Alors que le wargame, genre souvent austère et inaccessible pour l’œil néophyte, continue de s’enrichir en titres toujours plus longs et complexes, je vais vous faire une confidence : je me suis pris d’affection pour les développeurs s’essayant à l’élégance de la simplicité, à condition toutefois que tactique et profondeur soient de la partie.

 

Ou Beginner Squad Leader, au choix

C’est sur ce terrain que s’est engagé Yobowargames en adaptant sur PC le wargame classique Valor & Victory (V&V) et mettant en avant l’accessibilité et la rapidité des parties de ce ASL allégé. Le discours est honnête et il est vrai que passé les premières minutes à tâtonner via le tutorial ou à lire le succinct manuel afin de connaître les rudiments, le joueur prend effectivement vite ses marques et peut endosser sans crainte son rôle de commandant Allemand, Britannique, Soviétique ou Américain à travers 19 scénarios tactiques pour Valor & Victory (se déroulant entre le 06 juin et le 30 août 44) et 14 pour le DLC Stalingrad (23 août 42 au 02 février 43) sorti ce 03 février.

La première chose qui frappe une fois en jeu est le travail sur le visuel. Rien d’exceptionnel en soi mais les graphismes comme l’interface sont agréables à l’œil, efficaces et adaptés au joueur novice qui ne se sentira pas submergé d’informations. Mention spéciale à la fenêtre de résultats, particulièrement soignée et compréhensible dès les premiers coups d’œil. Des options de personnalisation auraient été appréciables mais le portage est réussi et ne donne pas la sensation de simplement jouer à un jeu de plateau à travers un écran comme c’est souvent le cas avec les adaptations.

Valor & Victory
Le menu de sélection de scénario, avec briefing et OOBs. Ici, celui pour la campagne US.
Valor & Victory
A gauche la fenêtre de résultats, à la fois détaillée et simple à comprendre.
Valor & Victory
Un clic droit sur un regroupement d’unité permet d’afficher sa composition

 

Valor & Victory
La plus grande carte à ce jour. Vous avez 10 tours.

Le gameplay va quant à lui à l’essentiel. Je ne détaillerai pas ici les unités ainsi que leurs stats (un survol 2 minutes du manuel ici sur Steam suffit) mais plutôt le déroulement de la partie et les subtilités du titre.

Chaque tour est divisé en 2 séquences de 5 phases, une pour chaque camp, se déroulant ainsi :

  • La phase de commandement, utile pour regrouper/scinder une escouade, rallier (automatiquement) les troupes clouées, transférer une arme de support d’une troupe à une autre et faire appel aux armes de soutien hors carte.
  • La phase de tir, plus importante, dans laquelle on décidera de faire feu ou non avec nos unités. Si une unité fait usage de son arme, elle ne pourra pas se déplacer lors de la phase suivante.
  • La phase de mouvement, permettant donc de déplacer les unités n’ayant pas tiré. Mais attention, les troupes ennemies peuvent bénéficier d’attaques d’opportunité si une unité se déplace dans leur champ de vision et à portée de tir.
  • Vient ensuite la phase de tir défensif, pendant laquelle le camp ennemi peut tirer avec ses unités n’ayant pas attaqué lors de la phase précédente.
  • Puis la phase d’avancée et d’assaut permettant au joueur de déplacer toutes ses unités sans crainte de représailles d’une case, ou d’attaquer un ennemi situé sur une case adjacente.

La première phase, à l’intérêt limité, ne servira qu’occasionnellement car les parties sont courtes (5 à 6 tours pour la plupart des scénarios, 7 ou 8 pour les autres et 10 pour le plus grand scénario du DLC Stalingrad qui se joue sur une carte de 37×26 hexagones).

Lors des étapes suivantes, la majorité du temps de jeu sera consacrée à l’analyse des lignes de vue ennemies afin d’y déceler une brèche dans laquelle s’engouffrer, puis d’activer les potentiels tirs d’opportunité ennemis -en se lançant par exemple avec 1 ou 2 unités faibles qui feront office de lapins-. Il vous restera ensuite à cliquer sur votre case cible afin de l’attaquer ou de vous y déplacer.

