Troisième partie de ce récit sur le thème des hypothétiques mais ludiques variations de l’Histoire que permet Hearts of Iron IV, ici en jouant l’Italie à l’aube de 39-45. Après l’étape en Espagne, nous voici en 1938, direction la Yougoslavie, dont l’Italie réclamait certains territoires, puis la Grèce et la Turquie. Car ici comme auparavant l’avenir de Rome était dans les richesses de la Méditerranée.

Les mois qui suivirent cette décision historique furent consacrés à l’extension de l’influence italienne de l’autre côté de l’Adriatique. Des missions diplomatiques renouvelées renouèrent le contact avec les Yougoslaves. Les différents territoriaux en Istrie et Dalmatie furent réglés, l’Italie préférant s’agrandir en direction du royaume-client d’Albanie dont le roi Zog devait tout à Mussolini et n’opposa aucune résistance à l’occupation. Réalisée sans effusion de sang, elle permit la possession des deux rives du canal d’Otrante et l’amélioration de la position stratégique italienne en Méditerranée orientale. L’Albanie s’ajoutant ainsi aux îles grecques récupérées sur l’Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale. Le réseau de bases navales et de ports d’attache s’étoffait de plus en plus.

Ces succès atteints, l’effort se poursuivit en direction de la Bulgarie, avant que la Roumanie ne connaisse à son tour une offensive diplomatique. En fait la proclamation de l’Empire après la conquête de l’Éthiopie devint un axe central de la politique italienne dès cette époque. L’idée avouée de créer une troisième faction entre les camps qui se dessinaient en Europe prenait de plus en plus corps, sur les ruines de la “Petite Entente” négligée par la France.

Ces mois d’intense activité diplomatique furent doublés d’un grand remue-ménage dans le domaine du renseignement. Le SIM (Servizio informazioni militare) reçut de nouvelles attributions et la difficile mission de casser les codes allemands. En cas de guerre, cela donnerait un avantage sérieux aux troupes italiennes. Il se vit aussi être renforcé d’une composante civile plus marquée. Le recrutement de premiers agents aux compétences linguistiques développées devaient permettre de soutenir en sous-main les efforts des diplomates en direction des principaux pays des Balkans. La politique extérieure italienne serait ainsi facilitée dans la région et les traités signés plus rapidement.

Cette partie est jouée avec Hearts of Iron IV version “Husky” 1.9 en mode normal, tous les DLC majeurs, tous les DLC mineurs gratuits. Au sujet du patch 1.9, voyez aussi cet article.

L’expérience engrangée en Éthiopie et en Espagne permit de constater les faiblesses des unités rapides italiennes, comportant encore trop de chevaux et pas assez de camions et de blindés. En attendant l’arrivée de modèles plus efficaces et surtout plus lourds, la division “Celere” fut tout de même rebâtie selon un couple ternaire plus solide: deux régiments blindés et un motorisé, avant des renforcements ultérieurs. L’absence quasi-totale de moyens blindés dans les régions convoitées par l’Italie devrait rendre le nouveau schéma acceptable pour quelques années au moins.

Par la suite, en plein cœur du relativement calme été 1937, l’Italie dévoila sa carte maîtresse: la proclamation du Nouvel Empire Romain. Celle relative à l’Éthiopie avait en effet été accueillie fraîchement l’année précédente, et Victor-Emmanuel III trouvait ridicule son titre d’Empereur d’Éthiopie. Cette fois, et même si l’on rit en douce de cette prétention dans plusieurs capitales européennes, l’annonce fut prise plus au sérieux par certaines puissances, moyennes comme d’importance. L’Italie revenait-elle en force ? Ou n’était-ce encore que des rodomontades trop romaines pour être sérieuses ?

Le Bulgarie fut en tout cas la première à intégrer la nouvelle faction, désireuse de protection face à la proche URSS. Rome y vit un encouragement et la confirmation de l’efficacité de ses méthodes. Notamment celle de considérer que le développement continuel des réseaux de renseignement allait permettre de renforcer la toute jeune alliance en y attirant de nouveaux États dans les années à venir.

Les pays visés étaient principalement la Grèce, la Roumanie et la Yougoslavie. Des puissances balkaniques de second rang, mais dont la présence dans une même alliance créerait un ensemble capable de peser sur la région et de contrôler la Méditerranée orientale. Voilà pourquoi trois agents montaient des réseaux de collecte d’information et d’influence discrète dans les pays concernés, avec d’importants crédits et le soutien total du ministère des Affaires Étrangères.

