L’actualité autour de la licence Elemental – Fallen enchantress a connu, ces dernières semaines, une effervescence peu ordinaire pour ce titre dont le parcours suit une courbe en pente douce vers un succès d’estime bien venu pour son éditeur Stardock Games depuis l’échec cuisant de War of Magic. En l’espace de quelques jours, les amateurs de ce 4X d’Heroic Fantasy auront en effet pu voir leur jeu préféré bénéficier successivement de deux DLCs, respectivement intitulés Map pack et Quest pack, faisant eux-mêmes suite à une extension stand alone, Legendary Heroes. Pour compléter tout cela, un patch 1.31 vint ensuite faire bonne mesure ! Concernant les deux DLCs on appréciera le fait qu’ils puissent être inclus dans le jeu de base, tout comme l’extension payante pouvant être récupérée sous la forme d’une mise à niveau pour Fallen Enchantress. Le patch quant à lui s’applique tout ce qu’il y a de plus traditionnellement. Tout cela représente du contenu dont la nature variée mérite qu’on lui consacre quelques lignes supplémentaires.

Plutôt qu’une liste ordonnée des choses contenues dans ces quelques quatre gigaoctets de données, dont l’essentiel est constitué par l’extension Legendary Heroes, déjà traitée dans un précédent article, vous aurez ici droit à quelques points significatifs (subjectivement) brossant un tableau aussi général que possible. Remarquez que certains des problèmes rencontrés sont cependant plus spécifiques de l’extension mais étant donné que l’ensemble s’avère indissociable, ils ont été répertoriés ici. Ainsi un joueur possédant le jeu de base mais ne désirant pas y inclure Legendary Heroes et les DLCs suivants saura à quoi s’attendre, en bien ou en mal. Vous l’aurez compris, comme toujours hélas, l’extension et tout le nouveau contenu, s’il apporte des points d’intérêt non négligeables, introduit également son lot de bugs et d’inconvénients.

En guise de première touche, j’ai malheureusement pu noter des âneries (faute d’un terme plus approprié…) du style : un Pioneer utilisant le raccourci clavier (B) supposé permettre la création d’un poste avancé (Outpost), renvoie un message d’erreur relatif à l’établissement d’un nouveau village ! Toujours en ce qui concerne les raccourcis clavier, le fait de passer en revue les unités amies disponibles, avec la touche U, présente dorénavant un bug ennuyeux : il inclut inopportunément certaines troupes placées en mode Guard, par exemple dans un avant-poste. C’est à la longue extrêmement pénible. Ces détails stupides continuent de parsemer un jeu autrement fort agréable.

Problème dans les actions diplomatiques, le fait de proposer de l’argent (Gildars) en échange d’un accord, augmente automatiquement, dans certains cas, la somme initialement demandée, rendant toute transaction impossible. Par ailleurs, on remarquera qu’une faction déjà en guerre avec un adversaire et à laquelle on propose justement de déclarer son hostilité envers ladite faction, se comportera comme si de rien n’était, acceptant jovialement de se conformer à notre demande. Il serait plus logique de recevoir une réponse en accord avec la situation effective, sous forme par exemple d’un message stipulant l’état actuel des deux belligérants.

Encore une fois, ce ne sont là que ce qui peut apparaître, vu de l’extérieur, que comme des détails insignifiants mais dans le cours du jeu, ces broutilles finissent par agacer par leur multiplicité et le fait qu’elles dénotent d’un manque d’attention de la part des développeurs.

Certains points intéressants sont à porter au crédit du patch. Parmi ceux-ci on peut citer le comportement amélioré des créatures indépendantes affiliés aux monstres et autres abominations. Au lieu de se contenter de stationner stupidement dans leur tanière ou d’attaquer aveuglément tout ce qui passerait à portée de griffes, ces charmantes bestioles adoptent désormais un comportement plus cohérent, en fonction de leur nature et de leur environnement. Aussi, les champions possédant le trait Stealth auront toujours le loisir de côtoyer impunément ces monstruosités mais ils ne seront plus les seuls !

Certains objets permettent dorénavant de mâter certaines créatures maléfiques et cela fera même l’objet de nouvelles quêtes originales décomposées en plusieurs étapes à compléter. D’autre part, les créatures indépendantes peuvent maintenant quitter ou délaisser momentanément leur repaire, pour effectuer ce qui s’apparente à des sorties de chasse, empiétant parfois négligemment sur les terres de votre souverain ou attaquant une unité faible imprudente. Sur ce dernier point, on note avec satisfaction que leur discernement semble avoir évolué substantiellement. Ce qui apparaît ici donne l’impression de comportements plus naturels, presque intelligents. Il ne s’agit cependant que d’algorithmes différemment programmés mais l’illusion est intéressante et le résultat plaisant à jouer.