Si la base est bonne et le pari de l’accessibilité réussi, je reproche toutefois à V&V diverses lacunes pouvant rendre, selon vos exigences, l’expérience agaçante sinon pénible.
La première est qu’à vouloir trop simplifier le jeu, il en devient flou et ne fournit pas au joueur les informations nécessaires à l’établissement d’une bonne tactique. A titre d’exemple, il n’est pas possible de connaître les probabilités de réussite d’un tir ou de pointer le curseur de la souris sur une case -sauf lors d’une attaque- afin de connaître les caractéristiques de celle-ci (comme le degré de protection ou son effet sur la ligne de tir). Ce ne serait pas un problème si le jeu utilisait une charte graphique facilement reconnaissable mais ce n’est pas toujours le cas et on avance partiellement à l’aveugle avec parfois la surprise de ne pas avoir les bonus de défense ou la ligne de tir espérés. Il manque aussi l’indication de notre score, information pourtant primordiale en mode élimination dans lequel notre pourcentage de pertes influe sur les conditions de victoire. De manière générale, une option pour avoir quelques statistiques aurait été la bienvenue afin de satisfaire un public plus exigeant sans pour autant dénaturer l’esprit du titre.

Nous avions émis des craintes lors de notre aperçu quant à l’équilibre du jeu et force est de constater que le hasard, à travers les jets de dés, occupe toujours une place prépondérante au point de décrédibiliser parfois la situation. Lors d’une partie, alors que mon regroupement d’une 60aine d’unités appuyé par 2 tanks peine à déloger depuis 3 tours une escouade ennemie d’une dizaine de soldats, un pauvre chef d’équipe isolé parvient à clouer un blindé par la force de son pistolet puis à décimer le groupe ennemi.

Le système de tirs d’opportunités est lui aussi dicté par la chance. Si un soldat se déplace pendant la phase de mouvement à portée de tir d’un autre, c’est l’ordinateur qui décide aléatoirement et à chaque case si un tir d’opportunité a lieu. Ce système pratique pour rendre les parties en PBEM moins fastidieuses laisse toutefois sa part de frustration lorsque les troupes ennemies traversent paisiblement la plaine sous le regard hébété de votre mitrailleur posté stratégiquement.

Ces deux mécaniques couplées au faible nombre de tours et à la taille modeste de la majorité des cartes nous laissent sur certains scénarios la sensation de chercher à résoudre un puzzle dans lequel la victoire n’est pas toujours à portée et où la meilleure solution ne suivra pas forcément une logique de tactique militaire. Il est d’ailleurs parfois difficile de savoir si notre victoire est la conséquence d’une bataille rondement menée, d’une tactique réfléchie ou le simple fruit du hasard.

Certains points du jeu me laissent aussi perplexes, comme le fait de voir son escouade mourir si on la déplace sur un regroupement déjà complet (quatre unités).

On est prévenu par un léger code couleur qu’il ne faut pas le faire mais cette solution me paraît quelque peu brutale, non justifiée et un clic de travers sera cher payé vu le faible nombre d’unités en notre possession.

Malgré ces critiques le jeu n’est en soi pas désagréable et pour peu que l’on accepte que les Dieux des dés possèdent un double des clés de la victoire, on se laisse porter par le rythme des parties, fluides et au potentiel addictif élevé. Sur les scénarios plus ouverts tactiquement parlant, le facteur aléatoire se résorbe légèrement et le jeu devient même particulièrement sympathique. Jouable en solo face à une IA basique mais « qui fait le travail », il est aussi possible d’affronter amis et inconnus en ligne grâce au mode PBEM.
Le DLC Stalingrad apporte quant à lui son lot de nouveautés : collines et ravins permettant dorénavant de contourner l’ennemi, mais aussi artillerie hors carte, lance-flammes, snipers, mines et mortier. Ajouté à cela une campagne d’une qualité remarquable, il est selon moi indispensable tant il apporte en contenu et relève l’intérêt du jeu pour un prix convenable.
V&V évolue dans le bon sens et laisse espérer un titre plus riche et exigeant si Yobowargames réussit à assurer un suivi sur la durée. Un mode ASL complexifiant le titre est d’ailleurs prévu prochainement et pourrait être le coup de marteau manquant pour enfoncer le clou de la réussite.