Pour plus d’informations sur Hearts of Iron IV, ne manquez pas notre dossier Sur le front des DLC de Hearts of Iron IV, classement général des extensions du jeu. Puis voyez cette page chez l’éditeur ou celle-ci sur Steam. Ou encore le wiki officiel. A lire aussi dans nos archives notre série d’AAR Hearts of Iron IV : valse soviétique (première partie).

 

Dans le sud de l’Espagne, les troupes volontaires participaient aux derniers coups de boutoir contre les forces républicaines retranchées dans la région de Valence. Après de premiers mois difficiles, on s’acheminait vers une promenade militaire le long de la mer. Balbo et ses hommes avaient tout de même détecté du matériel soviétique dans les tranchées adverses, preuve que l’Italie n’était pas la seule à s’être impliquée dans ce conflit…. Conflit dont l’issue ne laissait pourtant plus de doute. À l’été 1938, la victoire de la junte militaire ne surprit donc personne.

Alors que les troupes revenaient victorieuses vers l’Italie, on apprit que l’Allemagne avait annexé l’Autriche, avec toutes les apparences de la légalité. Si cela était dans l’air depuis 1934, les événements s’étaient enchaînés cette fois trop vite pour réagir. Les affaires ibériques et balkaniques occupaient trop les esprits. D’ailleurs, la mollesse des réactions internationales après ce coup de force n’incita pas cette fois Rome à émettre plus que des protestations de pure forme.

En effet, le deuil avait été fait des ambitions alpines. Le futur de l’Italie serait avant tout vers le sud et la mer, vers les richesses du bassin méditerranéen et les mânes de Rome ! L’idée fut donc trouvée de réactiver de vieilles ambitions datant des années des traités de Versailles, de Sèvres et Saint-Germain-en-Laye. À savoir la conquête de bases navales proches des îles du Dodécanèse attribuées à l’Italie.

Le travail diplomatique et militaire dura quelques mois avant de parvenir à une situation satisfaisante. Il était prévu d’attaquer la Turquie à partir de cet archipel mais aussi en Thrace, avec l’aide de l’armée bulgare. Le triple mouvement gênerait les réactions ennemies et les supériorités aérienne comme navale attendues assureraient d’efficaces mouvements.

Au début de l’année 1939 le royaume de Roumanie fléchit et entra dans la faction menée par l’Italie. La crainte de ses voisins, l’exemple Bulgare, les promesses de développement économique et technologique avaient emporté la décision à Bucarest. L’alliance se renforçait ainsi de troupes et acquérait le contrôle des champs pétrolifères de Ploesti qui, joints à ceux de Libye devaient permettre une autonomie en carburant en cas de guerre.

Celle-ci fut d’ailleurs déclarée à la Turquie le 9 mars 1939, dans l’indifférence générale des puissances, trop occupées par les agissements de l’Allemagne. La triple attaque menée depuis les îles grecques et la Thrace surprit tout d’abord l’armée turque, obligée de se défendre sur trois fronts à la fois et soumise à la menace des avions et des navires italiens. Toutefois, le mauvais état des communications et la nature montagneuse du terrain rendaient la progression assez lente. En jouant sur leurs lignes intérieures, les Turcs avaient réussi à mettre sur pied une défense cohérente et repoussaient les attaques.

À l’été 1939, la tête de pont était certes fermement établie le long des côtes, mais l’armée adverse résistait pied à pied et aucune percée n’avait encore eu lieu du côté des détroits, difficiles à franchir et fermement tenus par les troupes turques. Il fallait un nouveau plan pour reprendre l’avancée et finir la guerre avant la conflagration générale en Europe, si cela était possible.

À la fin de l’année 1940, comme le front ne bougeait presque plus en Turquie centrale et que les attaques italiennes piétinaient, la Regia Marina mit à disposition de l’armée de terre ses forces navales pour réaliser un débarquement dans la région d’Adana. Port d’importance régionale, sa prise était jugée facile et on espérait la zone comme une future tête de pont qui s’élargirait. Les derniers mois de l’année 1939 furent donc consacrés à la préparation d’un débarquement qui devait comporter d’abord 2, puis 5 divisions, et plus par la suite. Comme la mer était aux mains de l’Italie, nul ennemi ne vint perturber ces plans.

Dans le même temps, on commença à allouer des moyens à la production d’un premier porte-avion italien, pour l’instant simple conversion de cuirassé, en attendant mieux. Si des usines civiles et militaires étaient toujours créés, c’était à un rythme moindre qu’en 1936-1939. Le gouvernement voulait en effet améliorer les communications entre les différentes parties du Nouvel Empire Romain, s’assurer de la bonne extraction des ressources minières et pétrolières, et sécuriser un approvisionnement en ravitaillement de bonne qualité pour des troupes opérant loin de leurs bases et dans des conditions précaires. Quelques stations radar devaient compléter le dispositif, de manière à protéger les frontières et lieux stratégiques, en connaissant mieux les forces adverses.