Pour rester plus spécifiquement dans le cadre de l’évaluation du DLC Map pack, on peut déjà commencer par porter une critique concernant justement la présentation des cartes dans le jeu. Plus précisément l’aspect des cartes tactiques ou arènes de combat. C’est en effet un élément de chaque partie sur lequel le joueur sera amené à passer un temps non négligeable, même si cela ne constitue pas l’essentiel du jeu.

Cette présentation ayant bénéficié, depuis quelques patchs, d’améliorations tendant à augmenter notamment la diversité topographique, on remarque cependant avec consternation que la lisibilité générale ne subit pas d’avancées dans le bon sens. Il est par exemple devenu, avec l’arrivée de nouveaux terrains enneigés ou désertiques, pratiquement impossible de distinguer les emplacements qu’une unité, amie ou ennemi, sera à même d’atteindre. Cette ergonomie basique défaillante constitue un problème parfois, pour ne pas dire souvent, insurmontable et pénalisant au possible.

Après avoir joué de longues parties, respectivement sur les cartes Clash (classée petite) Wildlands (classée Grande) et sur Crucible (classée Médium), je peux dire que ce DLC Map pack semble de qualité. Les cartes sont sensiblement différentes de celles générées aléatoirement par le programme et leur valeur tactique en est renforcée. Seul bémol, l’intérêt de ces cartes paraît intimement lié aux options choisies par le joueur en début de partie, surtout concernant les monstres errants.

En optant pour des créatures puissantes, associés à des factions adverses réglées au niveau Challenging, on se retrouve parfois rapidement dans une situation pouvant devenir inextricable. Cela semble particulièrement vrai sur les cartes de taille réduite comme Crucible, avec des goulots d’étranglement tenus par des armées de monstres vraiment coriaces pour la faction encore en phase de développement. Ajoutez à ce cocktail un rythme de recherche positionné sur Epic et vous voilà paré pour affronter l’enfer !

L’avantage de tout cela étant qu’en maîtrisant les options, en fonction de la taille de la carte, on peut peaufiner aux petits oignons des parties d’une difficulté finement adaptée à son style de jeu. Certes, comme la documentation vous laisse dans le flou pour une foule de paramètres, surtout concernant ces nouvelles cartes, il faudra beaucoup de patience et un sens prononcé de l’analyse pour parvenir à garder ces éléments sous contrôle mais cette méthode empirique a fait ses preuves. Les joueurs passionnés et assidus en conviendront. Pour les autres, pratiquants occasionnels, la soupe sera plus dure à avaler et il faudra qu’ils se contentent d’avis comme le mien pour rester dans les clous. Les options par défaut seront alors un gage de bon goût pour éviter la prise de tête.

Parlons un peu du second DLC intitulé justement Quest pack. S’il ajoute effectivement de nouvelles quêtes, relativement intéressantes dans leur structure et contenu, on déplorera cependant la manière dont elles sont globalement implémentées dans le jeu. En effet, au cours de mes trois premières parties j’ai eu la désagréable surprise de constater qu’elles surviennent toutes dans un ordre peu ou prou identique et surtout, qu’elles sont toujours les mêmes, quelle que soit la carte choisie ! Entre la quête d’Ascian, la panthère démoniaque de Lady Umber, et le Temple of Delights, on retrouve toujours le même déroulement dans les parties, avec tout au plus quelques quêtes plus classiques mais peu novatrices.

Dans l’ensemble on peut considérer ce pack de quêtes supplémentaires comme un rafraîchissement passager qui, malheureusement, ne remplacera pas longtemps un véritable scénario ou une campagne additionnelle. Disons que pour son prix c’est limite.

La diplomatie est toujours aussi insipide, voire ridicule ; bien que supérieure à ce qu’elle était dans Civilization 4, par exemple. Une faction n’hésitera pas à déclarer la guerre, après que vous ayez effectué une transaction commerciale profitable avec elle… Les actions hors scripts n’ont aucune incidence sur les attitudes respectives. Il faudra donc énormément d’imagination, une grande patience et une bonne dose de tolérance, pour supporter les divagations de l’IA dans ce domaine. Cette partie bien qu’améliorée, aux dires de Stardock, demeure le parent pauvre du jeu.

La stabilité est globalement correcte, ce qui ne veut pas dire qu’on soit à l’abri de ce genre de problèmes…

…ni même de ceux-ci !

Les événements aléatoires sont plus nombreux ; certains proposent des choix multiples parfois délicats en fonction de la situation du moment. Toutefois la tendance reste à une certaine uniformité, nuisible lors de parties répétées.

De nouveaux graphismes et de nouvelles bestioles agrémentent les cartes de ce pack.

