Supreme Ruler: Cold War est le dernier opus d’une saga débutant en 1982 sur TRS-80 avec Supreme Ruler Plus. Je ne saurais vous en dire plus n’ayant pas connu ces temps anciens où MS-DOS régnait en maître. Cela étant, les développeurs de la série ont un grand recul sur l’évolution de ce monster-game. C’est en 2005 que Battlegoat Studios remet ce jeu au gout du jour avec la sortie de Supreme Ruler 2010, suivi trois ans plus tard de Supreme Ruler 2020 et en 2011 de Supreme Ruler Cold War. Depuis, le studio est assez proche de son public, dans le sens où bon nombre d’améliorations sont directement issues des recommandations sur les forums officiels.

 

Notons d’abord que lors de la sortie de Supreme Ruler 2010, une petite communauté s’était rassemblée (j’y ai dans une très petite mesure participé) pour proposer une traduction française, adaptable à Supreme Ruler 2020 et opus suivant, traduction sinon parfaite, du moins convenable. L’un de nos avantages étant que l’un des développeurs est francophone.

Qu’est ce que Supreme Ruler ?

Si vous ne connaissez pas la série, Supreme Ruler est une simulation géopolitique qui vous place à la tête d’un état et pour lequel vous gérerez trois domaines : économique (ressources, taxes, dépenses sociales), scientifique (recherches, militaires ou sociétales), militaire (services secrets s’affrontant à coups de barbouzes, réserve nationale, ravitaillement, guerre) et diplomatique.

Supreme Ruler Cold War traite d’une période peu habituelle dans les jeux, cela dit, le choix parait cohérent quand on s’aperçoit que l’éditeur est Paradox Interactive. Comme vous le savez, ce studio édite déjà des jeux du même genre, mais sur des périodes différentes (chronologiquement on notera les futurs Magna Mundi et Crusader Kings 2, l’incomparable série Europa Universalis, mais aussi l’excellent Victoria 2, ou encore Hearts of Iron). Un vide ludique existait donc entre la Seconde Guerre mondiale et le 21éme siècle, vide que le thème de la Guerre Froide comble tout naturellement, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Le jeu présente la possibilité de jouer une campagne se voulant plausible mettant en scène les USA et l’URSS, puis offre un mode libre (bac à sable) ainsi qu’une demi-douzaine de scénarios tels la Guerre de Corée, ou une guerre thermo-nucléaire globale dans laquelle tous les pays sont jouables. Un mode multijoueurs est de la partie, mais seul le scénario de la Guerre Froide est jouable ainsi (16 participants maximum).

Partie économique

Supreme Ruler Cold War propose de gérer huit ressources élémentaires (eau, pétrole, etc.) et trois produits manufacturés (biens de consommation, industriels et militaires). À partir de ces ressources, tout est possible… Ou rien ! Le manque d’approvisionnement d’une de ces ressources causera une catastrophe en chaine sur votre politique économique à court et moyen terme si vous n’y avez pas fait attention.

Un exemple ? Vous démarrez dans les années 50 avec une population qui a tout à reconstruire, et surtout à vivre. Petit à petit, vous n’y faites pas vraiment attention, votre demande en électricité augmente. Quelques années plus tard avec l’explosion de vos recherches sur la consommation et la croissance de la population, vous devenez ou êtes en passe d’être déficitaire en approvisionnement électrique. Vous demandez alors à votre ministère de prendre en charge l’importation de plusieurs Mégawatts par mois. Premier problème, tandis qu’il y a quelques années la disponibilité de l’électricité à l’import était grande, celle-ci est à présent quasi introuvable à bon prix, tous les pays « riches » ayant les mêmes problèmes que vous. Sentant le roussi arriver, nous lançons donc un grand plan de construction de centrales à pétrole et à charbon.

