Rappelez-vous, nous avions présenté le très original Afghanistan ’11 dans nos colonnes en mars dernier. Le jeu, développé par Every single soldier et édité par Slitherine, sorti le 23 du mois en question, propose une modélisation de l’intervention de la coalition en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001.
Couvrant plusieurs années malgré son nom qui rappelle surtout le début de l’intervention, il est vu essentiellement du point de vue américain pour le moment. Le tout s’inspire du moteur de Vietnam ’65 (voir notre test) et propose de nombreux traits intéressants.
Après plusieurs mises à jour, voyons où nous en sommes dans ce titre qui promet de belles déclinaisons pour d’autres conflits encore peu traités, car le système de jeu est prometteur.
D’ailleurs le concepteur du jeu, Johan Nagel, réfléchirait déjà sérieusement à un nouveau jeu prenant pour thème l’Angola, mais aussi à des variantes explorant l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS dans les années 80. Ou encore par la suite, un retour sur le thème du Vietnam.
Le thème des guerres contre-insurrectionnelles devenant presque aussi vaste que celui des guerres traditionnelles, on entrevoit bien les nombreuses suites que pourraient avoir cette série.
Dont ce nouveau volet va dans un premier temps continuer de s’étoffer via des patchs améliorant le gameplay, et probablement plusieurs DLC venant varier les situations et les protagonistes.



Rappel des faits
Il n’est pas inutile de rappeler à quoi nous avons affaire : un wargame sur la guerre en Afghanistan… Mais pas que. En effet, le jeu se propose de modéliser le concept de « gagner les cœurs et les esprits » dont j’avais parlé lors de ma présentation du titre et à laquelle je vous renvoie. Il va donc s’agir, au-delà des combats contre les Talibans, se faire accepter et apprécier des populations locales pour pouvoir l’emporter.
C’est-à-dire visiter les villages, construire des infrastructures, distribuer des rations de l’ONU, vaincre les milices ennemies qui sèment le trouble et, en parallèle, gérer la situation politique du pays. En les aidant, on fait monter son score de « hearts and minds » symbolisé par un cœur, et on reçoit de l’aide, comme l’emplacement de milices ennemies.
Le but final est de se retirer d’un pays déjà plus pacifié et de laisser la main aux forces afghanes gouvernementales qu’on aura entraînées. En fin de jeu elles prennent le relais, pour une nouvelle phase de gameplay assez ardue d’ailleurs. Le point est assez rare pour qu’on le cite.
Pour ce faire on dispose bien d’unités, qu’on déplace et fait agir au tour par tour, comme dans un wargame traditionnel. Outre l’infanterie et sa version améliorée de forces spéciales, on peut utiliser un nombre important de véhicules à la fois de combat, de déplacement et de construction. Là réside un point essentiel du jeu dont on parle : la gestion des routes et des véhicules est primordiale.
Ce sont eux qui transportent les fantassins sur de longues distances et les amènent à portée de l’ennemi, qui reste rarement sur les grands axes et disparaît vite. Ils permettent de construire routes, ponts et bases et surtout de ravitailler. On parle d’un pays très montagneux et accidenté, et aussi très vaste. Sans gestion, sans support, les unités perdent vite tous leurs moyens offensifs et défensifs et s’assurer d’une noria de camions de ravitaillement vers les bases avancées que vous aurez construites et remplies de garnisons suffisantes va être essentiel.
Heureusement, nous incarnons pour la plupart du temps une armée qui a d’importants moyens, même s’il faut les gérer avec rigueur. Cela veut dire que l’on peut faire appel à des drones pour repérer l’ennemi, larguer du ravitaillement par air, et aussi demander un bombardement par F16. Extrêmement pratique pour détruire des adversaires indiqués en pleine montagne par d’obligeants villageois et autrement difficilement accessibles.
Nous disposons donc de troupes de qualité et d’un bon matériel. Toutefois, s’il est abondant, il est aussi facilement détruit : mines, camion isolé attaqué, fantassins mal ravitaillés et bloqués au milieu de nulle part… Surtout que toutes les actions coûtent des points politiques, autre valeur du jeu, qui ne sont pas si facilement gagnables que cela : il faut détruire des unités ennemies, des plantations d’opium qui financent le terrorisme (autre point original), construire des routes, des châteaux d’eau, ces derniers pouvant être sabotés (mais pas détruits) par l’ennemi, il faudra alors renvoyer des ingénieurs pour effectuer les réparations. En espérant qu’ils ne tombent pas dans une embuscade !
Enfin, l’on est aussi tributaire de la pression médiatique internationale, des évènements qui surviennent ailleurs dans le pays, dont nous sommes informés via des unes de journaux.
