivé de voir des marines rester plantés en face de l’ennemi sans rien entreprendre. Des lacunes du côté terrestre donc, mais le titre du jeu n’est pas Command : Modern Naval / Air / Land Operations.

La base de données : un jeu dans le jeu

Le jeu demandera un investissement certain au joueur : par exemple il faudra déterminer si une bombe LDGP est plus adaptée qu’un ARM pour mener une mission de SEAD et quel EMCON il faudra suivre afin de RTB sain et sauf (et avant d’être bingo, cela va sans dire). Vous n’avez pas compris ? J’étais perplexe comme vous avant d’avoir accès à la merveilleuse base de données incluse dans CMNAO.

Le studio Warfare Sims n’a pas lésiné de ce côté : chaque unité est détaillée avec son année de mise en service, son rôle, sa charge fonctionnelle, son équipement, etc. Il devient vite passionnant de plonger dans les lignes d’informations pour savoir quelle contre-mesure électronique existe pour désactiver tel missile, ou quelle est la plus puissante bombe atomique de l’histoire (c’est la tsar bomba).

Il manque quand même deux options à cette base pour qu’elle soit parfaite : premièrement des images, qui n’ont pas été incluses parce que les droits auraient été trop onéreux. On peut heureusement les ajouter soi-même facilement, et des joueurs créent des packs bien pratiques disponibles dans le forum de Matrix ou depuis cette page du site des développeurs.

Deuxièmement il manque un lexique pour comprendre par exemple les termes comme “winchester”, “RTB” (je suis  à court de munition, retour à la base). Il existe quand même le manuel, Wikipedia ou d’autres sites spécialisés pour nous aider. Il n’empêche que cela serait un ajout bienvenu pour les débutants.

Mais la base de données n’est pas tout et il faudra que le joueur potasse pour maîtriser les différents matériels et tactiques : par exemple pour les sous-marins, connaître et comprendre les notions de cavité, de thermocline, les capacités du sonar passif tracté, et ainsi de suite pour tous les avions, navires, missiles, radars et contre-mesures proposés.

L’écran principal du jeu.
Ce genre de message met du piment dans une partie.
Le filtre affichant le relief permet de jouer avec le terrain pour éviter la détection d’un radar.
Mes avions décollent, mais à quoi correspond leur armement ? La base de données y répondra.
En option (mod), des images peuvent agrémenter l’austère mais complète base de données.
Je crée ici une mission de bombardement sur le Nord-Vietnam en 1968.

Graphismes et sons

En excluant le globe terrestre modélisé en 3D, les graphismes sont minimalistes, ce qui semblait quasi obligatoire si l’on voulait pouvoir représenter tout ce beau monde de façon claire. De plus ils ne sont nullement désagréables et renforcent l’impression de se trouver sur le pont d’un porte-avion, penché sur les radars, la casquette de pacha solidement ancrée sur la tête.

Les divers menus utilisent l’interface de base Windows, on ne sera donc pas perdu. Ils sont assez ergonomiques mais certaines options manquent, comme par exemple la possibilité d’ afficher une image en miniature de l’unité sélectionnée, pour se faire vite une idée de son type, ou la capacité de mettre en place des waypoints. En l’état il faut changer au moment voulu le type de mission d’une unité pour qu’elle poursuive sur la mission suivante. On peut heureusement créer ces missions à l’avance, mais une option pour qu’on les enchaîne automatiquement serait quand même préférable.

Quand à la bande-son, c’est le désert auditif. Un “boum” par-ci pour un avion détruit, un “plouf” par là pour une torpille tirée… Et puis c’est tout. Encore une fois on sait bien qu’il s’agit d’un petit studio, d’un type de jeu très spécifique et on ne s’attend pas à la qualité sonore d’un Company of Heroes, mais quand même un léger bruit de fond dans ce genre contribuerait à mieux donner le sentiment d’être dans une salle de commandement. De nombreuses voix se sont élevées dans ce sens sur le forum de Matrix et les développeurs ont déclaré que cela était à l’étude.

Quand il n’y en a plus, il y en a encore

Admettons que vous ayez terminé les quarante scénarios proposés. Est-ce qu’il vous faudra attendre la sortie d’une extension pour pouvoir prolonger le plaisir ? Que nenni car est inclus dans CMNAO un puissant éditeur de scénarios. Et contrairement à des programmes plus difficiles d’accès, celui-ci est très simple et maniable.

Il existe par exemple des profils par pays, on chargera en quelques clics toutes les bases aériennes de la France. On peut ainsi vite laisser courir son imagination et par exemple créer un conflit israélo-iranien avec utilisation de bombe H ou une invasion des côtes bretonnes par une armada de pirates du Mekong un peu égarés.

Il est également possible de surimposer une image satellite sur une partie de la carte pour avoir une vue plus détaillée. Un scénario peut donc être fourni avec une photo satellite aux coordonnées intégrées, photo qui sera automatiquement incluse dans le jeu au bon endroit géographique, pour plus d’immersion.

Dette d’honneur

Passons maintenant au sujet qui fâche : le prix. Il est conséquent, pas moins de 80 € TTC pour la boite, et 75 € pour l’édition digitale. Alors certes, le travail a été important pour les développeurs, mais une telle somme est-elle justifiée ? A mon sens non, car pour ce prix on attend un produit plus soigné. Or il y a des lacunes, par exemple des crashs, quelques manquements au niveau de l’ergonomie ou des lenteurs durant des phases de jeux intenses.

