Stardock se fend ici de ce qu’il dénomme astucieusement une extension, histoire de persuader les acquéreurs de Fallen Enchantress qu’ils vont découvrir avec elle des contrées jusqu’alors inconnues. Alors, ce Legendary Heroes, vraie évolution justifiant d’être monnayée ou vulgaire patch déguisé en bon achat pour passionnés ? Ma foi, habitant en limite de la basse Normandie, une réponse en demi-teinte semble s’imposer d’elle-même !

 

Un meilleur gameplay

Cette extension, ainsi que nous la désignerons désormais puisque c’est ainsi que la présentent ses créateurs, énumère une liste de modifications, ajouts et corrections diverses, susceptibles de raviver l’intérêt vacillant du bêta testeur un tantinet déprimé. Nous n’allons cependant pas entrer ici dans le détail d’une présentation exhaustive mais plus simplement, en présenter quelques aspects relativement significatifs.

Parmi les petites choses qui, sans révolutionner le gameplay, ajoutent une touche agréable à l’ensemble notons, pour commencer, les rapports de batailles, subtilement agrémentés d’effets visuels. Permettant de mieux apprécier concrètement l’augmentation de points d’expériences acquis mais surtout, signalant graphiquement le fait qu’une unité quelconque vient de gagner un niveau et peut donc être améliorée.

Dans le même esprit mais bénéficiant d’un traitement cosmétique nettement plus spectaculaire, le fait que les héros se voient proposés un tout nouvel écran d’évolution ; présentant les traits et compétences nouvellement accessibles, il s’avère nettement plus pratique à l’usage.

En lieu et place d’une morne liste cliquable offrant le choix entre les différentes spécialisations possibles (Assassin ; Défenseur ; Guerrier, Mage, etc.), nous avons dorénavant une successions de “cartes” (elles font irrésistiblement songer aux jeux de cartes à collectionner, avec leurs couleurs acidulées et des graphismes typés Todd McFarlane) décrivant chaque spécialisation envisageable. Certes cela ne change strictement rien aux mécanismes du jeu mais apporte toutefois une petite touche de finition qui valorise quelque peu le produit dans son ensemble. Le genre de petits plus dont les productions d’il y a vingt ans nous gratifiaient d’emblée mais dont la saveur s’est perdue au fil des ans, pour devenir aujourd’hui l’expression d’un raffinement qu’il faut désormais généralement espérer, au gré de patchs ou d’extensions payantes.

Les détails de gameplay facilitant la tâche dévolue aux gestionnaires avisés foisonnent et, il faut bien le reconnaître, apportent un confort dans l’administration du royaume ou de l’empire, jusqu’à présent inégalé. Afin de rationaliser le choix de vos constructions, il était parfois délicat d’apprécier à sa juste valeur telle ou telle structure proposée dans la liste déroulante. Cela n’est désormais plus qu’un vague souvenir désagréable, depuis que s’affichent dynamiquement les valeurs chiffrées correspondant aux divers bonus ou malus. Un tel petit plus simplifie tellement la vie du monarque et semble tellement évident, dès lors qu’on a pratiqué un tant soit peu le jeu, qu’on s’interroge sur son absence lors de la sortie initiale. L’urgence de la fin de développement vient évidemment à l’esprit pour justifier de telles lacunes.

Le commandant méticuleux à la tête de ses troupes s’interrogeait souvent et perdait un temps fou à essayer de calculer les probabilités et dégâts éventuels, que telle unité ennemi serait susceptible d’infliger à ses propres troupes en cas d’attaque et de réplique, dans le même tour. Cela aussi n’est plus qu’un lointain souvenir car dorénavant, chaque attaque et sa contre-attaque prévue sont clairement détaillées, sous forme de pop up. Plus d’excuses pour la perte de ces piquiers téméraires, imprudemment engagés contre un pack de bandits apparemment agonisants !

Des héros mais …

La nouveauté majeure, celle qui vaut son appellation ronflante à cette extension, Legendary Heroes, bouleverse sensiblement les habitudes et donne une saveur différente aux parties, sans toutefois chambouler profondément le concept. Auparavant, chaque carte était parsemée (selon vos desiderata a l’instant de modifier les options) avec plus ou moins de parcimonie, de héros différemment pourvus en aptitudes et répartis aléatoirement. Cela pouvait parfois conduire (presque toujours, il faut l’admettre) à une inflation ridicule de personnages présumés uniques. Le système de recherche permettait d’ailleurs de réguler partiellement cet aspect, en obligeant à découvrir certaines avancées techniques destinées à autoriser ou non, l’engagement de certains personnages selon leur niveau d’expérience.

Ainsi le joueur devait-il rechercher et découvrir Ereog’s journals et Breon’s letters, afin de pouvoir recruter des héros de niveau sept, neuf et plus. Ce qui semblait être une incongruité relevant plus d’un artifice destiné à palier des errements dans la conception du gameplay, que d’une vraie bonne idée novatrice, se trouve maintenant remplacé par un processus nettement plus séduisant car cohérent dans l’esprit du jeu, au sens large.