Pour construire ces centrales, il vous faudra des milliers de tonnes de matériels industriels, mais la fabrication de ces biens industriels dépend en partie de votre approvisionnement en électricité, le rendement de production se voit diminué de près de 50 %. De manière concrète, cela signifie deux fois plus de temps pour construire les centrales. Vous décidez donc d’augmenter le prix de l’électricité afin que la population en consomme moins et laisse la plus grosse partie à vos industries. Nouveau problème… les élections arrivent, l’électricité étant chère, les produits de la TVA diminuent, la situation devient plutôt compliquée pour votre parti politique. Voilà un exemple typique tel que vous pourrez le vivre en jouant la France, à vous d’anticiper et prévoir, sagement et rationnellement.

Une des grandes nouveautés est la suppression du taux d’inflation qui était une horreur à gérer dans les titres précédents. Pour notre bonheur à tous, Battlegoat Studios l’a supprimé ! Mais pas d’inquiétude, Supreme Ruler Cold War nous offre tout de même la possibilité de déléguer à un ministère tous les pans de gestion de votre pays. Les développeurs ont eu le nez fin sur cela, car pour les économistes vous pourrez déléguer la partie militaire (incluant les guerres), et pour les adeptes de Risk, le jeu vous délestera du poids de gérer un ministère des Finances.

Évidemment, parler d’économie sans parler de taxes serait parler de wargames sans parler de la WW II. Vous pouvez gérer avec précision huit différentes taxes. Les PME, les chômeurs, les retraités, les hauts revenus, la TVA, tout est paramétrable, et a une influence sur le reste de l’économie. Faire crouler les entreprises sous les taxes diminuera la consommation du fait de la répercussion sur les prix pour les consommateurs. L’affectation de vos recettes est également paramétrable selon plusieurs schémas sociaux (retraites, allocations familiales, environnement, infrastructures, services régaliens, éducation, santé…). Comme toutes ces données sont interconnectées, je ne vous cache pas qu’avoir un peuple benêt ne vous favorisera pas dans la course à l’Homme sur la Lune.

La course à l’espace

Voilà l’une des nouveautés intéressantes de ce nouvel épisode, la capacité de votre pays à emmener un homme sur la Lune, capacité qui se traduit par une lutte acharnée entre la NASA et le RKA (Rosaviakosmos ou l’agence spatiale russe – je ne réécris pas le nom complet qui est imprononçable). Mais, avant d’en arriver là, vous devrez d’abord développer votre recherche théorique puis vos outils scientifiques (microscopes électroniques, transistors, etc.).

Une fois les premières étapes acquises, la construction d’une base de lancement sera alors impérative, puis l’envoi d’un premier satellite. Il va sans dire que ce sont des dizaines de milliards de dollars qui seront dépensés à cette fin. Quelle priorité donnerez-vous donc à cette course à l’espace composée de six étapes et qui retranscrit très bien le sentiment de compétition de l’époque ?

Le système DEFCON

Supreme Ruler Cold War voit également arriver une échelle DEFCON qui représente l’état de tension entre les deux Grands. Nous sommes un peu déçus de ne pas avoir le nôtre si l’on joue autre chose que les USA ou l’URSS, mais, croyez-moi, lorsque vous envoyez quelques troupes anglaises en Corée, pour soutenir le Sud, et que le niveau DEFCON augmente d’un cran avec la mobilisation des troupes soviétiques et chinoises aux frontières de la Corée du Nord, on se dit qu’il ne vaut mieux pas qu’un obus soit dévié par le vent.

Le stress est de mise, et on se régale à observer les deux blocs élever leur niveau d’alerte. Qui appuiera sur le bouton rouge en premier ? En sachant que le premier à commettre  l’irréparable se mettra évidemment toute la communauté internationale à dos.

Le système de blocs

Qui dit Guerre Froide dit forcément guerre des blocs. Le jeu représente cette opposition avec un indicateur des pays sous influence américaine ou soviétique. Dés qu’un pays change d’alignement (ou devient non aligné), un message vous en informe et modifie le rapport de force.

Il est très compliqué pour un pays tiers de faire varier l’alignement d’autres nations si vous n’êtes pas l’un des deux grands. C’est pour cela que cet indicateur sera l’un de vos principal défis pour la campagne, mais revêtira un aspect moindre en mode bac à sable/scénario. Vous vous doutez bien, par ailleurs, que ce sont surtout des pays mineurs qui modifieront cet indicateur de blocs, car je n’ai encore pas constaté des aberrations telles que la Grande-Bretagne ou la Belgique virant au rouge.