Bonus appréciable, un éditeur de niveau intégré au jeu est disponible et vous permet avec une facilité déconcertante de concevoir vos propres scénarios. Là encore, posséder le DLC ajoute le contenu de ce dernier et vous offre par conséquent davantage de choix.

 

Valor & Victory
En orange le champ de vision du groupe Allemand en 1ère ligne sous les ordres de Lehmann.
Valor & Victory
Dans ce genre de situation, l’impossibilité de connaître les caractéristiques de chaque case manque cruellement.
Petit jeu. Combien de points de malus mon T34 aura-t-il en attaquant ces 2 groupes allemands ? Impossible de le savoir avec précision avant d’être positionné et d’être en phase d’attaque.
Valor & Victory
Réponse 1.
Valor & Victory
Réponse 2.

Pour plus d’informations sur le récent DLC Valor & Victory: Stalingrad, voyez cette page chez Matrix Games et cette page sur Steam. Concernant le jeu de base voyez par ici sur Steam et par là chez l’éditeur. Ainsi que notre aperçu. A noter que le troisième numéro de The Digital Wargamer paru l’été dernier propose aussi, gratuitement, différentes informations sur le jeu et ses scénarios.

Notes

Multimédia
70 %
Interface
70 %
Gameplay
55 %

En conclusion

Multimédia : rien d'exceptionnel, mais les graphismes comme l’interface sont agréables à l’œil.
Interface : efficace et adaptée au joueur novice qui ne se sentira pas submergé d’informations.
Gameplay : c'est toute la force et la faiblesse de ce jeu. Sa simplicité voulue, et donc la rapidité à jouer plairont à certains, mais pas du tout à d'autres. La formule du jeu en fait par exemple un bon jeu d'initiation. Pondérez cette note selon vos attentes pour un wargame tactique.

Pour une personne cherchant un wargame « beer & pretzels » ou souhaitant s’initier au genre en douceur, Valor & Victory, grâce à son accessibilité, son visuel agréable et la fluidité de ses parties est un candidat de choix. Il lui manque en revanche à ce jour la profondeur tactique nécessaire pour toucher un public plus averti ou exigeant qui risque de lui préférer son concurrent direct Lock’n Load Tactical, la série des Squad Battles ou les autres wargames tactiques pensés pour le PC.
<b>Multimédia</b> : rien d'exceptionnel, mais les graphismes comme l’interface sont agréables à l’œil.<br /> <b>Interface</b> : efficace et adaptée au joueur novice qui ne se sentira pas submergé d’informations.<br /> <b>Gameplay</b> : c'est toute la force et la faiblesse de ce jeu. Sa simplicité voulue, et donc la rapidité à jouer plairont à certains, mais pas du tout à d'autres. La formule du jeu en fait par exemple un bon jeu d'initiation. Pondérez cette note selon vos attentes pour un wargame tactique.<br /><br /> Pour une personne cherchant un wargame « beer & pretzels » ou souhaitant s’initier au genre en douceur, Valor & Victory, grâce à son accessibilité, son visuel agréable et la fluidité de ses parties est un candidat de choix. Il lui manque en revanche à ce jour la profondeur tactique nécessaire pour toucher un public plus averti ou exigeant qui risque de lui préférer son concurrent direct Lock’n Load Tactical, la série des Squad Battles ou les autres wargames tactiques pensés pour le PC.Valor & Victory : Advanced Squad Lighter...