En effet, les héros ont disparus de la carte (on s’interroge d’ailleurs pour savoir s’ils sont tous en mission au fond de quelques tanières lugubres ou cuvant un mauvais vin, sous les tables d’un estaminet blafard). Ils ne feront spontanément leur apparition qu’en fonction de votre niveau de réputation (Fame), présumément acquise en bravant la morgue de certains rôdeurs ou créatures errantes, l’épée à la main, ou en complétant diverses quêtes.

En résumé, ce sont bel et bien vos actions, plus ou moins héroïques, qui les décideront à sortir de leur réserve pour solliciter vos faveurs monétaires. En bons petits soldats qu’ils sont, c’est par paires plus ou moins diverses qu’ils quémanderont d’entrer à votre service exclusif. Cela permet judicieusement de choisir untel plus aisément qu’en ayant à parcourir parfois la carte d’un bout à l’autre, comme c’était le cas précédemment, histoire d’embaucher une brute munie d’une hache double et d’un certain bonus, plutôt que le freluquet moulinant avec son espadon rachitique, trois cases devant vous. Même si on aimerait pouvoir systématiquement trancher entre un guerrier ou un mago, ce nouveau système a toutefois l’immense mérite d’ajouter une bonne dose de cohérence et d’immersion dans un genre de jeu qui ne demande que cela. Bonne pioche, Stardock !

… encore des bugs

Tout cela serait bien joli si le jeu profitait de cette extension et de son numéro de version incrémenté pour corriger certains bugs ou lacunes absolument flagrants, déjà répertoriés depuis la sortie initiale de Fallen Enchantress ; il n’en est malheureusement rien ! Ainsi une bévue aussi criante que le fait d’utiliser une capacité telle que Rush avant déplacement, permettant aux unités d’origine Altariennes de bénéficier d’une seconde action dans un même tour, annule ce bonus ! Il s’agit pourtant d’une faculté bigrement importante lorsqu’il s’agit d’amener lesdites unités au contact d’un adversaire employant des armes de jet. Il peut même arriver qu’ignorant de ce détail capital, un joueur se retrouve à perdre une bataille qu’il aurait normalement dû remporter ; oui, il s’agit d’une expérience vécue…

Tristement, on constatera à l’usage que le jeu fourmille encore de maladresses similaires. Là encore on ne peut parler de ce que les anglophones qualifient de “game breaker bugs” mais néanmoins, il s’agit bien d’un phénomène d’accumulation qui, au bout du compte et après des mois de Bêta test et de patchs successifs, finit par agacer et décourager les plus imperturbables.

La création de personnages atteint un degré de raffinement inégalé dans le genre mais est-ce véritablement nécessaire ? Pour un passionné ou un rôliste, la question ne se pose même pas !

Les choix de développement des personnages n’ont pas fondamentalement changé mais proposent désormais des options de traits accentuant l’intérêt du processus.

Ne perdez pas de vue que les dégâts potentiels peuvent varier dans la fourchette affichée, ce qui peut faire la différence entre un ennemi mort ou moribond mais susceptible de contre-attaquer. Sans oublier que le pourcentage de chances de toucher peut également se solder par une esquive adverse ; la prudence est donc de mise !

Grosse nouveauté de cette extension, les héros se présentent à votre souverain en fonction de sa réputation.

Le scénario jouable indépendamment de la campagne longue (bien que lui-même interminable !) a subit un remaniement total. Nouvelle histoire, moins attractive et originale mais intégrant mieux les caractéristiques du système. Il reste malheureusement émaillé de quelques bugs plus ou moins gênants, voire totalement dissuasifs dans certains cas extrêmes.

De nouveaux personnages font leur apparition. Presque purement cosmétique, cet ajout n’apporte pas de réelle évolution en termes de gameplay. Il en va de même en ce qui concerne les objets, quêtes ou autres monstres mis en avant par cette extension. Quoi qu’il en soit, un peu de variété supplémentaire ne peut nuire… tant qu’elle n’introduit pas de nouveaux bugs.

Outre l’amélioration globale des graphismes du jeu, les arènes bénéficient de plus de diversité. Le fait de pouvoir également permettre à ses unités de se déplacer, malgré la présence d’une autre unité bloquant le passage, offre de nouvelles opportunités tactiques ; ce dont ne bénéficient pas les cartes elles-mêmes, le terrain n’influant en rien sur le déroulement des combats.

Interface résumant une bataille et autre type d’arène.

Exemple de ville et des possibilités de construction.

Arborescence et conseil pour la recherche ; détail d’une unité.

Quelle conclusion peut-on objectivement tirer de cette expérience de jeu, après quelques semaines et surtout, après avoir suivi l’évolution de ce titre depuis une année maintenant ?