Nous sommes donc en face d’un jeu au contenu dense et qui va au-delà du « simple combat » : on ne s’y ennuie pas. Il offre une expérience différente de ce à quoi on a l’habitude de jouer. C’est particulièrement vrai pour le thème retenu, très récent et qui change des sempiternelles productions consacrées au 6 juin 1944 ou à Stalingrad. Bien sûr, on peut ne pas du tout aimer et, auquel cas, cela peut constituer un frein. Ce serait toutefois dommage de ne pas s’y frotter, surtout qu’Afghanisan ’11 est bien modélisé, plutôt joli à regarder et fluide, bien qu’il ne soit pas disponible en français.
Ressenti après les récentes mises à jour
Or, le jeu se bonifie avec le temps. L’équipe le suit régulièrement et le met à jour depuis sa sortie, bien que tout ne soit pas encore clarifié, comme je l’évoquerai plus bas. Tout de même, bon nombre de bugs ont été résolus et le contenu s’est progressivement étoffé, incluant notamment des escarmouches paramétrables (nombreux critères, comme la difficulté, les points disponibles…) qui n’étaient pas encore disponibles au lancement.
On en ressort avec le sentiment d’un vrai potentiel de plus en plus exprimé, le tout avec un moteur de jeu que l’on sent déclinable à d’autres époques, ce qui est une probabilité très forte pour l’avenir. Le titre est sur la bonne voie et, je vais l’évoquer juste après, tout sauf hermétique et impossible d’accès.
Un point qu’il faut maintenant impérativement aborder est que le jeu est à la fois simple et complexe. Qu’est-ce à dire ? Et bien que, d’une part, on le prend facilement en main : les mécanismes de jeu sont clairs et bien expliqués, on s’y retrouve vite dans les unités mises à notre disposition et un résumé des différentes situations est proposé tous les tours, ce qui permet de s’y retrouve facilement. On peut très vite identifier les problèmes et envisager des solutions pour les résoudre.
Toutefois, d’autre part, il faut être minutieux, très minutieux. En effet le gameplay est lent et peut paraître très (trop ?) répétitif : il faut veiller constamment à l’approvisionnement des troupes, car les rations, munitions et le carburant descendent très vite. Cela peut devenir un casse-tête quand on est trop loin des routes et que l’on a mal organisé sa chaîne de ravitaillement.
Sans parler du déminage des axes de communication, qui est à la longue casse-pied il faut bien l’avouer. Pourtant il est indispensable et le négliger conduit à des catastrophes en termes de gestion des véhicules, sans lesquels on ne peut rien faire dans le jeu, vu l’environnement auquel on est confronté. On peut donc être lassé de la micro-gestion à force. Malgré cela on notera une volonté évidente d’en faire un jeu à la prise en main aisée, soit une bonne introduction dans le milieu du wargame.
De plus, après le dernier patch 1.0.9 du 6 juin dernier, les développeurs ont prévu une suite au contenu important, comme annoncé dans la notice Steam consacrée à celui-ci : « nous avons de très gros plans pour le futur, alors restez connectés », affirment-ils. On sait que ces projets concernent notamment l’ajout d’autres nations comme les Britanniques. C’est un point remarquable car ils ont été un des piliers de la coalition sur place.
Espérons que les développeurs poursuivent dans cette voie et proposent par exemple d’incarner des unités françaises, qui n’ont pas démérité en Afghanistan non plus. En théorie un autre DLC pourrait être lui consacré aux forces de l’ISAF, auquel cas plusieurs autres pays, dont la France, devrait rejoindre la partie. Et sinon un autre DLC devrait lui faire la part belle au corps des Marines américains.








Date de sortie : 23 mars 2017. Studio / éditeur : Matrix – Slitherine / Every Single Soldier.
A noter que le prochain patch 1.10 devrait entre diminuer l’aspect micro-gestion par l’ajout d’un système pour gérer les convois.
A lire également notre article Afghanistan ’11 : AAR Battle of Lashkar Gah, première et seconde partie. Ou encore la traduction de cet interview.
Liens : fiche chez Slitherine ; fiche sur Steam ; fiche sur le site du studio.
Points positifs et négatifs
- Thème très original.
- Facile d’accès.
- Contenu conséquent, bon rapport qualité / prix.
- Moteur prometteur et jeu suivi par ses développeurs.
- Pas de traduction française pour le moment.
- Beaucoup de micro-gestion (ravitaillement…).
- Pas de mode multijoueurs (mais l’IA se débrouille bien)

