Avec la nouvelle extension pour Strategic Command WW1, Matrix Games se focalise sur un lieu et non une période. On était habitué à avoir des scénarios variés, explorant des conflits contemporains au titre sans autres connexions. Là, nous allons nous intéresser à un seul endroit tout au long de la première guerre mondiale, celui d’Ypres. Une telle approche semble logique, le front Ouest étant assez statique à partir de 1915, mais le résultat va-t-il répondre aux attentes des joueurs ? Voyons ce que propose les différents scénarios.
Depuis 1914, le saillant d’Ypres est devenu l’un des lieux les plus meurtris de la Grande Guerre. Cette avancée du front allié, formant un arc autour de la ville, a attiré les offensives allemandes comme un aimant. Les Britanniques y ont tenu coûte que coûte, les Belges y ont défendu ce qu’il restait de leur pays, et les Français y ont envoyé des renforts chaque fois que la ligne menaçait de céder.
Entre les collines de Passchendaele, les plaines de Flandres et les villages qui disparaissaient sous les obus, Ypres est devenu un symbole : celui de la résistance, de l’acharnement, et de la guerre industrielle qui transforme les paysages en cratères et les hommes en silhouettes épuisées.
Le DLC Battles for Ypres de Strategic Command: World War I propose de revivre ces quatre années de combats sur une carte unique, découpée en hexagones de 2,4 kilomètres. Six scénarios retracent l’évolution de la guerre dans ce secteur : la mobilité de 1914, l’apparition du gaz en 1915, la préparation méthodique de Messines en 1917, la boue de Passchendaele, puis les offensives de 1918 qui marquent la fin du conflit. Le terrain reste le même, mais la guerre change à chaque époque.
Pour plus d’informations sur Strategic Command: World War I – Battles for Ypres, voyez cette page sur Steam ou celle-ci chez l’éditeur.

Liste des scénarios
Première bataille d’Ypres (19 octobre – 22 novembre 1914)
La première bataille d’Ypres mit un point final à la « Course à la mer », et marqua le début de la guerre des tranchées sur le front de l’Ouest. Les joueurs prennent le commandement des forces britanniques, françaises et belges et affrontent l’implacable avancée des Allemands. Tenez vos positions face à des forces très supérieures en nombre, coordonnez des contre-attaques, et survivez à la boue et à la pluie caractéristiques de ce front.
Seconde bataille d’Ypres (22 avril – 25 mai 1915)
La seconde bataille d’Ypres fut le théâtre de la première attaque à l’arme chimique de l’histoire. Les unités canadiennes, françaises et anglaises sont confrontées à des attaques au gaz, à de lourdes pertes, et à une armée allemande incapable de profiter de son succès initial. Les joueurs doivent prendre des décisions sur le fil du rasoir, pour tenir la ligne, ou la voir s’effondrer.
Crête de Messines : Prélude à la troisième bataille d’Ypres (7 – 14 juin 1917)
Les Anglais lancent un assaut décisif sur le saillant Allemand, au sud d’Ypres, déclenchant l’explosion de mines souterraines massives, et préparant le terrain avec un bombardement roulant. Le joueur prend le commandement de forces multinationales pour prendre la crête, consolider ses gains, et repousser les contre-attaques avant d’être à même de continuer leur avancée.
Troisième bataille d’Ypres (31 juillet – 10 novembre 1917)
Mieux connue sous le nom de bataille de Passchendaele, cette campagne brutale met le joueur à l’épreuve avec ses pluies torrentielles, sa boue et des lignes d’approvisionnement alliées proches de la rupture. Capturez les crêtes et nœuds ferroviaires clés, coordonnez les assauts anglo-français, et affrontez les tactiques de défense élastiques, l’artillerie et les contre-attaques allemandes dans une bataille d’usure caractéristique.
Quatrième bataille d’Ypres (7 – 29 avril 1918)
Également appelée la Bataille de Lys, cet affrontement fit partie de l’offensive de printemps allemande. Des troupes d’assaut d’élite prennent la tête d’attaques sur les lignes alliées fragiles, tandis que les joueurs doivent renforcer et tenir les positions critiques sous une pression intense. Chaque décision est importante dans ce test d’innovation, de résistance désespérée et d’endurance.