La recherche

L’aspect scientifique est certainement l’un des plus gros attraits de Supreme Ruler Cold War. En effet, l’arbre de recherche suit avec une grande précision le développement technologique d’après-guerre. Vous souhaitez créer un nouveau sous-marin nucléaire ? Très bien, d’abord, recherchez les technologies chimiques et moléculaires. Enchainez sur les brevets de réacteurs nucléaires militaires et civils, puis leur intégration dans le domaine naval, pour finir, enfin, par le développement d’un prototype de SNLE/SNA . Le plaisir est palpable lorsque l’on sent que notre pays a fait un bon lui ouvrant une nouvelle ère technologique. Bien entendu, la recherche ne s’intéresse pas seulement à l’aspect militaire, mais également au social via l’amélioration de la médecine, ou des infrastructures.

Cet aspect-là n’a pas fondamentalement changé vis-à-vis des opus précédents. Néanmoins, la quantité de nouvelles étapes scientifiques s’est nettement densifiée, un vrai travail d’analyse ayant été mené à ce niveau.

Partie militaire

La plupart des unités militaires de l’époque ayant été modélisées, il n’est pas rare de tomber, en 1950, sur des unités de cavalerie, par exemple en Afrique centrale, retraçant là le retard de certains pays sur les puissances occidentales. Lorsque vous êtes en guerre, la conquête de territoires se concrétise par l’avancée de votre frontière dans le territoire ennemi.

Ici, pas de région à prendre au sens strict du terme. Vous avez avancé de 200 km chez l’adversaire, ce territoire devient vôtre. La diversité des unités est réelle, et tandis que vous vous démenez pour approvisionner vos unités en carburant, il vous faudra aussi prendre en compte leurs nombreuses autres caractéristiques. Rien n’a été oublié dans les moyens militaires, et si vous menez à bien vos recherches, vous pourrez développer des portes-avions, des avions AWACS, des missiles balistiques, des sous-marins nucléaires, des chars d’assaut, de l’infanterie d’élite, des unités amphibies et autres bombardiers stratégiques. Certainement la partie la plus travaillée historiquement avec la recherche scientifique.

Mais où donc le bât blesse-t-il ?

Supreme Ruler Cold War séduira tous ceux qui aiment relever des défis et savourer la victoire au fil de longues et âpres batailles se jouant sur différents plans. En fait, le jeu n’est pas vraiment convivial dans le sens où le manuel est réduit à son strict minimum, et l’immense majorité des mécanismes vous resteront au début complètement inconnus. Comment savoir, en effet, que construire des voies ferrées coûte moins cher, mais est deux fois plus efficace que des routes, si ce n’est en visitant les forums officiels ?

L’arbre technologique n’est pas non plus présenté graphiquement. Ce qui rend l’orientation dans les branches de recherches relativement obscures. Bien entendu, la complexité des relations entre les recherches rend certainement la présentation compliquée, mais quelque chose de plus pratique serait le bienvenu.

Notons également quelques aberrations en termes économiques telle que la production de biens industriels. J’ai une fois complètement recouvert d’usines la distance Paris-Bruxelles. Cela m’a pris plusieurs années de jeu, pour finalement me retrouver toujours en défaut d’approvisionnement, de plus de 60 %. En sachant que cela est à la base de tout…

Battlegoat Studios a bien amélioré le rendu de la carte avec l’apparition de forêts, montagnes et autres. Les unités sont un peu plus belles que dans le précédent volet, ce qui correspond à l’annonce des développeurs. Mais, car il y a un mais, graphiquement cela reste clairement en deçà des standards actuels, particulièrement pour l’interface de jeu (les menus et autres).

Toutes mes critiques ne sont que cosmétiques finalement ? Oui et non, les graphismes influant hélas sur la jouabilité, le jeu y perd de son attrait pour tomber parfois dans les travers d’une simulation.

Carte européenne. En haut le systéme DEFCON, à droite, l’indicateur des Blocs.