Enfin, le 12 février 1940, les premières troupes italiennes débarquaient à Adana, dans un environnement vide d’ennemis. La surprise était totale, la progression rapide dans les terres. Il fallait désormais consolider la tête de pont et y déverser le plus de troupes possibles dans un court laps de temps. La guerre ne serait plus qu’une question de semaines clamait-on à Rome.

Rhodes en 1940, base arrière de la guerre contre la Turquie.

Alors que les combats avaient débuté en Europe et que l’Italie continuait de mener sa guerre en Turquie, l’Allemagne proposa la signature d’un pacte de non-agression. Rome avait eu beau refuser l’alliance avec cette puissance, l’idée de sécuriser la frontière des Alpes ne déplut pas. La proposition fut étudiée et acceptée, il serait toujours temps de changer de politique plus tard. Une potentielle menace avait été écartée sans coup férir.

Sur le front turc, les troupes venues de Rhodes et du Dodécanèse avaient enfin percé, grandement aidées par le débarquement d’Adana qui avait distrait des forces de leur zone de combat. Il leur fut donc possible de venir donner la main à celles qui piétinaient en Thrace depuis le début du conflit. Les forces ennemies de la rive droite de la mer de Marmara finirent donc encerclées et furent rapidement réduites après un baroud d’honneur. Cette victoire libérait de nombreuses divisions, alors que la prise d’Ankara semblait proche.

Ce fut à cette époque que, fidèle à la stratégie fixée, le gouvernement italien refusa des propositions japonaises qui, dans d’autres circonstances, auraient appréciées et acceptées. Cet État très lointain suscitait un intérêt limité pour les appétits balkaniques et méditerranéens de l’Italie. Par contre, on s’inquiéta des prétentions soviétiques sur la Bessarabie. Elle fut cédée très rapidement et sans un seul coup de feu par la Roumanie à l’URSS, sans que Rome n’ait été consultée ni même avertie. Quel intérêt d’avoir une alliance ? demanda alors le comte Ciano au ministre des affaires étrangères roumain, qui ne sut que répondre (le jeu ne m’a même pas demandé mon avis en tant que chef de l’alliance…).

Le dernières offensives de la fin de l’hiver 1940-1941 avaient finalement eu raison d’une armée turque vaillante, mais dépassée par le nombre et l’extension des fronts (merci l’IA qui n’a pas bougé ou presque au juste…). Minée par un manque de matériel, de lourdes pertes et des dissensions internes, le pays capitula sans conditions à la mi-mars 1941.

Le traité de Trabzon qui s’ensuivit fut léonin. L’Italie réinstalla un Empire turc fantoche en Thrace et sur les rives de la mer de Marmara, et administra en son nom les autres provinces du pays… Jusqu’à une rétrocession volontairement fixée aux calendes grecques les plus obscures et lointaines. Avec ces récentes acquisitions, le Nouvel Empire Romain s’installait solidement en mer Noire et en Méditerranée orientale, et devenait directement voisin d’une URSS de plus en plus méfiante. Techniquement, les champs de pétrole du Caucase étaient désormais à portée des bottes italiennes. Il devenait également possible de menacer l’Irak et Chypre. Le champ des possibles s’ouvrait.

Malgré les efforts de la diplomatie italienne engagés depuis plusieurs années, la Grèce refusait toujours de rejoindre la faction à laquelle adhérait pourtant une grande partie des Balkans. Sa neutralité l’avait emporté. Il était pourtant impossible de laisser un pays potentiellement gênant sur les arrières du Nouvel Empire, à proximité des détroits et de la Turquie réorganisée.

Un double mouvement fut alors préparé :
– D’un coté les préparatifs d’une invasion par le nord furent poussés. Le but était autant de faire peur aux autorités grecques que de disposer de bases de départ solides en cas d’attaque réelle. Aucun effort de dissimulation ne fut envisagé: ce serait la crainte plutôt que le bluff.
– De l’autre, les réseaux de renseignements furent réactivés, les pressions diplomatiques relancées. La préparation d’un coup d’État à Athènes fut également mise sur les rails avec beaucoup de soin.

Finalement, la deuxième solution, pacifique, prévalut. A la fin de l’été 1941, avec le concours des services de renseignements, un changement de gouvernement eut lieu, orchestré de main de maître. La Grèce rentra dans l’alliance sans qu’un coup de feu ne soit tiré. Très vite, la frontière fut dégarnie de ses troupes.

 

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