Cinquième bataille d’Ypres (23 septembre – octobre 1918)
L’ultime campagne, l’avancée dans les Flandres, permet aux joueurs d’être acteurs de la reprise des terrains perdus lors de la troisième bataille d’Ypres. Les forces belges, britanniques et françaises mettent une pression rapide sur les défenseurs allemands épuisés. Vitesse, coordination et élan sont les clés de la libération du Saillant d’Ypres pour remporter la victoire après quatre années de lutte incessante.

La première bataille d’Ypres, celle de l’automne 1914, s’ouvre sur un front encore mobile. Le scénario dure 22 tours, chacun représentant une semaine. Les unités engagées sont celles du début de guerre : divisions britanniques du BEF, corps français, formations belges, et forces allemandes cherchant à atteindre la mer. Les tranchées ne sont encore que des positions improvisées. La victoire dépend d’un seul point : Ypres. Si les Allemands s’en emparent, la route vers Dunkerque et Calais s’ouvre ; si les Alliés tiennent, la course à la mer s’achève dans un statu quo sanglant. Le joueur doit gérer des lignes fragiles, des renforts tardifs et des secteurs qui peuvent s’effondrer en un tour.
Historiquement, la première bataille d’Ypres fut une lutte désespérée. Les Britanniques y perdirent une grande partie de leurs « Old Contemptibles », les Français durent envoyer des renforts en urgence, et les Allemands, malgré leur supériorité numérique, ne parvinrent pas à briser le front. La ville resta aux mains de l’Entente, mais au prix d’une hécatombe. La guerre de mouvement prit fin ici.
Un an plus tard, en avril 1915, le même terrain est figé dans la guerre de position. Le scénario de la deuxième bataille d’Ypres dure 18 tours, chacun couvrant quelques jours. Les unités engagées incluent les Canadiens, les divisions britanniques du secteur nord et les formations françaises. C’est ici que le gaz apparaît pour la première fois dans le DLC : une attaque spéciale allemande qui désorganise, force la retraite et inflige des pertes importantes. Les conditions de victoire sont simples et originales : la prise d’Ypres. Si les Allemands s’en emparent, la bataille est gagnée ; si les Alliés tiennent, la ligne survit.
Dans la réalité, la deuxième bataille d’Ypres fut marquée par la première attaque au chlore. Les troupes françaises et canadiennes furent submergées par un nuage vert qui ouvrit une brèche immense. Les Allemands, surpris par l’ampleur de leur succès, ne purent l’exploiter pleinement. Ypres resta aux mains de l’Entente, mais la guerre venait d’entrer dans une nouvelle ère : celle des armes chimiques.
En juin 1917, la guerre change encore. Le scénario consacré à Messines Ridge dure 14 tours, chacun représentant deux ou trois jours. Les unités engagées sont multinationales : Britanniques, Australiens, Néo-Zélandais et quelques formations françaises. Le joueur commence la campagne par l’explosion des mines de Messines, un événement scripté qui détruit des divisions entières. Les tanks apparaissent pour la première fois dans le DLC, encore limités mais capables de briser une position fortifiée. Les conditions de victoire sont asymétriques : pour les Britanniques, capturer Messines et Hollebeke ; pour les Allemands, tenir Hollebeke et Warneton. La bataille est courte, précise, centrée sur des objectifs tactiques.
Historiquement, Messines fut l’une des offensives les mieux préparées de la guerre. Les Britanniques creusèrent pendant des mois sous les positions allemandes, et l’explosion simultanée de 19 mines fut entendue jusqu’à Londres. La crête fut prise en quelques heures, dans une offensive exemplaire où l’artillerie, l’infanterie et les nouvelles tactiques avancèrent comme un mécanisme bien réglé.
La quatrième bataille, celle de 1917, troisième bataille d’Ypres, que l’on appelle Passchendaele, dure 27 tours, chacun couvrant une semaine. Les unités engagées sont celles de l’Entente en pleine usure : divisions britanniques, corps français, formations belges, appuyées par une aviation qui tente de maintenir une reconnaissance minimale. Les Allemands tiennent des positions en profondeur, organisées autour de points d’appui solides. Les conditions de victoire reflètent cette géographie : Ypres et Hazebrouck pour l’Entente. Pour les Allemands, il s’agit de tenir suffisamment longtemps pour que l’offensive alliée s’épuise.