Côte ouest des USA. Ces unités déployés représentent seulement une partie des effectifs.

Les étapes de la course à l’espace.

Carte indicatrice de l’influence des grands pays.

Reconquête de l’Ethiopie. Je suis bloqué aux portes de la capitale par manque de fuel.

Retrait des troupes françaises du Vietnam pour se renforcer sur l’Afrique.

Une petite partie des caractéristique d’une milice.

Voici à quoi ressemble la chaîne de ravitaillement en cas de guerre. La Grande-Bretagne n’aura pas de problèmes de fuel ou de munition !

Vous pouvez donnez le contrôle d’une guerre à votre général des armées.

Pour conclure

Supreme Ruler Cold War ravira les joueurs aimant l’économie des trente glorieuses, les wargamers adeptes d’authenticité historique, les apprentis-politiciens voulant refaire le monde. Mais pour le joueur occasionnel on ne peut honnêtement guère recommander le jeu tant la courbe d’apprentissage est compliquée, et le manque d’information sur certains mécanismes flagrant (NDLR : vous trouverez plusieurs vidéos faisant office de didacticiel sur la chaîne Youtube de Paradox). Un gros effort a été fait dans cette « suite », mais le potentiel et la marge de progression pour aboutir à quelque chose à la fois complexe mais facile à prendre à main est encore grand.

Si vous aviez apprécié les précédents volets, ce nouvel épisode de la série Supreme Ruler vous offrira un sympathique dépaysement géopolitique dans une période où le monde fût à deux doigts de basculer dans la troisième guerre mondiale.

  • Fidélité historique
  • Arbre de recherche
  • Planification stratégique des guerres
  • Énormément de facteurs imbriqués les uns les autres concernant l’économie
  • Une simulation ayant un potentiel et une rejouabilité très importante
  • Interface non conviviale
  • Manque d’informations sur certains domaines du jeu
  • Quelques aberrations dans l’économie, certainement corrigées dans le futur patch
  • Une gestion des mouvements des unités parfois compliquée
  • Manque d’un menu simple permettant de s’y retrouver dans les centaines d’unités et bâtiments en construction
  • Manque de graphiques pertinent pour analyser l’économie de son pays
Infos pratiques

Date de sortie : 20 juillet 2011

Studio – Éditeur : Battlegoat studios / Paradox Interactive.

Prix éditeur : 29,95 € (téléchargement).

Site officiel : www.supremerulercoldwar.com (fiche du jeu chez Paradox). Jeu en anglais. Une démo est disponible en téléchargement.

 

NDLR : article initialement paru sur Cyberstratège en 2011 ; depuis sa sortie le jeu a été patché, la dernière version étant la 7.2.1, qui inclue un nouveau scénario, Shadow of the Bear.

4 Commentaires

  1. Je peux me tromper mais je doute qu’une version de “Supreme ruler” soit sortie en 1982 sur IBM PC et sous MS-S DOS 1 ;) Si quelqu’un peut confirmer ou infirmer, ça m’intéresse ?

  2. “Comment savoir, en effet, que construire des voies ferrées coûte moins cher, mais est deux fois plus efficace que des routes…”.
    Il est évident que le programme d’E.E.L.V. a encore été mal vendu ces dernières années ;)

    Je chicote mais le test est plaisant et plutôt complet. Beau travail qui donne envie d’essayer ce jeu… j’imagine qu’il en existe une démo, tout en espérant que la documentation fournie, ainsi que le didacticiel, y seront plus informatifs que pour le volet précédent, même si ton opinion concernant le manuel du jeu me laisse peu d’espoir, malheureusement.

  3. Le TRS-80 (mon premier micro !) ne fonctionnait pas sous MS-DOS (pas encore inventé). Il fait partie de la génération des micros-ordinateurs pré – IBM-PC (antérieurs à 1981).
    Aucun souvenir cependant de Supreme Ruler, pourtant déja à l’époque dans ma cible ^^
    Mais bon, c’était l’année du bac, j’ai peut-être été plus raisonnable que dans mes souvenirs.^^

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