Une impression mitigée par les derniers points évoqués et surtout, par le fait même que cette extension représente un résumé de la philosophie propre à Stardock, en ce qui concerne la série Elemental toute entière. Depuis la sortie originelle du jeu prémisse de cette série, avec ses erreurs aussi bien en terme de marketing que de développement et de réalisation, Stardock oscille entre envie de rédemption et désir de capitaliser sur des bases riches en terme de contenu mais cependant faussées dès leur conception.

Elemental était et demeure en effet un concept qui, a défaut de se montrer réellement novateur, bénéficie d’une forte valeur sentimentale vis à vis des joueurs assimilant sa nature à celle d’un Master of Magic, d’un Civilization ou d’un Heroes of Might & Magic, tout en étant enrichi d’idées propres à Brad Wardell et à son équipe.

L’un des réels succès d’estime remporté par ce jeu résidant, par exemple, dans l’utilisation et la réalisation de cette carte stratégique, dont le zoom arrière révèle ce qui s’apparente à un parchemin. Une vraie bonne idée (d’ailleurs exploitée par d’autres studios…), bien mise en œuvre et qui, en conséquence, a recueilli l’adhésion d’une majorité d’utilisateurs, par son apparence tout autant que par le réel agrément qu’elle apporte, à l’usage.

D’un côté on trouve donc de bonnes idées plus ou moins originales, peu importe du moment qu’elles sont correctement implémentées ; de l’autre, on a des bugs résilients aux multiples patches, une I.A. correcte sur bien des points mais poussive, incapable par exemple de gérer ses forces et faiblesses pour concentrer ses défenses ou tirer avantage d’un schwere punkt évident.

On aurait pu espérer voir apparaître ici un mode multijoueurs, promis de longue date… hélas, il faudra probablement attendre une autre extension.

Derniers mots

Pour résumer, on se retrouve devant un jeu plaisant dans ses mécanismes fondamentaux mais un peu lassant, par son rythme de poussa. Agréable à pratiquer mais handicapé par des lacunes évidentes, des détails mal pensés et des anomalies minimes jamais corrigées qui, au fil du temps, laissent une impression globale négative. Enfin, cette politique curieusement ambivalente de l’éditeur, tiraillé entre le fait de donner le jeu de base en sacrifice expiatoire aux acheteurs malheureux du premier Elemental et faire payer, au prix fort, ce qui finalement n’aurait dû être qu’un gros patch supplémentaire. Une extension stand alone donc qu’on conseillera aux nouveaux venus désirant ajouter un titre plaisant mais dispensable à leur ludothèque de 4X. Pour les autres, déjà acquis à cet univers un peu particulier, Legendary heroes pourra constituer une dépense superflue, si l’on considère que d’éventuels patches gratuits devraient permettre d’atteindre un niveau comparable de finition, voire le surpasser, dans un avenir qu’on espère proche.

  • Toujours de nouvelles bonnes idées
  • La carte stratégique reste un point fort
  • Graphismes et gameplay améliorés
  • Toujours des bugs gênants
  • Impression d’un gros patch plutôt que d’une “vraie” extension
  • On a vu mieux, surtout vu le prix (40 $)
Infos pratiques

Sortie : 22 mai 2013

Studio / éditeur : Stardock Entertainment

Liens : www.elementalgame.com/legendary-heroes

N.B. : extension stand alone, ne nécessite pas Fallen Enchantress pour fonctionner.

2 Commentaires

    • Oui, par chance ou grâce à des corrections apportées depuis quelques patches récents, je dois avouer ne plus rencontrer de plantages définitifs, comme c’était encore le cas il y a quelques mois. Cependant, encore pas plus tard qu’hier soir le jeu m’a gratifié d’un message d’erreur système lors de la sortie (par deux fois !). Même chose lors de la connexion STEAM où j’obtiens régulièrement un message d’erreur concernant un élément qui serait manquant, alors que le jeu a été réinstallé par deux fois pour, justement, éviter ce genre de problème et m’assurer d’une installation propre. En effet, le fait de mettre à niveau ma version datée de “Fallen enchantress” provoquait systématiquement des soucis de copie de fichiers. Cela n’empêchait curieusement pas le bazar de tourner mais disons que ça n’inspire pas confiance et pour effectuer un test, ce n’est pas un bon début :) Bref, tout cela fonctionne relativement correctement mais le développement se révèle chaotique et ça se sent. Il n’en reste pas moins cependant que, malgré des défauts, je continue à y jouer avec parfois beaucoup de plaisir… Hier soir, justement, j’ai conclu une partie, après une centaine de tours vraiment sympa sur une carte très réussie, par une déculottée infligée par un royaume Capitar que je pensais avoir mis dans ma poche diplomatiquement ! Vraiment plaisant et malgré la défaite (logique, je précise, faute de préparation militaire digne de ce nom) l’un des meilleurs moments ludiques de ces derniers temps. L’IA n’a pas énormément évolué mais l’équilibrage général semble avoir bénéficié de raffinements bénéfiques. L’ensemble est plus agréable à jouer et je trouve que de ce côté, l’effort est productif.

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