Historiquement, Passchendaele fut une tragédie de boue. Les pluies incessantes transformèrent le champ de bataille en marécage. Les tanks s’enfonçaient, les hommes se noyaient parfois dans les cratères. L’offensive avança de quelques kilomètres seulement, au prix de pertes immenses. La crête fut prise, mais la victoire fut si coûteuse qu’elle devint presque symbolique.
Vient ensuite le cinquième scénario, celui d’avril 1918, correspondant à la dernière grande offensive allemande. Le scénario dure 22 tours, chacun couvrant un jour d’une guerre redevenue mobile. Les unités engagées incluent des divisions britanniques, françaises et portugaises, tandis que les Allemands, renforcés par les troupes dégagées du front russe, tentent une percée décisive. Le moteur du jeu ne propose pas d’unité « Sturmtruppen », mais les doctrines allemandes de 1918 confèrent des bonus d’attaque et de percée qui simulent les tactiques d’infiltration. Les conditions de victoire sont surtout centrées sur Ypres et Hazebrouck. Leurs contrôles apportent le gain à l’Entente.
Historiquement, l’offensive allemande de mars 1918, l’opération Michael, fut une tentative désespérée de gagner la guerre avant l’arrivée massive des Américains. Les Allemands percèrent profondément, utilisant des tactiques d’infiltration qui surprirent les Alliés. Mais leur avance s’essouffla : les pertes furent énormes, la logistique incapable de suivre, et les unités d’élite irrémédiablement usées. L’offensive échoua, ouvrant la voie à la contre-offensive alliée.
Enfin, le dernier scénario du DLC raconte l’offensive alliée de la fin de la guerre. C’est aussi le plus long avec au moins 26 tours (30 sur le descriptif). Les unités engagées sont britanniques, françaises, belges, américaines et portugaises. L’aviation domine désormais le ciel. Les conditions de victoire sont vastes : pour l’Entente, Roulers, Tournai et Courtrai ; pour les Allemands, Gand ou Ath. Chaque tour est une progression méthodique, une reconquête qui retrouve enfin la mobilité perdue depuis des années.
Historiquement, l’offensive alliée de 1918 fut un renversement total. Après l’échec allemand du printemps, les forces de l’Entente, renforcées par les Américains, reprirent l’initiative. Les Allemands, épuisés, manquant de réserves, furent repoussés hors de la Belgique occidentale. Ypres, qui avait tenu pendant quatre ans, devint le point de départ d’une avancée qui ne s’arrêta qu’à l’armistice.
Maintenant, il faut se rendre compte du résultat les armes pixélisées à la main. Pour cela, je n’ai pas hésité à jouer toutes les campagnes en multijoueur. Seulement d’un seul camp, je dois le reconnaître et nous avons varié les plaisirs en changeant de camps pour que ce ne soit pas toujours le même qui ait l’initiative. Cela explique l’arrivée tardive de cet article. Vous trouverez dans les légendes des captures d’écran plus de précisions.


Il faut noter que si le terrain ne varie pas ou presque, il n’y a pas de sensation de répétitivité, du moins limitée. Presque toutes les campagnes sont asymétriques, presque, car la première est assez équilibrée. Le plaisir s’en ressent, rouler sur l’adversaire n’a rien de valorisant, ni d’amusant pour le joueur.
Et franchement, ce n’est pas l’extension du siècle. Les disparités des forces sont trop marquées. Elle ne va s’adresser qu’aux joueurs solitaires ou qui apprécient de faire des parties miroirs (deux parties en même temps avec chacun des camps), celles-ci permettant une comparaison des résultats. Maintenant, cela permet de découvrir ce lieu emblématique de la Grande Guerre pour un tarif raisonnable, surtout en patientant un peu, on pourra bénéficier d’un rabais.
Pour plus d’informations sur Strategic Command : World War I, voyez cette fiche sur Steam. A lire également nos articles :
– Strategic Command WW1 – Le Lion d’Afrique : un théâtre avec du mordant,
– Strategic Command WW1 : 1918, l’offensive Ludendorff, compte rendu,
– Strategic Command – World War I : refonte de War in Europe ou vraie nouveauté ?
– Casques à pointe rabotés, introduction à Strategic Command – World War I.


