Vue parcellaire de l’une des cartes grand format. Loin d’être inintéressantes, elles s’avèrent cependant moins subtiles, tactiquement, que leurs contreparties de petite et moyenne taille.

Le nombre d’heures de jeu nécessaire pour véritablement faire le tour, au propre comme au figuré, de toutes les nouvelles cartes est proprement hallucinant ! Mais l’intérêt y étant…

Certains personnages offrent des profils qui demanderaient à être exploités autrement qu’au travers de jolis graphismes. Ce sorcier maléfique est une invitation à la quête mais en réalité, son rôle se limitera à celui de casse-pieds détruisant vos infrastructures isolées. L’imagination du joueur pourra cependant lui donner un peu plus de consistance.

Détail partiel de Crucible, l’une des cartes très réussie du Map Pack. Contrôler la partie centrale sera l’objectif principal. La difficulté variant largement selon les choix d’options initiaux.

Les conditions de victoire sont inchangées mais dans l’ensemble un peu plus accessibles, en raison d’un équilibrage général plus souple pour le joueur moyen.

Le tarif d’accès aux nouveaux contenus, sans être prohibitif n’en est pas moins élevé si l’on considère les sommes dépensées initialement. À l’heure du choix final cela représentera certainement un aspect non négligeable, à juste titre, pour certains.

 

Alors que le jeu est en Bêta test depuis plus d’un an, la quantité de bugs encore présents est absolument incroyable. Comment cela est-il possible ? L’explication réside partiellement, sans aucuns doutes, dans le long message posté récemment sur le site de Legendary Heroes par Derek Paxton. Il explique, après avoir copieusement fait pleurer Jeannette en jouant sur la corde sensible, genre « nous sommes totalement impliqués et dévoués à l’évolution de la licence, tout autant qu’au bénéfice des joueurs/clients », que le développement fut un long parcours du combattant et qu’il continue tant bien que mal, à la manière d’un patchwork insensé. Que Stardock soit dévoué corps et âme à l’amélioration de ses jeux, on le croit bien volontiers mais lorsque Derek parle de milliers de bugs éradiqués jusqu’alors, cela nous laisse songeur au regard de l’état actuel du logiciel.

Certes, Legendary Heroes tourne relativement bien, eu égard au fait qu’il s’agit d’un jeu nécessitant une patience immense de la part de ses joueurs (la partie que j’ai actuellement en cours m’indique une issue après plus de 2000 tours !). Il n’en demeure pas moins que les plantages sont encore bien présents et surtout imprévisibles, tout autant que les bugs concernant des éléments de gameplay divers et variés. Pour ma part, peut-être suis-je trop exigeant mais je trouve cela inadmissible après douze mois d’exploitation intensive.

J’admets volontiers que les moyens à la disposition de Firaxis ou Activision sont supérieurs à ceux de Stardock mais tout de même, l’état d’un Civilization, quel que soit sa version, ou d’un Call to Power, après les mêmes délais d’exploitation n’a jamais été comparable. Vous avez des difficultés Mr Stardock ? Même un béotien peut le comprendre et l’admettre mais de grâce, ne prenez pas vos clients pour des idiots et dites-leurs les choses comme elles sont. Seuls ceux qui ne font rien de concret ou se croient -à tort- supérieurs aux autres, vous jetterons la première pierre. Autant la politique commerciale de ce studio est digne de respect, autant ces tentatives de dialogue dénuées de sincérité, sur le fond, le sont peu.

Acheter l’extension et patcher le jeu de base, là est au final, la question. Si vous possédez Fallen Enchantress reportez-vous aux tests afin de vous forger une opinion personnelle. Si en revanche vous hésitez actuellement avant un achat éventuel, cette extension stand alone mérite la dépense en ce cas mais en ce cas uniquement ! Si vous pouvez bénéficier de la réduction applicable aux bêta-testeurs, le choix est plus difficile car la somme demandée, bien qu’encore élevée selon moi, peut s’avérer négligeable selon votre budget.

Concernant ces deux DLCs, il semble certain que celui consacré aux cartes additionnelles représente un meilleur investissement. Le contenu, bien que dispensable en lui-même, apporte indéniablement de meilleures possibilités ludiques comparé à son pendant dévolu aux nouvelles quêtes. Ce dernier ne représente un intérêt que si votre budget est peu limité ou votre implication personnelle dans l’univers  d’Elemental supérieur à la moyenne.

Quoi qu’il en soit et malgré ses défauts, cette série demeure la seule proposant un gameplay aussi riche et abordable au plus grand nombre, en attendant les sorties prochaines de Age of Wonders 3 et Dominions 4, deux concurrents autrement pourvus en arguments lourds.