De manière générale, on peut se demander la raison d’un tel coût. Certes une telle simulation est réservée à un petit groupe de passionnés qui aura sans doute la volonté de payer le prix demandé vu le désert ludique existant dans le domaine du simulateur tactique naval / aérien. Mais ce n’est pas non plus avec cette gamme de prix que le genre se démocratisera. Un jeune joueur intéressé par le sujet n’aura probablement pas les moyens de s’offrir CMNAO, ce qui est bien dommage car le monde du wargame a aussi besoin de sang neuf.

C’est d’autant plus regrettable que le jeu est fourni avec un éditeur de scénario et plus il y aura de joueurs, plus il y aura plus de scénarios, et donc plus de joueurs, et ainsi de suite… Drôle de stratégie de la part de l’éditeur, surtout quand l’expérience prouve qu’on fait plus d’argent avec un prix moins élevé (voir par exemple cet article sur Rock Paper Shotgun). De plus le public pour de bons jeux de stratégie est quand même bien présent, même si CMNAO est un cran plus pointu, il n’y a qu’à voir le succès des jeux Paradox, voire de Panzer Corps ou de Unity of Command.

Il faudra réviser avant de s’amuser (extrait du manuel).
Les graphismes très simples n’empêchent pas d’être vite pris dans l’action.
Création de scénarios, tout est déjà présent, il suffit de faire son choix.
Depuis sa sortie CMNAO a reçu une première mise à jour importante, patch corrigeant de nombreux petits bugs, ajoutant quatre scénarios et améliorant certaines fonctionnalités du jeu. Voir cette annonce chez Matrix.
En quelques secondes j’ai chargé toute les bases aériennes et navales, les installations SAM, les baraquements et les centrales d’Israël.
J’ai devant ma porte trois équipes des Navy SEALS couvertes par un UH-60 Blackhawk. J’ai peut-être du soucis à me faire…
Les satellites sont aussi présents ! Quand on vous dit qu’il y a tout…

Pour conclure

J’ai joué de nombreuses heures à Command – Modern Naval / Air Operations et n’ai pas encore fait le tour de toutes les possibilités offertes. Je n’ai par exemple pas encore touché au guidage laser de bombes par une équipe au sol ou à l’utilisation de satellites. C’est vous dire l’exhaustivité et la variété des techniques et tactiques proposées pour arriver à ses fins. Le jeu est certes complexe mais il est tout à fait possible de laisser l’IA gérer les détails afin de se concentrer sur la stratégie globale. Si je ne me suis par exemple pas encore intéressé à la gestion précise des destroyers, j’adore diriger mes F-16 vers leur objectif et leur indiquer quand utiliser leur AIM-9 Sidewinder. Toutefois même avec l’aide de l’IA, pour bien profiter de cette simulation un certain savoir militaire sera évidemment demandé au joueur, qui sera aidé en cela par la base de données ou devra chercher sur Internet.

Si la diversité des missions satisfera donc presque tous les styles de jeu, on ne peut par contre pas dire qu’il y en aura pour toutes les bourses. Bien que Command – Modern Naval / Air Operations soit complet, évolutif, quasi-infini dans sa rejouabilité avec les scénarios des utilisateurs, il est tout simplement trop cher. D’une part parce qu’il existe encore quelques bugs et problèmes divers, et d’autre part parce que le prix élevé empêchera une grande partie des joueurs de se le procurer. Ce qui aura pour conséquence une communauté plus réduite, donc moins de scénarios, mods, et toute les bonnes choses que peuvent apporter un solide groupe de joueurs enthousiastes. Mais si à l’avenir Matrix fait une promotion, si on vous offre le jeu ou si vous décidez tout simplement de vous faire un joli cadeau, s’offrira alors à vous une simulation dont le niveau de détail et l’exhaustivité n’a quasi aucun égal.

  • Très complet (tout le matériel des années 50 à nos jours est présent).
  • Rejouabilité quasi infini avec un éditeur de scénario simple d’accès.
  • Complexité variable selon les goûts.
  • La base de données intégrée.
  • Un domaine rarement exploré dans les wargames PC.
  • Encore des bugs en v1.01.
  • Manque la possibilité de poser des waypoints.
  • Prix trop élevé !
  • Gameplay exigeant pour maîtriser les rouages.
Infos pratiques

Date de sortie : 24 septembre 2013

Éditeur / Studio : Matrix – Slitherine / Warfare Sims

Site officiel :  Warfare Sims (fiche du jeu chez Matrix)

Prix : 75 € pour l’édition digitale, 80 € pour la boite + version digitale.

Disponible en téléchargement dans notre boutique partenaire (ou directement en suivant ce lien).

Configuration requise : OS: Windows XP SP3 / Vista / 7 / 8 ; CPU: 1 GHz (Dual-core Pentium and above recommended) ; RAM: 1 GB (2GB+ recommended) ; Video/Graphics: DirectX 9.0c compatible video card with 16 MB RAM ; Sound: Compatible sound card ; Hard disk space: 10 GB Free ; DVD-ROM: Yes, for boxed version.

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3 Commentaires

  1. J’adore la photo avec le loadout. Certains équipements ont des dénominations qui pourraient inspirer de mauvais jeux de mots… Plus sérieusement, y a-t-il un mode multijoueur annoncé ?

  2. Pour les sons ainsi que pour les images qui n’ont pas été intégrés a la simu c’est plus une histoire de copyright que de volonté de la part des devs. De nos temps on fait un procès pour n’importe quoi et ils n’ont pas voulu prendre de risque , ils laissent donc la communauté produire les mods.

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