Petite astuce manifestement peu évidente pour certains joueurs, l’icône ? située en haut à droite d’une fenêtre permet de voir les caractéristiques détaillées d’un objet, sans passer par l’inventaire du personnage. Utile lorsque le descriptif n’indique en rien ces valeurs, comme ici.

Cette quête nécessite de compléter une étape préalable ; posséder le collier d’améthyste permettant de pacifier la panthère et ainsi de l’inclure dans votre armée. Notez que cette possibilité s’applique également à toute entité de nature identique (Twisted, en l’occurrence !)

Infos pratiques

Legendary Heroes est une extension stand alone, qui ne nécessite pas Fallen Enchantress pour fonctionner.

10 Commentaires

  1. Il est en promo sur Steam pour l’instant (-66%)… à ce prix, je crois que je vais le tester !

    Dommage que suite aux lectures des tests et articles, on hésite à acheter ce jeu qui aurait dû être excellent dès sa sortie.

    • Oui, ça fait partie de mon boulot de vous mettre en garde et vous donner une idée de l’état du jeu. Certes, certains seront d’un avis différent après y avoir joué, plus réservés sur les qualités ou défauts de ce titre mais c’est le but de l’opération. On a beau essayer de se montrer aussi objectif et impartial que possible, la personnalité propre à chaque titre, voire aux développeurs/éditeurs influe -entre autres- sur la perception des choses. C’est pourquoi il revient au lecteur de faire sa propre synthèse, après avoir consulté plusieurs sources, si possible.
      À petit prix c’est vraiment une excellente affaire ! Bien sûr, le jeu à des problèmes et peu de joueurs seront assez passionnés pour le considérer comme l’un de leurs meilleurs achats mais globalement c’est un titre qui mérite qu’on s’y intéresse. Selon votre état d’esprit et votre tolérance à certains agacements, selon votre état de manque pour ce type de jeux aussi… il représente éventuellement un achat qu’il serait dommage de négliger lors d’une telle promo.

      • Ma remarque ne concernait pas directement ton article. Au contraire, j’apprécie ce souci que tu as d’informer en profondeur en donnant les points positifs et négatifs suite à ton expérience ludique. Mais comme tu le dis, j’ai fouiné un peu partout sur le net et finalement, je constate que tous les articles mentionnent des points négatifs qui peuvent freiner l’achat tout en louant le potentiel du jeu. C’est ce paradoxe que je voulais mettre en évidence. Merci encore pour ces tests !

        • J’apprécie ces remarques et bien que n’ayant pas lu d’autres tests au sujet de ce jeu, j’avoue ne pas être surpris de ce que tu dis. Il est certain que les bugs et autres problèmes de gameplay peuvent représenter un frein à l’envie d’acheter ce titre mais il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’un 4X ambitieux. Cela n’excuse pas certains aspects de la réalisation qui, comme je le disais dans le test, sont inadmissibles si on les considère par rapport à d’autres jeux référence dans le domaine mais l’ampleur du développement peu remettre tout cela en perspective. Ce qu’il faut considérer aussi, au final, c’est le fait que ce jeu, malgré ses défauts et faiblesses, s’avère être une expérience ludique plutôt agréable. Et puis, comme l’annonce R.P.S. ce matin, “Age of wonders 3” est repoussé jusqu’en 2014, alors… ;)

  2. Merci pour ces deux tests de legendary heroes, ils paraissent complets et cet article sur l’état du jeu patché est vraiment indispensable vu son état actuel.
    Je vais quand même tenter l’expérience de ce 4x, après on verra bien ce que ça vaut.
    Encore merci monsieur David.

  3. Hop, dans la besace suite à la promo sur Steam, le jeu de base post patch étais fort sympathique et je suis sur que si Stardock continu son suivi on aura un tres bon 4x au final (jeu qui reviens vraiment à la mode coté fantasy avec Warlock Master of the Arcane, Fallen Enchanteress, Age of Wonders 3, etc..

    • Au final ?
      C’est exactement l’idée que je me faisais de ce jeu, il y a un peu plus d’un an ! La version “finale” est celle avec laquelle on peut jouer aujourd’hui et si Stardock continuera probablement à la patcher, voire à y ajouter des extensions et autres DLCs, je doute fortement que le fond du jeu subisse encore de lourdes évolutions ou des changements profonds susceptibles de le transformer en ce qu’il ne serait pas déjà. C’est un bon 4X ! Pas aussi bon que j’aurais pu l’espérer l’an dernier alors qu’il n’était encore qu’en phase de finition mais ça n’enlève rien au fait que le jeu est bon… malgré des défauts qui auraient dû être gommés. Certains détails seront encore affinés (en tous cas c’est mon espoir) mais c’est maintenant qu’il faut en profiter, sans attendre des “miracles” qui arriveront d’autant moins qu’ils n’ont pas lieu de le faire ! :)

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